Alger-banlieue : Émeutes du logement à Oued Ouchayeh et à Baraki

Publié le par la Rédaction

 

Quelques articles parus dans la presse mainstream algérienne ( Le Temps et  L'Expression), pas grand-chose à voir avec «nos» chers médias mainstream, nettement plus à la botte du pouvoir que les articles suivants :
Squat!net, 27 décembre 2010.

 

 

 

 

 

Colère à Baraki 

Les émeutes du logement se propagent à Alger

 

5 personnes ont été arrêtées et plusieurs autres blessées parmi les manifestants et la police, hier, à Baraki.

 

 

«C’est un policier qui m’a frappé d’une pierre à la tête», dénonce le jeune Hocine. Du sang coule sur son cou. Sa nuque porte une plaie profonde. «Il faut l’évacuer à l’hôpital !» crie un homme. Hocine relève la tête difficilement. Sur son visage émacié se décline le rêve brisé de sa jeunesse. Celui de mener une vie digne au sein de sa famille. Dans ses yeux, luit la flamme de la révolte. Cette révolte a allumé le brasier des émeutes. La cité Diar El Baraka à Baraki, banlieue d’Alger, est en colère. Les échauffourées entre les éléments de la police antiémeute et les habitants du quartier ont commencé hier, très tôt le matin. «Nous avons commencé à crier notre colère à cinq heures du matin. La police est arrivée et les émeutes ont commencé», déclare un autre jeune émeutier. Il est 10h. Les jeunes ont mis le feu aux pneus. Les Casques bleus reçoivent du renfort. Certaines répliques mal à propos des services d’ordre mettent le feu aux poudres. Les jeunes fulminent de colère. Ils sont prêts à en découdre.

 

Des enfants interpellés

 

La police cerne la cité par ses trois entrées. Les «échanges» de jets de pierres se font plus nourris. «C’est incroyable ! La police nous attaque avec des pierres. Nous demandons nos droits. Alors, pourquoi cette répression ?» s’étonne un jeune émeutier, la tête entourée du keffieh palestinien. Arrêt sur une scène marquante. Avec des jets de pierres la police s’oppose à … des gamins. Ces derniers résistent un moment. Les policiers reviennent à la charge. Les enfants fuient. Et c’est la panique. Les habitants s’inquiètent pour eux. Finalement, il y a eu plus de peur que de mal. Les gamins n’ont pas été arrêtés. Cela n’a pas pour autant calmé les esprits des révoltés.

 

«Cinq personnes ont été arrêtées et plus de 20 blessés parmi les habitants et les policiers», indique Rachid Boudina, membre de la commission du relogement des habitants de la cité Diar El Baraka. L’âge des habitants arrêtés varie entre 22 et 42 ans. Les premières informations recueillies sur les lieux faisaient état de l’arrestation de neuf personnes. «Il y avait quatre enfants qui ont été libérés par la suite», est-il précisé.

 

Les raisons de la colère

 

M. Boudina décline les raisons de cette révolte. «Notre cité compte plus de 2200 familles entassées dans 700 maisons», révèle-t-il. Il retrace le parcours du combattant qu’ils ont fait pour inscrire leur cité dans le programme de relogement lancé par la wilaya d’Alger cette année. Ladite commission a été installée en novembre de l’année précédente, précise M. Boudina. «Le wali-délégué de Baraki nous a invités à une réunion en mars de cette année. Il nous a conviés à constituer une commission pour l’étude des dossiers de demandes de logement», a ajouté notre interlocuteur. La commission a passé sept mois à étudier les dossiers. Elle a établi une liste de demandeurs de logement. Ces membres ont attendu une réponse officielle de l’administration. Rien n’a profilé à l’horizon. «Nous attendons depuis le mois de juin et voyez-vous où cette attente nous a menés», regrette M. Boudina. Pourtant, les autorités ont annoncé en grande pompe, en début de la semaine, l’opération de relogement de ces habitants. «Je l’ai entendu à la radio. Aussi, un quotidien a fait part de cette information», affirme un autre habitant de la cité. «J’ai été surpris de découvrir que notre cité ne figure pas dans la liste des opérations de relogement lancées aujourd’hui (hier)», renchérit-il. Hier, une large opération de relogement a été effectuée par les services de la wilaya d’Alger. Elle a touché près de 1600 familles (1586) occupant des bidonvilles et des habitations précaires. Le directeur du logement de la wilaya, Smaïl Mohamed, a annoncé à la radio que «ce sont d’abord les habitants de Diar Echems, Diar El-Kef et de la cité des Palmiers qui seront visés». Il a précisé que trois opérations «combinées et non-stop», seront également lancées. Pour rappel, la première action de ce dispositif de relogement a été lancée en janvier 2010. Elle a vu le relogement de 10.000 familles et le démantèlement de 12 sites. Elle a touché 579 familles occupant des chalets. La seconde opération concerne 520 familles de Diar Echems tandis que la troisième touchera 487 foyers. «Nous sommes laissés-pour-compte», déplore Samir.

