Récit de la balade contre les expulsions et la propriété privée à Grenoble

Publié le par la Rédaction


Quelques précisions sur les arrestations d’avant-hier à Grenoble
Les deux personnes ont été relâchées ce matin, après 42 heures de garde à vue pour une vitrine brisée… Ils ont avoué les faits car pris en flag’ par les BACeux. Ils sont sortis libres et avec une date de jugement (non communiquée à la demande des personnes), après un long trop long suspense sur la comparution immédiate…
Courriel, 29 mars 2010.


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Arrestations à Grenoble


Hier, samedi 27 mars 2010, a eu lieu une manifestation appelée par l’Intersquat contre toutes les expulsions.

Tags et décorations d’agences immobilières, etc. à coup de peinture faits, nous nous sommes retrouvé-e-s devant le Dauphiné Libéré, où quelques jets de peintures et d’œufs ont eu lieu, sans pour autant rien casser. Une vitre qui se brise, ça s’entend quand même !

Peu après, la dispersion eut lieu, le cortège étant bien trop suivi par des condés sur les nerfs de s’être fait avoir par 80 militants.

Deux arrestations ont eu lieu après la dispersion, dans des circonstances que nous ignorons encore. Les flics disent qu’ils ont été placés en garde à vue pour avoir «cassé la vitrine du Dauphiné Libéré», qui n’a pourtant pas été cassée … mais qui était cassée quand des personnes sont repassées devant… Encore un sale plan foireux des flics.

Ça fait maintenant 26 heures à l'heure où j’envoie ce message  [21 heures, dimanche 28 mars] qu’ils sont enfermés.

Voici l'article du Daubé concernant l’affaire, de la désinformation à l’état pur :
«GRENOBLE - Deux vandales interpellés
Deux hommes ont été interpellés hier après-midi par la police au centre-ville de Grenoble en marge d’une manifestation de défense des squatters : ils venaient de défoncer une vitrine sur l’avenue Alsace-Lorraine. Très connus de la justice, ils ont été placés en garde à vue.»

Les deux interpellés ne sont pas «très connus de la justice» comme le journal le prétend, juste dans le viseur des flics, comme nous tous militants…

Solidarité aux interpellés.

Courriel, 28 mars.




Récit de la balade contre les expulsions et la propriété privée

Samedi 27 mars, une «balade contre les expulsions et la propriété privée» était organisée à Grenoble, dans le cadre du festival intersquat «Attaque frontale».

Une centaine de personnes se sont rassemblées vers 16h30, place Saint-Bruno, avant de partir en manif sauvage pour une petite heure de réappropriation offensive de la ville… Si la pluie n’avait pas été au rendez-vous, les manifestant-e-s auraient certainement été plus nombreux-euses, mais on ne va pas se plaindre, tout le monde s’est plutôt bien amusé.


Au départ, une personne a présenté brièvement la balade, l’accompagnant d’un topo «juridique» plutôt bienvenu.

Dans une ambiance moitié black bloc moitié carnaval, certain-e-s manifestant-e-s sont déguisé-e-s, beaucoup sont déjà masqué-e-s, et des tas de loups sont distribués à celles et ceux dont le visage est encore découvert.

Détail appréciable, la police se fait remarquer par son absence.

Au même moment, y’a le «No Sarko day», où il ne se passe rien, mais là-bas, à côté de la préf’ et du parc Mistral, la police veille.

Faut dire, qu’est-ce que des flics viendraient faire à une balade ? En plus, il pleut.

