Au procès de Villiers-le-Bel, pas de preuves mais de la délation

Publié le par la Rédaction

 

Les lourdes condamnations frappant quatre jeunes hommes de Villiers-le-Bel, le 3 juillet 2010, voudraient faire oublier la mort de deux adolescents de cette même ville suite à un fâcheux contact entre leur minimoto et un véhicule de police, le 25 novembre 2007. En clair, les policiers ne seraient jamais coupables (ceux-là n’ont pas été inquiétés depuis), mais les jeunes des cités ne peuvent être que des délinquants potentiels.

 

 

Le tribunal de Pontoise ne disposait daucune preuve contre les jeunes expédiés en prison. Simplement lintime conviction de lavocat général. Lequel, en compagnie de lavocat des parties civiles (les policiers blessés) sappuyait essentiellement sur des dénonciations sous X, obtenues au prix don ne sait quelles pressions.

 

Certains des délateurs sétaient dailleurs rapidement rétractés. Il nen reste pas moins, dès lors, que la présomption dinnocence cède la place à la certitude de culpabilité.

 

La délation est un acte odieux. Il y a pire : lincitation à la délation avec prime à la clef.

 

Rappelons quà la fin du mois de novembre 2007 les habitants de Villiers-le-Bel avaient reçu, individuellement, un courrier les invitant à la délation. Avec promesse danonymat s’ils livraient des informations sur les possibles agresseurs de la police, au cours de la nuit qui avait suivi le décès des deux adolescents.

 

Le lendemain, on pouvait voir, dans les bulletins dinformation de France 3 Île-de-France, les poubelles de la ville débordant de ces lettres de dénonciation non utilisées.

 

Une loi scélérate

 

C est la loi qui prévoit la délation, nous a-t-on dit tranquillement. Effectivement, mais cette loi est malsaine, et ses ressorts peuvent se révéler redoutables — surtout si des primes sont promises aux délateurs.

 

Sans confondre les époques, et en nous gardant bien du moindre amalgame, il faut bien rappeler un passé lourd de mauvais souvenirs : de l été 1940 à l été 1944, plus de 3 millions de lettres de dénonciation — surtout anonymes — devaient arriver dans les kommandanturs allemandes et les commissariats de police français.

 

La délation était devenue une plaie purulente au pays de la liberté. Dans cette atmosphère, on se méfiait les uns des autres. Durant ces quatre années, nombreuses ont été les victimes de cette pratique qui allaient se retrouver dans les camps de concentration.

 

Fort heureusement, nous n en sommes plus là et la démocratie a été retrouvée. Il n en reste pas moins que, quotidiennement, des travailleurs sans-papiers sont dénoncés, haine xénophobe ou raciste oblige, par d excellents citoyens mais également par des guichetiers d administrations diverses. Ces parias se retrouveront rapidement dans des centres de rétention, avant expulsion vers un pays d origine parfois peu accueillant.

 

Il ne faudrait pas que nos concitoyens retrouvent ces mauvaises manières, rappelant un sinistre passé, au prétexte qu elles sont encouragées par une loi qu il est possible de qualifier de scélérate ! 

 

Maurice Rajsfus 
Rue 89, 5 juillet 2010.

 


Commenter cet article