 

La police verse dans un langage indécent

 

À ce moment, un jeune crie : «Ils ont blessé ma sœur !» Des éléments de la police sont visibles sur les toits de maisons qui menacent de s’effondrer. Ils font abattre sur la foule une pluie de pierres. Ils ne font aucune distinction ni d’âge, ni de sexe. Les chargés de l’ordre et de la sécurité auront même versé dans un langage irrespectueux. Un torrent d’insultes et de noms d’oiseaux est lancé sur les citoyens de la cité. Ces derniers répliquent par des slogans hostiles au pouvoir. La misère a écrit des lignes saignantes sur les murs délabrés des habitations. Des maisons de deux pièces contiennent entre deux et trois familles. L’exemple de Aïcha Boulezazen est émouvant. Cette ancienne moudjahida habite un deux-pièces vétuste. Elle y vit avec les familles de ses deux fils mariés. «J’ai également un garçon et deux filles célibataires (deux autre filles sont mariées et vivent ailleurs). Ils vivent avec moi. L’une de mes filles est handicapée à 100%» dit, sereinement, Na Aicha. Sur ces propos, nous nous rendons au siège de la daïra. À l’entrée sont regroupées des familles entières. Seulement, le nombre des policiers présents est supérieur à celui des citoyens. Parmi les familles figurent les demandeurs de logement sociaux et celles des victimes de la tragédie nationale. «Nous avons des dossiers de demandes de logement qui datent de 1982. Basta ! Que les autorités arrêtent de mentir aux citoyens», crie l’un de ces citoyens.

 

Les émeutes du logement risquent de sonner le tocsin d’une révolte sociale générale. Les échauffourée de Baraki sont intervenues au lendemain de celles de la cité des Palmiers, à Bachdjarrah, et celle de la Glacière. Alger est sur une poudrière.

 

La presse indésirable 
«Laissez-nous faire notre travail. Nous vous donnerons des informations après (les échauffourées)», c’est en ces termes que les éléments de la police antiémeute ont tenté, hier, d’empêcher les journalistes de couvrir les émeutes les ayant opposés aux citoyens de la cité Diar El Baraka de Baraki. Sur les lieux, des policiers en civil surveillaient de près les mouvements des reporters dépêchés sur les lieux. Les pratiques du parti unique ont la peau dure…

 

Mohamed Sadek Loucif
 L'Expression, 27 décembre.

 

 

 

 

Émeutes contre logement

 Diar El Baraka en ébullition

 

Le logement, encore le logement et toujours le logement ! Un problème omniprésent qui revient à chaque annonce d'opération de relogement, que ce soit dans la capitale ou dans d'autres wilayas du pays. 
Les autorités ne ratent aucune occasion pour vanter les mérites d'avoir réalisé de milliers de constructions ici et là. Des budgets faramineux sont injectés afin d'éradiquer l'habitat précaire. 
Mais à ce jour, des émeutes éclatent encore pour un logement. Une semaine des plus houleuses est celle que viennent de vivre les éléments de la police antiémeute. Une semaine en larmes et en cris pour les citoyens de la capitale.

 

À Oued Ouchayeh, dans la banlieue d'Alger, les habitants du bidonville situé sur les hauteurs du tunnel ont fermé la route durant la journée d'hier. La raison est toute simple : «Nous réclamons un logement, c'est notre droit. Nous avons été chassés par le terrorisme durant les années 1990, nous avons adopté la loi pour la réconciliation nationale, l'État doit nous rendre la monnaie de notre pièce», a crié un quadragénaire en exhibant sa carte d'identité nationale.

 

La circulation automobile a été bloquée pendant toute la journée, avant que les éléments des forces antiémeutes n'interviennent pour disperser la foule. Un forcing qui ne s'est pas passé sans incident puisque des émeutes ont éclaté entre les jeunes et la police.

