Afghanistan : Évasion monstre de la prison de Kandahar - nuit du 24 au 25 avril

Publié le par la Rédaction

 

Près de 500 détenus, essentiellement des talibans, se sont évadés de la prison de Kandahar dans la nuit du dimanche 24 au lundi 25 avril, grâce à un tunnel, a annoncé le directeur de la prison de la grande ville du Sud afghan.

 

«Un tunnel long de plusieurs centaines de mètres a été creusé entre l'intérieur et l'extérieur sud de la prison, et 476 “prisonniers politiques” se sont échappés», a affirmé le général Ghulam Dastageer Mayar. Le chef adjoint de la police provinciale de Kandahar a confirmé l'évasion. Les autorités désignent par «prisonniers politiques» des responsables talibans présumés qui n'ont pas été arrêtés sur le champ de bataille.

 

Un porte-parole des talibans, Youssouf Ahmadi, a déclaré que les «prisonniers avaient creusé un tunnel long de 360 mètres de long en direction du sud. Ils ont commencé à sortir à 23 heures [dimanche] et ce [lundi] matin 541 prisonniers se sont évadés», avant de préciser : «Il y a 106 prisonniers politiques et le reste sont des moudjahidins [combattants]. Ils ont rejoint nos camps, et il n'y a eu aucun combat.»

 

 

«Coup dur» pour le président Karzaï

 

«C'est un coup dur. C'est quelque chose qui n'aurait pas dû se produire», a avoué dans la foulée Waheed Omar, le porte-parole du président afghan, Hamid Karzaï. «Maintenant que cela s'est produit, nous cherchons à découvrir ce qui s'est passé exactement et ce qui doit être fait pour réparer le désastre qui a eu lieu à Kandahar.»

 

De vastes opérations sont en cours pour retrouver les prisonniers, dont les données biométriques sont enregistrées, ce qui les rend facilement identifiables, a indiqué le gouverneur de la province. Citant les autorités de Kandahar, le porte-parole de la présidence a ajouté que 13 évadés avaient été repris.

 

Sérieux revers pour les Américains

 

La prison de Kandahar avait déjà été le théâtre d'une spectaculaire évasion le 13 juin 2008 : un commando de talibans avait alors pris d'assaut l'établissement, et près d'un millier de prisonniers, dont une moitié de talibans, avaient pris la fuite.

 

Cette spectaculaire fuite collective représente un sérieux revers pour les forces américaines, qui espèrent engager leur retrait d'Afghanistan dans les mois à venir et confier la responsabilité de la sécurité du pays aux seules forces afghanes. Le programme de transfert doit débuter dans un nombre restreint de secteurs et s'achever, pour l'ensemble du pays, d'ici à la fin 2014. La région de Kandahar, berceau spirituel des talibans, ne figure pas dans les zones choisies pour la première phase de transition.

 

Leur presse (lemonde.fr, AFP, Reteurs), 25 avril 2011.

 

 

Afghanistan : grande évasion à Kandahar

 

Grâce à un tunnel de 320 mètres de long, creusé depuis des mois par des insurgés, les talibans ont réussi à faire s'évader près de 500 détenus de la principale prison de Kandahar, dans le sud de l'Afghanistan. Un tour de force réalisé dans la nuit de dimanche à lundi, pour une grande évasion dans la deuxième ville du pays qui sonne comme une provocation lancée aux autorités afghanes et à l'OTAN.

 

Elle vient rappeler la faiblesse persistante du gouvernement de Kaboul dans le sud de l'Afghanistan, malgré l'injection de fonds et les renforts en troupes internationales.

 

«C'est un coup dur», a reconnu le porte-parole de la présidence Waheed Omar. «Une évasion de cette ampleur pointe évidemment une vulnérabilité.»

 

La ville de Kandahar, en particulier, est au coeur des efforts internationaux pour tenter de raffermir l'autorité du gouvernement du président Hamid Karzaï dans les anciens fiefs des talibans, dont Kandahar a toujours été la base. La prison de Sarposa, abritant 1.200 détenus, avait ainsi vu sa sécurité renforcée et ses procédures revues. En 2008, déjà, les talibans avait réussi à libérer 900 prisonniers lors d'une attaque spectaculaire menée par des insurgés à moto et deux kamikazes. L'un s'était fait exploser devant la porte de la prison, l'autre avait ouvert une brèche dans l'un des murs.

 

Dimanche soir, ce sont cette fois environ 475 détenus qui ont pu prendre la fuite par le tunnel avant de s'évaporer dans Kandahar, selon un responsable de la prison Ghulam Dastagir Mayar. La majorité des évadés étaient des militants de l'insurrection, a-t-il précisé.

 

Les insurgés avaient creusé le tunnel menant à la prison pendant cinq mois, contournant les postes de contrôle et les principales routes, selon un porte-parole des talibans, Zabiullah Mujahid. Ils ont finalement réussi à déboucher sur les cellules de la prison dimanche soir et les détenus ont été rapidement conduits dans le tunnel par des prisonniers qui avaient pu être mis au courant du projet, a-t-il raconté dans un communiqué.

 

D'après lui, plus de 500 prisonniers ont été libérés, dont environ une centaine de commandants talibans. Toujours selon lui, le passage des prisonniers dans le tunnel a duré plus de quatre heures et demie, les derniers sortant aux environs de 3h30 du matin, tout cela sans attirer l'attention des gardiens. Les talibans disent avoir ensuite utilisé un certain nombre de véhicules pour mettre les évadés en lieu sûr.

 

«On était quatre ou cinq à savoir que nos amis creusaient un tunnel depuis l'extérieur», a expliqué Mohammad Abdullah, présenté par les porte-parole des talibans comme l'un des détenus ayant participé à l'organisation de l'évasion depuis l'intérieur de la prison. Il a dit être depuis deux ans à Sarposa, après avoir été arrêté dans le district voisin de Zhari avec un stock d'armes.

 

«Certains de nos amis nous ont aidés en nous fournissant des doubles des clés. Quand le moment est venu dans la nuit, nous avons réussi à ouvrir les portes pour nos amis qui se trouvaient dans d'autres salles.» Il a ajouté qu'il avait réveillé les détenus par groupes de quatre à cinq pour les faire sortir discrètement. Son témoignage téléphonique, sur un numéro fourni par les porte-parole des talibans, n'a pu être vérifié de sources indépendantes.

 

Des tours de garde se trouvent à chaque coin de la prison de Sarposa, éclairée pendant la nuit, et entourée de murs de béton surmontés de barbelés. Une source gouvernementale afghane reconnaissait que si la sécurité extérieure de la prison avait été grandement améliorée, les contrôles à l'intérieur n'étaient pas aussi stricts. Les détenus, a-t-il dit, étaient très solidaires, et faisaient front pour faire passer leurs revendications auprès des gardiens.

 

Après l'évasion, les abords de la prison grouillaient de forces de sécurité afghanes et militaires américains. Une opération de recherche a été lancée lundi par la police et selon Waheed Omar, 13 détenus avaient pu être repris à midi.

 

D'après Qari Yousef Ahmadi, autre porte-parole des talibans, quatre de ceux qui se sont échappés étaient des commandants talibans au niveau de province. Mais les prisonniers talibans de plus grande envergure ne seraient vraisemblablement pas détenus à Sarposa. Les États-Unis maintiennent ceux qu'ils considèrent comme une menace dans un centre de détention près de la base aérienne de Bagram (est). D'autres sont détenus par le gouvernement afghan dans une aile de haute sécurité de la principale prison de Kaboul.

 

Leur presse (The Associated Press), 25 avril.

 


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