Appel à la solidarité financière avec les anarchistes péruviens

Publié le par la Rédaction

IMPORTANT APPEL À LA SOLIDARITÉ FINANCIÈRE AVEC LES ANARCHISTES PÉRUVIENS

 

Cet appel émane de l’Assemblée Libertaire de Caen. Cette assemblée, créée fin 2009, rassemble une bonne partie des anars caennaisEs quils/elles soient organiséEs ou non par ailleurs. Depuis plusieurs années, la mouvance anarchiste caennaise a mené diverses initiatives de solidarité avec le mouvement libertaire en Amérique Latine. Dernièrement, une personne faisant partie du mouvement et vivant à Caen sest rendue au Pérou. Elle a pu rencontrer à Lima un certain nombre danarchistes et leur laisser une petite quantité de livres et revues en espagnol.

 

Elle a écrit, avec la subjectivité qui lui est propre, un bref compte-rendu de l’état actuel du mouvement anar à Lima. Nous le diffusons ci-dessous afin que linformation circule. Ce compte-rendu est accompagné de quelques adresses électroniques de groupes anars péruviens afin de favoriser la multiplication des contacts avec eux.

Depuis quelques années, des groupes militants plus ou moins organisés sont apparus dans la capitale et quelques autres villes du pays. Leur situation est encore fragile. Ils/elles sont peu nombreux-ses. Il y a aussi parfois, comme dans bien d
autres contrées, des tensions entre différentes tendances et personnes. Leurs moyens matériels, logistiques et financiers sont très limités dans ce pays qui est un des plus pauvres dAmérique du Sud.

Or il se trouve que nous avons appris récemment que deux personnes de confiance, que nous connaissons, vont se rendre au Pérou fin juin. Elles sont disposées à convoyer une bonne quantité de livres, de brochures et autres matériels en langue espagnole ainsi que de l
argent.

Pour ce qui est du matériel imprimé, tout est déjà prêt.

Pour ce qui est de l
argent, nous allons en collecter localement mais la somme sera à la mesure de nos moyens, cest-à-dire quelle sera limitée. CEST POURQUOI NOUS EN APPELONS À LA SOLIDARITÉ FINANCIÈRE DU MOUVEMENT LIBERTAIRE FRANÇAIS. Nous invitons les individus, groupes, réseaux, syndicats libertaires à nous transmettre un peu dargent.

Livres, brochures et argent seront répartis, contre reçus, sur Lima et Arequipa, ville où un groupe anar nommé «Amor y Odio» anime une petite bibliothèque libertaire, des projections-débats et un site internet de contre-information.

LES CHÈQUES DE SOUTIEN (AVEC LA MENTION «SOLIDARITÉ PÉROU» ÉCRITE AU DOS) SONT À METTRE À L
ORDRE DU SIA ET À ENVOYER À LADRESSE SUIVANTE : SIA BP 257 14013 CAEN CEDEX. Ce groupe anar local, qui dispose dune BP et dun compte bancaire, transmettra évidemment largent à lAssemblée Libertaire.

Par souci de transparence, nous rendrons publique la liste des contributions et une copie des reçus sera envoyée aux groupes, syndicats et individus qui auront fait un don. Comme d
habitude.

NOUS INSISTONS SUR LE FAIT QUE LES CHÈQUES DOIVENT NOUS PARVENIR AU PLUS TARD LE 23 JUIN 2010.

LE TEMPS PRESSE.

MERCI DE FAIRE CIRCULER LARGEMENT ET RAPIDEMENT CET APPEL.

Lassemblée libertaire de Caen peut être contactée à cette adresse mail.


Salutations anarchistes.

 

 

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QUELQUES CONTACTS AU PÉROU :

Le collectif «Humanidad» de Lima qui publie le journal du même nom - contact 
Le site du collectif anar «Rompiendo el asfalto» qui a un squat à Lima
L’Union Socialiste Libertaire - contact 
Le groupe «Amor y Odio» d’Arequipa - contact



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Compte rendu rencontre avec des militant(e)s de la mouvance anarchiste péruvienne sur Lima

Pour des raisons personnelles je me suis rendue au Pérou durant la fin du mois d
 avril et début mai 2010. J ai profité de l occasion pour prendre des nouvelles de la mouvance anarchiste sur Lima. Une première approche s est produite le 1er mai 2010 dans les locaux du SINATBAN (syndicat de travailleurs de la banque nationale), prêtés pour les éphémérides à l USL (Union Socialiste Libertaire), groupe se revendiquant de la tradition anarchiste.