 

Vers la commune de Baraki, le même scénario a été vécu par les automobilistes qui ont emprunté cette route. Il a fallu près de deux heures pour être sur les lieux de l'émeute.

 

Des camions de la police sont stationnés et prêts à d'éventuelles interventions. Des dizaines d'éléments de la police munis de boucliers et de casques de sécurité en file indienne et des policiers en civil tentent de pénétrer parmi les émeutiers afin d'en isoler quelques-uns. De l'autre côté, un autre décor saute aux yeux : des jeunes et moins jeunes, pierres, barres de fer et bouteilles en verre à la main menacent. Les dizaines de jeunes regroupés à l'entrée de la cité ont commencé à jeter des pierres et d'autres objets sur les policiers venus contenir la contestation.

 

Des jets de pierres de part et d'autre partent et des poursuites contre des émeutiers sont effectuées, notamment par des policiers en civil. Mais sans résultat. Au début de l'après-midi, la contestation a baissé d'un cran et ce grâce à la pacification de la police qui n'a pas voulu enflammer la foule. L'absence totale des autorités locales est la cause de ces incidents. «Ni le maire, ni le wali délégué ne sont venus nous voir. C'est de l'exclusion caractérisée que nous ne sommes pas près d'accepter. Nous sommes des Algériens à part entière», a déclaré l'un des membres du comité.

 

Les citoyens vivent dans des cellules

 

La cité Diar El Baraka a été construite en 1958 par un Algérien allié de la France coloniale, un riche propriétaire terrien, qui n'est autre que M. Bengana qui a quitté le sol algérien en 1962 pour rallier la Suisse où il a élu domicile depuis. Bengana a laissé ses terres et ses constructions aux algériens qui travaillaient chez lui dans le cadre de la loi de l'indigénat.

 

«Nous habitons cette cité construite sous forme d'écuries depuis l'indépendance. sommes-nous encore sous le règne de la France ou avons-nous eu notre indépendance ?» a  interrogé Mohamed, un septuagénaire. Notre interlocuteur renchérit : «Nous avons été inscrits dans plusieurs programmes de relogement et ce depuis 1986, date à laquelle nous avons eu des arrêtés de la mairie de Baraki qui offrait des lots de terrain à certains habitants. En 1987, un projet de construction d'une cité a été initié par les autorités à Haouch El Khorchof non loin d'ici, mais à ce jour nous n'avons rien eu.» Djilali, un autre habitant de la cité de Diar El Baraka et membre du comité de quartier ajoute : «En 1989, certains habitants ont effectivement bénéficié de lots de terrain d'une superficie de 160 m2. Pour le  reste, les autorités ont promis des logements.»

Selon les propos de aâmi Mohamed, les logements de Haouch El Khorchof entrent dans le cadre de l'opération APC/CNEP. «D'ailleurs, nous avons tous ouvert des comptes CNEP, mais voilà, plusieurs années après, nous sommes encore au point de départ.» Mustapha qui insiste pour nous faire visiter les logements dira : «Durant les années de terrorisme, nous avons tous quitté la cité, laquelle a été récupérée par les services de sécurité qui ont transformé nos logements en cellules pour les terroristes capturés.»

 

Le faux-plafond, seul remède contre l'humidité

 

L'habitat précaire est censé être éradiqué. «Je ne veux plus de bidonvilles à Alger», a dit un jour le président de la République. Une phrase répétée par plusieurs citoyens de la cité, qui lancent un appel à travers notre journal : «M. le Président, nous habitons toujours dans des bidonvilles. Pire, nous habitons les logements des indigènes, intervenez pour ne pas nous laisser mourir colonisés !» Un cri de détresse en direction des autorités du pays lancé par des habitants qui vivent dans des conditions insoutenables.

 

À l'intérieur de l'une des maisons du quartier, nous avons pu constater la gravité de  la situation. Murs en parpaing, toit en éternit et sol en béton. Pour isoler l'éternit de la maison, les habitants de la cité ont eu recours au faux-plafond. Madjid le maçon du quartier explique : «Le plâtre absorbe l'humidité et l'isole de l'intérieur de la maison, autrement nos enfants seront tous asthmatiques. Les sanitaires sont collectifs et pour certains il faut traverser le quartier pour s'y rendre.» «La nuit, il faut se  munir de bougie et en temps de pluie, c'est dans un coin de la chambre que nous faisons nos besoins.» C'est là le résumé  de Noureddine qui habite la cité depuis 16 ans.

