Annulation de la fête du 26 décembre 2009 à l'Espace autogéré de Lausanne

Publié le par la Rédaction

Faute de suceuses, la bite en chandelle, le «Noël des amis» est annulé !

Nous avons malheureusement dû annuler le «Noël des amis» prévu le 26 décembre 2009. Nous disons malheureusement, car nous nous en réjouissions autant que les personnes qui nous l’ont proposé et en étions partie prenante. Nous ne pouvions toutefois laisser sans réponse la réalisation et la diffusion de flyers et d’affiches sexistes.

Pour celles et ceux qui auraient manqué ce grand moment du graphisme lausannois, l’affiche présentait un dessin de tête de femme genre poupée en train de bouffer du sperme avec la mention «Noël des amis» (au masculin bien sûr). Une telle image présente une fois de plus le corps des femmes de manière dégradante, femme-objet soumise au fantasme masculin. C’est contre ce contenu discriminatoire que nous nous insurgeons et non pas parce que nous serions choquéEs par son contenu sexuel. Le verso du flyers nous montrait encore un soldat, son fusil en érection, le «Noël des amis» inscrit en lettres gothiques, qui rappelle foutrement la symbolique de l’extrême droite.

Nous avons exigé des organisateurs que ces affiches et flyers soient immédiatement retirés. Ils avaient cependant déjà été largement diffusés. Nous avons repris contact avec les organisateurs afin de parler collectivement de ce problème et voir ce qu’il était possible d’entreprendre. Puisqu’ils ne sont pas venus à la date convenue, nous n’avons pu nous rencontrer que neuf jours avant la fête prévue. Nous avions encore bon espoir de trouver une solution, mais nous devons bien avouer être restéEs sur notre faim suite à la discussion. Certes, tardivement, l’évocation d’une prise de position publique lors de la fête a été évoquée. Nous ne voyons toutefois pas très bien quelle aurait pu être sa teneur, puisqu’on nous a surtout parlé d’image, de marketing, de rock’n’roll, de punk attitude et de tolérance.

Si le hip hop est souvent décrié comme sexiste, le monde du rock’n’roll ne l’est pas moins. Preuve en est l’habitude de certaines salles de rock qui n’hésitent pas à qualifier la musique des groupes programmé de «rock burné» pour nous dire à quel point c’est vachement bien. Eh oui, tout semble être une longue histoire de couilles et une histoire de longues bites. Le rock’n’roll ne se réduit heureusement pas qu’à ça et nous en retiendrons notamment la révolte qui n’est pas qu’une histoire de mec. Le sexe non plus d’ailleurs. Quant à évoquer le punk pour nous faire avaler n’importe quoi, voici une récupération bien libérale, bien dans l’air du temps. Les images, les mots, leur agencement et leur contextualisation donnent un sens à une affiche, même lorsque l’on se croit apolitique.

Il y a des choses que nous ne tolérons pas au nombre desquels le racisme et les relations induites par le patriarcat et le capitalisme. L’Espace autogéré est bâti sur ces principes que nous voulons promouvoir dans et hors de ce lieu. L’argument de la tolérance sert trop souvent à éviter le débat et la confrontation d’idées, permettant ainsi de ne rien changer à l’ordre des choses. Nous ne cherchons pas à être toléréEs, mais respectéEs. Pour ce qui est du sexisme, cela ne fait pas des garçons actifs à l’Espace autogéré des êtres exempts de comportements sexistes et des filles des êtres forcément plus libérées que celles évoluant dans d’autres milieux. Nous essayons par contre de déconstruire ces relations de pouvoir à l’interne. Nous voulons également offrir un cadre clair lors des soirées. Si des problèmes surgissent, nous tentons de les résoudre collectivement. Pour cela, il faut qu’ils soient reconnus comme tels.

Nous restons ouvertEs à la discussion. Des collaborations futures ne sont pas exclues et cette décision ne remet pas en questions, pour nous du moins, les amitiés existantes ou à venir.

Les filles féministes castratrices sans humour
et les garçons sous la coupe du matriarcat
de l’Espace autogéré, 22 décembre 2009.


L’Espace autogéré annule un Noël pour cause d’affiches jugées sexistes

L’ancienne Dolce Vita devait accueillir le Noël des amis, une fête alternative. D’abord partant, l’Espace autogéré a annulé peu de jours avant l’événement. Le graphisme de l’affiche ne leur a pas plu.

«J’ai jamais pensé qu’une affiche ferait une histoire pareille.» Philippe Burnand, 43 ans, est dépité. Et énervé. Depuis neuf ans, cet ancien squatter organise avec d’autres connaissances un Noël des amis, «pour se croiser entre potes et pour les gens seuls». Une fête sans but lucratif, le bénéfice éventuel étant versé à la Soupe populaire.

La première édition avait eu lieu dans les bois de Sauvabelin. Puis dans différents lieux alternatifs : Kabak (dans l’ancienne École de chimie), le Puits (ancien squat au Rôtillon). «Cette année, je voulais faire ce Noël à l’Espace autogéré. J’ai fait plusieurs soirées là-bas, ils me connaissent. Ils ont accepté.» Jusqu’au couac. Pour promouvoir la soirée, qui accueillera six groupes, Philippe Burnand et ses amis impriment 5000 flyers et affiches, qu’ils distribuent un peu partout en Suisse. On y voit une femme, la bouche ouverte. Au dos, un militaire devant un sapin de Noël.

«Contenu discriminatoire»


Pour Philippe Burnand, cette affiche se voulait dans l’esprit punk. «Un dessin de tête de femme genre poupée en train de bouffer du sperme», estime de son côté l’Espace autogéré, dans un communiqué. «Une telle image présente une fois de plus le corps des femmes de manière dégradante, femme-objet soumise au fantasme masculin, poursuivent les autogérés. C’est contre ce contenu discriminatoire que nous nous insurgeons et non pas parce que nous serions choqués par son contenu sexuel. Le verso du flyer nous montrait encore un soldat, son fusil en érection, le Noël des amis inscrit en lettres gothiques, qui rappelle foutrement la symbolique de l’extrême droite.» Le communiqué est signé : «Les filles féministes castratrices sans humour et les garçons sous la coupe du matriarcat de l’Espace autogéré».

Après une tentative de conciliation, les occupants de l’ancienne Dolce Vita décident d’annuler la soirée peu de jours avant celle-ci. Les organisateurs doivent trouver en catastrophe un autre lieu. Ça sera le Vinyl Club, à la place du Tunnel. 200 personnes participeront finalement à la fête. Philippe Burnand : «J’ai beaucoup fréquenté les squats, surtout en Suisse allemande. J’y ai même habité deux ans. Mais là, c’est trop extrême. Je ne mettrai plus les pieds à l’Espace autogéré.»

«Peut-être qu’on s’est planté avec le flyer, reconnaît Stéphane Rentznik, comédien et musicien lausannois, coresponsable de la soirée. Mais de là à annuler… L’Espace autogéré organise très peu de choses. C’est dommage. Ils restent un peu en vase clos.»


Leur presse (Julien Magnollay, 24 Heures), 29 décembre.

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