Parmi les assistant(e)s, j
 ai pu constater la présence des militant(e)s d autres groupements anars : un autour du journal Humanidad ; deux autres en tant que collectifs de discussion philosophique sur l université ; un dernier autour d un squat dans un quartier pauvre dans le centre de Lima. Les assistant(e)s étaient fort nombreu(ses)x (une petite quarantaine) par rapport à il y a dix années (à peine quelques-uns). Presque autant des femmes que d hommes, dont la plus grand partie étaient des jeunes issus de milieu très modeste.

Il faut aussi dire que, de manière parallèle, il se tenait une autre réunion anarchiste qui fêtait le 1er Mai dans un quartier périphérique, dans les locaux de la FOPEP (fédération de travailleurs boulangers), organisée de manière conjointe par le groupe qui produit le journal Humanidad et les camarades du squat libertaire, où je ne suis pas allée car je ne l
ai su que plusieurs jours après. On peut en trouver un petit compte-rendu dans le propre journal Humanité de mai (mis en ligne, première page).

Les contacts pris, j
ai eu une réunion informelle avec des militant(e)s hors USL le vendredi 7 mai dans un local commercial pour faire connaissance, pour échanger des infos sur des pratiques libertaires, pour donner aussi un modeste paquet de matériel imprimé en espagnol filé par le SIA, dans le but dalimenter le besoin de lecture anarchiste des militant(e)s péruvien(ne)s. Jai aussi reçu de leur part des journaux, des brochures et quelques tracts de ces camarades, aujourdhui disponibles à la Pensée sauvage.

Mes impressions sur la mouvance anar et son évolution au Pérou sont très positives, bien que je souhaite apporter des précisions :

USL : Apparemment le collectif le plus actif et/ou visible, ils entretiennent une page web et viennent de produire un journal appelé Avancemos. Mon impression ne tient qu
à la journée du 1er Mai : un seul camarade à la tribune a pris la parole pendant à peu près deux heures, dont le discours utilise beaucoup les mots «libertaire», «autogestion» et «autonomie» mais sans vraiment développer le sens que lon donne ; une haute valorisation des luttes populaires des années 70 - 80 menées par la gauche radicale ; une analyse proche de la pensée marxiste (le déterminisme de lhistoire, un certain avant-gardisme, une vision prolétarienne…) ; une affirmation apparente dans les symboles capables de produire la cohésion autour dun groupe (drapeaux rouge/noir recouvrant les murs, lhymne anarchiste chanté debout à la fin…). Cest pour cela que je nai pas trop cherché à les rencontrer.

Journal Humanidad : Il sont peu nombreux mais ce qui surprend est la régularité du journal : depuis deux années, ils ont été capables de le produire presque tous les mois. Un de ses principaux activistes est celui que j
ai connu au SINATBAN, qui était à la réu convoquée par lUSL, à la différence de tous ses autres camarades, qui étaient plutôt à lautre réunion ce 1er mai. Ce camarade est Péruvien à la retraite, ayant vécu en France pendant 25 ans, et il a milité dans des organisations anarchistes françaises tels que lUCL puis la CNT, il est aujourdhui depuis 5 ans à Lima où il milite. Cest ce camarade qui a promu la réu conviviale du 7 mai, non sans quelques malentendus à ce moment-là qui se sont réglés assez rapidement. Le journal Humanidad est un document important de diffusion de la pensée anarchiste sur Lima, qui engage aussi bien des militant(e)s éparpillé(e)s que des squateurs libertaires et des étudiant(e)s universitaires. Bien que je nai pas lu tout le contenu et même pas tous les journaux produits, jai limpression que les idées de lanarchisme fondateur (Bakounine, Kropotkine…) y sont bien représentées.