 

Zahra, une vieille femme qui a connu les pires atrocités de la décennie noire à Bentalha où elle vivait et qui a vu ses deux filles égorgées devant elle, raconte : «J'ai habité Bentalha depuis ma naissance jusqu'en 1997, jour où mes deux jeunes filles ont été égorgées sous mes yeux.  J'ai fui ma maison avec l'ensemble de ma famille vers ce quartier et depuis nous avons déposé plusieurs demandes de logement.  Mais à ce jour nous n'avons rien eu.  Il ne me reste pas grand-chose à vivre, mais je me bats pour mes autres enfants. J'espère vraiment vivre  ne serait-ce qu'une journée de fête dans ma vie.» Les jeunes émeutiers ont décidé de continuer d'occuper la rue jusqu'à satisfaction de leur unique revendication. «Nous ne rentrerons pas chez nous avant d'avoir un logement. Nous voulons faire partie des bénéficiaires des 1600 logements  à distribuer», conclut Noureddine. Les habitants de la cité Diar El Baraka  ne demandent qu'un logement décent pour continuer à vivre dignement. 

 

Elias Melbouci
Le Temps, 26 décembre.

 

 

 

 

L'atmosphère reste tendue à Oued Ouchayeh

 Des émeutes ont secoué le quartier dans la soirée de samedi

 

Les scènes de violence qui ont éclaté samedi au niveau du tunnel de Oued Ouchayeh ont nécessité l'envoi de plusieurs unités de police pour ramener le calme et éviter tout débordement. Les émeutiers, originaires du quartier les Palmiers (Bachdjerrah) exigent d'être relogés dans des logements décents pour fuir les appartements exigus qu'ils occupent depuis plus de 40 ans.

 

Hier, aux mêmes endroits, des émeutes ont éclaté, nécessitant un impressionnant dispositif de sécurité, particulièrement les brigades anti-émeute, dont les éléments étaient postés, gourdin à la main, sur différents points sensibles susceptibles d'être le foyer d'une nouvelle poudrière. Pour rappel, dans la journée de samedi, des habitants des quartiers des Palmiers avaient bloqué l'accès du tunnel de Oued Ouchayeh, ce qui avait causé un interminable encombrement automobile.

 

Les véhicules de la police anti-émeute étaient stationnés tout au long de l'autoroute, sur le  flanc droit en direction de Oued Smar, en cas où de nouvelles échauffourées. Les policiers étaient également sur les lieux pour superviser l'opération de «prévention».

 

Sur la colline, au-dessus du tunnel, des jeunes commentent le dispositif sécuritaire mis en place. «Ils ne nous nous impressionnent pas. Hier (samedi, ndlr) nous sommes sortis pour demander notre quota de logements. Comment se fait-il que nos parents qui attendent depuis presque 40 ans les appartements neufs n'ont jamais rien vu venir, malgré les promesses faites depuis des lustres alors qu'ils les distribuent à de nouveaux venus ? Ils annoncent (le gouvernement, ndlr) le recasement des centaines de familles depuis ces dernières années, tandis que nous, on nous laisse sur le carreau», tonne Ahmed, la trentaine.

 

Aux alentours et à l'intérieur de Oued Ouchayeh, l'atmosphère est tendue. Les visages sont crispés. Les mères de famille ne sont [pas] du tout rassurées, elles craignent que leurs fils, pour la plupart désœuvrés, soient embarqués par la police si les affrontements reprenaient avec les forces de l'ordre.

 

Dans le périmètre qui a vu démarrer les évènements, le calme tient à un fil, comme nous le fait remarquer un jeune émeutier. Tout près, dans le lot de baraques de Boumaâza, la situation est autre, plus tranquille cette fois-ci. Un vieil homme rencontré sur les lieux indique que les jeunes de son quartier n'ont pas l'intention de sortir pour bloquer quoi que ce soit, mais le sentiment d'injustice reste profondément ancré. «En 1964, le président Ben Bella nous avait remis les clés. Nous devions habiter ces taudis pour une période de 10 ans. Nos logements n'ont pas été construits pour l'éternité. D'ailleurs, l'ingénieur français auteur du chantier avait prévenu les autorités. Il avait précisé que cette situation ne devait pas durer et ce, pour éviter l'explosion sociale. Mais depuis, rien de positif. Des familles entières se sont succédé de génération en génération, et toujours rien», raconte-t-il. 

 

Mehdi B.
Le Temps, 26 décembre.