La balade commence en remontant la rue de l’Abbé Grégoire, assez tranquillement, derrière une banderole «Contre la propriété privée, prenons la ville». Il y avait au moins quatre autres banderoles, dont deux renforcées, une avec rien dessus, une grande «Grève des loyers, grève générale» et deux plus petites avec «Squatte ta ville» et «ACAB» (c’est-à-dire «All cops are bastards», en français «Tous les flics sont des bâtards»). Quelques slogans sont lancés, les principaux étant «Non aux expulsions, grève des loyers» se terminant alternativement par «insurrection» et «occupation», «Squatteurs, locataires, solidarité face aux propriétaires» et le classique mais toujours apprécié «À bas l’État, les flics et les patrons». Au fil de la balade, d’autres slogans se feront entendre, des ironiques «Non non non, oui oui oui, à bas Abba» et «Abba, c’est un groupe suédois» au «Flics, porcs, assassins» quand ceux-ci commenceront à se faire remarquer par leur présence.



C’est sur le centre de semi-liberté que les premiers tags sont inscrits («Nique la taule», «Ni HQE ni QHS» et autres). Il y en aura des dizaines et des dizaines presque tout au long de la balade, dont l’ambiance était très «fais de la ville un décor de guerre sociale». En plus des tags, quelques pochoirs («Grève des loyers», «Bloquons tout, brûlons le reste», «Squatte ta ville», «Expulse ton proprio»…) ainsi que pas mal de collages d’affiches sur la thématique expulsions et propriété privée («Non aux expulsions, ni en hiver ni jamais», «Crise ou pas, grève des loyers», «Des solutions toutes simples à la crise, contre la vie chère j’occupe des lieux vides»…).






En tournant dans la rue de New York, feu le squat Sing-sing (automne-hiver 2001) est présenté brièvement, tandis que juste à côté, la Chambre des Métiers et de l’Artisanat est taguée («Mort au travail»). En face, le chantier de «Central Park» (après le World Trade Center à côté de la gare, Grenoble se fait son Central Park rue de New York…) est attaqué et un très bon «On foutra le Bronx à Central Park» trouve sa place.






La balade continue par la rue de Paris, des tags pro-squat sont inscrits un peu partout, et sous un panneau «Loue F2» situé au premier étage d’un immeuble, un tag plutôt bien vu lui aussi est inscrit en gros, accompagné d’un symbole anarchiste et de flèches et direction de l’appartement : «F2 à squatter».






Plus ça avance et plus les tags se diversifient («Flics, hors de nos vies», «À bas l’État», «Mort au capital», «École ou prison ?» et «Brûle ton école» sur l’école Nicolas Chorier, un peu plus loin, un «Début de l’oppression» inspiré par le soixante-huitard «Ici commence l’aliénation» inscrit sur la façade d’une école a été inscrit sur l’externat catho de Saint-Bruno). Rue Nicolas Chorier, une agence immobilière est taguée et recouverte d’affiches.









Au croisement de l’avenue de Vizille, l’ex squat de la Masse, des Trépasseurs et du Sunset (occupé trois fois entre 2006 et 2008 et désormais habité par des artistes peu regardants installés là par la mairie pour empêcher une quatrième occupation illégale) est tagué notamment par un «Artistes, vous êtes déjà au musée», un humoristique «Ainsi squattent-ils !» et un double «Scum» vraisemblablement en hommage à Valerie Solanas (qui appréciait peu les aaartistes…). Avant de prendre la rue Gabriel Péri, les fresques bidons des murs du marché de l’Estacade sont abîmées («Mort au tag légal» et «Sabotage» en plein sur le petit train…).





Une première voiture de police arrive alors, derrière le cortège de la balade… Balade qui prenait de plus en plus les apparences d’une manif sauvage. Et pas que les apparences.

En plus des «ACAB» qui ne parlent pas à grand monde, plusieurs tags anti-flics («Mort aux keufs», «Brûle ton comico», «À mort les porcs», «Nique la police»…) sont inscrits sur les murs.







Bon, y’a pas de quoi s’étonner, comme le dit le crew Anfalsh, «ceux qui aiment les flics se comptent sur les doigts d’une moufle».