Collectifs d
études anarchistes : Jai connu deux groupes. Il étaient critiques de la propagande de lUSL, mais je ne connais pas leurs activités précises, seulement leur proximité idéologique du groupe Humanidad quoique en démontrant bien leur distance. Jai pu établir le contact direct avec un de ces militant(e)s, étudiant à luniversité qui permet à la fois le lien entre le collectif duquel il fait partie et les camarades du squat. Pas plus dinfo que ça.

Le squat libertaire : C
est lexpérience anarchiste qui ma impressionnée le plus. Je dois préciser que je nai pas pu visiter le squat, pas eu le temps. En tout cas, il sagit dun étage occupé illégalement par des jeunes anarchistes (dont un camarade uruguayen) dans un bâtiment délabré dans un quartier du casque urbain à Lima. Ce bâtiment est aussi le foyer illégal de familles très modestes et même en marge de la loi. Des enfants y sont souvent délaissés par leurs parents, chômeu(se)rs de long date et/ou moralement abbatu(e)s. Ces camarades, pas très nombreu(se)x à y habiter à présent, se battent pour la diffusion des pratiques anarchistes telles que lautogestion et la solidarité au quotidien : un petit jardin bio a été créé sous le principe dinvestissement illégal des terrains vagues, ainsi que la prise en charge de quelques 20 enfants du bâtiment une fois par semaine dans leurs locaux, où ils passent des projections et proposent des activités ludiques et, enfin, lapprentissage de la solidarité. Ils se proposent aussi de leur apprendre à lire, et je suis sûre que ce ne sera pas pour apprendre le catéchisme. Ils se posent des questions sur lécole libertaire, et plus loin sur le concept même décole. Ils côtoient des femmes prostituées qui travaillent au rez-de-chaussée du bâtiment, alors ils réfléchissent à la problématique féminine et pensent à la création dun collectif anarcho-féministe. Malgré leurs énormes difficultés économiques, ils sautofinancent. Ils ont créé un collectif appelé «Rompiendo el asfalto» («Cassant le bitume»), dont un article a été publié dans le dernier numéro de Humanidad. On peut y lire : «Notre lutte est basée sur la réappropriation des connaissances humaines qui ont été perdues par résignation dûe à la domestication civilisatrice…»

Je veux aussi parler brièvement du collectif anarchiste «Amor y Odio» d
Aréquipa («Amour et Haine»), la deuxième ville la plus peuplée au Pérou, dans le sud. Collectif né dun long processus daffirmations et dissensions dans le mouvement anarcho-punk des années 80 et 90, ces camarades entretiennent une page web, ils restent très actifs tout le long de lannée avec projections-débat et une petite bibliothèque libertaire qui est ouverte deux fois par semaine. Parmi les liens proposés dans sa page web, on y trouve autant lUSL que le journal Humanidad, ainsi que dautres… Je nai pas pu me rendre sur place, mais on peut visiter leur site web et avoir ainsi un petit aperçu des actions quils mènent et de leurs débats.

En guise de conclusion, la mouvance anarchiste péruvienne s
est beaucoup développée ces dix dernieres années. Le premier moment clef paraît avoir été lannée 2006, après une rencontre nationale anarcho-punk à Cajamarca (prévue au départ comme une rencontre musicale punk, dans le nord du pays) où les anarchistes voulant contester la société à travers lorganisation militante se démarquèrent des anarcho-punks dont la perspective est plutôt pessimiste et/ou nihiliste (?). Un deuxième moment important fut, il paraît, la rencontre des collectifs anarchistes et proches de la mouvance libertaire à Lima dans lannée 2008, mais pour cela je nai pas vraiment dinfos.

Cependant, le monde libertaire au Pérou reste encore fragile dû à leur faible tradition anar. Je crois que des échanges plus constants avec nos camarades péruviens peuvent être développés, pour les épauler dans leurs démarches de construction d
espaces libertaires, mais aussi pour apprendre de leur expérience, qui à vrai dire, nest pas si différente de la nôtre.

Viva la Anarquía!!


Vallejo de Caen

 


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