 

 

 

 

Deux millions de logements de type F2 en Algérie 

Une autre «bombe à retardement»

 

C'était, les Algériens s'en rappellent, en 2004. Le président Abdelaziz Bouteflika avait exprimé son mécontentement quant à la poursuite de la construction de logements de type F2 qui, il est vrai, ne répondent pas à la caractéristique de la famille algérienne, composée en moyenne de 7 personnes.

 

Cela n'a malheureusement pas empêché, en 2010, la distribution de ce type de logements. Certains ont évoqué «d'anciens programmes», expliquant le pourquoi de la distribution de ce type de logements des années après l'orientation donnée par le président. Autrement dit, les logements de type F2 distribués récemment étaient inscrits dans des programmes lancés avant l'année 2004, ce qui pourrait constituer un aveu de retards enregistrés dans la réalisation de ces appartements.

 

Une source au fait de ce dossier estime à «plus de deux millions de logements collectifs de type F2, au niveau national, sur les 8 millions d'unités que compte le parc immobilier du pays». «Une bombe à retardement», alerte cette source. «Ce qui encourage le squat et replonge les familles bénéficaires de logements de ce type dans la situation où elles se trouvaient quelques années auparavant», lance cette source.

 

«Absence d'enquêtes analytiques»

 

Cette source dénonce, par ailleurs, ce qu'elle qualifie d'absence d'enquêtes analytiques qui devraient se faire après le relogement des familles. Ces enquêtes sont importantes puisque permettant aux autorités concernées de savoir si les relogements effectués ont permis aux familles bénéficiaires de régler leur problème en la matière, explique cette source.

 

À noter, d'autre part, et selon cette source, la non-application de normes devant fixer les superficies de logements. C'est ainsi que, ajoute cette source, on trouve parfois des logements de type F3 de superficie inférieure à celle de type F2. Ce qui ajouterait  à la complexité d'une situation pas très claire, estime cette source.Tout cela favorise le malaise social  exprimé par, entre autres, des émeutes qui éclatent quand des familles nombreuses sont relogées dans des logements exigus. 

 

Mounir Abi
Le Temps, 26 décembre. 

 

 

 

 

Le tonneau des Danaïdes 

 Affectations des programmes de logements sociaux

 

Routes barrées, pneus brûlés, barricades de fortune et heurts violents avec les forces de l'ordre, la contestation des listes des bénéficiaires de logements sociaux prend souvent l'allure d'une guerre. S'estimant lésés dans leurs droits à être logés dans des conditions décentes, les «exclus» entendent, de la sorte, attirer les regards sur leur déplorable condition sociale.

 

L'annonce du relogement des habitants de Diar Ech-Chems et des chalets de Bordj El Kiffan n'a pas été sans provoquer les habituelles réactions de désespoir des nombreux citoyens qui se considèrent exclus du bénéfice du logement social.

 

Cette fois, c'est au tour des habitants des quartiers insalubres de Oued Ouchayeh et de l'ancienne cité de recasement de la SAS de Baraki de manifester leur colère. D'abord contre leurs élus, qu'ils considèrent peu sensibles à leur déplorable condition de parias, ensuite contre la wilaya d'Alger, qu'ils accusent de n'avoir pas prévu de programmes sociaux en leur faveur.

 

C'est, en tout cas, l'explication qu'ils ont donnée au mouvement de protestation qu'ils ont initié depuis samedi. Les habitants de Oued Ouchayeh ont procédé, comme à l'accoutumée, à la fermeture du tunnel autoroutier reliant le Caroubier à Bachdjerrah, tandis que les protestataires de Baraki ont bloqué la route de Larbaa-Sidi Moussa-Bougara. Et, comme d'habitude, les jeunes des deux quartiers ont accueilli à coups de pierres et de projectiles hétéroclites les éléments des forces de l'ordre dépêchés sur les lieux pour parer aux débordements.

 

Un problème de quota

 

Pour les hommes politiques, pareilles réactions de violence ne sont pas près de s'estomper tant que l'offre de logements sociaux reste très en deçà d'une demande en perpétuelle augmentation. Djoudi Djelloul, membre influent du Parti des travailleurs, considère qu'il est temps de récupérer les centaines de milliers de logements sociaux attribués il y a des années mais qui demeurent à ce jour inoccupés. Notre interlocuteur pense que la «réattribution» de ces logements aux vrais nécessiteux peut atténuer la forte tension sur le logement social, «d'autant qu'il y a des centaines de milliers d'autres unités en construction». Sans cela, pense-t-il, «il est impossible de répondre aux centaines de milliers de demandes exprimées par les citoyens». Le responsable du PT pense qu'il est impossible, dans les conditions actuelles, de satisfaire tout le monde.