La traverse des 400 couverts est empruntée et diverses empreintes sont laissées : des tags bien sûr («400 for ever», «À bas la propriété privée», «Squat the world», «Urbanisme nécrogène», «Feu aux métropoles»…) mais aussi les premières ampoules de peinture, sur les murs blancs et aseptisés des bâtiments hideux qui remplacent les squats de la traverse (2001-2005).





Devant l’arrivée progressive de flics, la balade s’accélère quelque peu, BTP-Isère se voit accuser d’exploiter les sans-papiers par un tag dont le sens ne sera pas trop mal interprété j’espère… (il y a juste écrit «Exploitation des sans-papiers» et ce serait dommage que ça passe pour un tag de faf). Idem sur l’avenue Alsace-Lorraine, quelqu’un a écrit «Participe aux expulsions» sur la façade d’Actis, bailleur social qui effectivement participe aux expulsions… Pas sûr que les gens dans le tram qui passe devant comprennent plus la dénonciation que l’incitation en voyant ce tag encore une fois pas très limpide (pour les deux, il aurait suffi d’ajouter clairement le nom de l’entreprise ou du bailleur pour éclaircir le message). En tout cas, Actis s’est mangé des ampoules de peinture, et ce n’était pas par sympathie.




À ce moment-là, la manif se trouvait «encadrée» par plusieurs voitures de flics, une devant et deux derrière. Les bâtiments du Dauphiné libéré sont tagués («Brûle ton daubé» et «Collabos !»), criblés d’ampoules de peinture et de légumes et fruits pourris (d’autant plus qu’un journaliste ouvre une fenêtre à l’étage et nous insulte, puis se fait insulter à son tour…).




Après un moment d’hésitation (aller vers la gare ou prendre la rue du Moulin de Canel, ou carrément faire demi-tour ?), toute la manif se retourne et accélère en direction des deux voitures de flics, qui se prennent des pétards et des ampoules de peinture. Une des deux voitures galère à faire demi-tour, un flic panique et gaze dans le tas avec une familiale.

Sympa, ce moment où on voit des flics en voiture fuir devant une foule pourtant pas si nombreuse.

Sur le chemin, une banque est trashée avec je ne sais pas trop quoi, la manif rejoint l’avenue Félix Viallet par la rue menant à France Bleu Isère (qui est épargnée je crois, ils ont bien de la chance) et hop, direction le cours Jean Jaurès, où un ou deux fourgons de flics nous attendent, se mangent des ampoules de peinture et se sauvent en direction de la porte de France. La manif prend donc la direction inverse et plusieurs voitures de flics sont là, ça commence à être de plus en plus tendu, et en même temps on est de plus en plus dans le centre-ville donc malgré la pluie, comme c’est samedi après-midi, il y a pas mal de monde dans la rue.

Les flics ont été pris de vitesse depuis le début, ils ne sont pas tout à fait prêts à riposter, alors ne leur laissons pas le temps de le faire : en prenant l’avenue Alsace-Lorraine en direction de la place Victor Hugo, la dispersion se fait progressivement, et quand des flics anti-émeute descendent de plusieurs fourgons au niveau de la place Victor Hugo, il est trop tard pour la police, la manif s’est volatilisée et la volaille n’y voit que du feu. Drôle de moment aussi, une fois changé-e-s, que de passer à côté d’une bande de bacqueux incapables de reconnaître qui que ce soit.

À ce moment-là, il semble qu’il n’y ait eu aucune arrestation.

Mais un peu plus tard, il semble que quelques personnes aient voulu s’en prendre à nouveau au Dauphiné libéré, puisqu’environ une demi-heure après la dispersion, une des vitrines du Daubé s’effondrait… Pile au moment où ça se mettait à grouiller de flics dans le quartier… Dommage.

Deux personnes ont été arrêtées, puis placées en garde-à-vue.

Le Daubé en parle dans une brève qui omet complètement de préciser que c’est leur bâtiment qui était visé. Pff !

Affaire à suivre, soyons solidaires des deux compagnons arrêtés, et que la lutte continue !

Indymedia Grenoble, 29 mars.


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