 

«Quand vous donnez 50 ou 100 logements à une commune où il y a des milliers de demandes en attente, vous ne pouvez jamais régler la crise du logement», nous dit-il, ajoutant que «la récupération des logements sociaux fermés s'impose». «Il faut qu'elle soit lancée le plus tôt possible», conclut-il.

 

Hadj Belarbi, militant RND et maire de Khemisti, est d'avis à ce que la distribution du logement social ou, plutôt, le tirage au sort des bénéficiaires, se fasse en public. «De cette façon, il ne peut y avoir de contestation». «Il faut aussi que les communes, en particulier celles qui n'ont pas de ressources propres, bénéficient de quotas de logements sociaux plus consistants», propose-t-il.

 

Mouhoub Djouadi, président de l'APC de Souidania, à l'ouest d'Alger, acquiesce : «Le problème tient moins au rôle des commissions et à leur composition qu'aux faibles quotas de logements sociaux qu'on nous attribue». «Quand il y a contestation de noms sur la liste d'attribution, les commissions se déplacent sur place pour vérifier la véracité des faits.» Le problème, indique M. Djouadi, est que «les quelques dizaines d'unités affectées aux APC sont plutôt sources de problèmes».

 

En l'espace de huit ans, nous avoue-t-il, Souidania n'a reçu que 140 logements sociaux. «À qui les attribuer, d'autant que tous les noms remis à la commission d'attribution sont méritants ? Alors, malgré nous, on procède au tirage au sort.» Notre interlocuteur rappelle que sa commune a vu sa population exploser, passer de 11'000 habitants en 2002 à plus de 20'000 en 2010. La demande en logements sociaux, elle, dépasse déjà les 5000 !

 

Combler le déficit

 

La situation est vécue à l'identique dans l'ensemble des communes, exception faite des régions peu peuplées du sud où le problème du logement se pose uniquement aux fonctionnaires fraîchement désignés.  Dans les grandes villes où, en plus de la demande dite «normale», liée à l'accroissement naturel de la population, la question devient complexe car il faut aussi prendre en charge le relogement des familles habitant les quartiers vétustes ou les habitations précaires ainsi que les bidonvilles érigés à leur périphérie.

 

«L'Algérie entière est concernée par le problème du logement, eu égard au déficit énorme qu'elle traîne depuis l'indépendance», nous indique de son côté Ouaddah M., économiste et président de l'association pour l'amélioration du cadre de vie et de l'environnement.

 

«C'est ce qui explique, en partie, le programme colossal de deux millions de logements à réaliser d'ici la fin 2014», dit-il, expliquant que «l'État est obligé, non seulement de procéder à l'éradication du logement précaire et des bidonvilles, mais aussi de lancer des programmes de restructuration des vieilles villes, outre le rééquipement des zones rurales désertées par leurs ocupants». En somme, le tonneau des Danaïdes.

 

Ali Laïb
Le Temps, 26 décembre.

 


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zaouali 29/12/2010 15:11



Depuis 1955 les habitants de la cite d'urgence vivent dans des logements d'une surface de 50m2, construitent par la france "cite indigene" juste pour faire apprendre nos parents comment vivre
dans un dure, normalement l'Etat doit penser comment faire evacuer ces anciens cites precaires aux logements normalisees, plus de 500 logements qui occupent cette surface qui doit prendre
plus 800 logements de 95m2, ces logements doivent disparaitre puisqu'ils ne pas normaliser pour une vie agreables, penser a renouveler nos cites "indigenes" merci



Raymond 29/12/2010 10:46



IMPORTANT - REPRESSION ITALIE SUITE MANIF 14 DECEMBRE


Lors d'une opération d'affichage dans le métro parisien
hier soir, j'ai rencontré une nana qui rentrait de TOSCANE.
Elle a prétendu que les inculpés du 14/12 venaient "juste"
de sortir de taule et que cela avait fait scandale
en Italie.
Je ne sais pas si elle voulait dire "aujourd'hui", auquel
cas ça aurait fait 2 SEMAINES de garde à vue (?!), ou si elle
parlait d'une date plus éloignée ?
Je ne parle pas italien, donc je ne peux pas voir sur le web.
Quelqu'un a-t-il des infos ? Peut-être BELLA CIAO ?


Ca vaut peut-être le coup de faire un article là-dessus ?


NO PASARAN.