À propos du Comité anti-répression à Poitiers

Publié le par la Rédaction

De l’inter-lutte au Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux

Il est issu en grande partie du comité inter-lutte 86, comme son nom l’indique, il avait pour volonté de mettre en lien des secteurs «en lutte dans» la région (Éducation, Hôpital, Entreprises) et donc par conséquent de rompre l’isolement de certains salariés. Or  cela s’est avéré  être un échec  dans la mesure où le comité ne s’était pas élargi à d’autres secteurs que celui de l’éducation (du mouvement étudiant) dont il provient. Ainsi, s’est posé la question de la pertinence du comité de s’appeler inter-lutte car  la «mèche» n’a pas pris. Ce fut une période de lutte malgré les illusions suscitées par les grandes «journées de mobilisations» syndicales : un long et dur blocage de l’université de Poitiers avec occupation ainsi qu’une impressionnante vague publiphobe déferlent sur les panneaux publicitaires de Decaux [Article Centre-Presse du 6/05/09 (Denys Fretier)]. Afin d’enrayer cette dynamique et ses potentialités, la Police réagira de manière plus violente et plus provocante (ou en d’autres termes, plus «appropriée»), tel est son essence même après tout : de gestion quotidienne des gestes et des corps.  Dès lors, la  Répression frappa en deux temps sur les deux  mouvements : à commencer sur les étudiants occupants/bloqueurs (certains prendront du sursis) et ensuite sur le mouvement antipub (la presse parle, sans rire, de mouvance «anarcho-autonome» [Article Centre-Presse du 20/05/09 (Denys Fretier)]) où une peine de prison préventive de deux mois fut infligée à un camarade. Entre ces deux temps, il y a eu l’expulsion manu militari, brutale  d’un squat rue de Paris au 69bis (à proximité du local du «Collectif 23») [Réponse à l’article de la Nouvelle République du 27/05/09 (Vincent Buche) dans «La Mère Peinarde» : avec description précise de l’interpellation].


Ainsi le comité inter-lutte en manque de perspectives politiques et de luttes s’est peu à peu transformé en un comité contre la répression des mouvements sociaux. Ainsi il s’est étendu à tous les individus qu’ils soient membres ou non de partis politiques et/ou syndicats, associations de la ville. Il a permis, et ce dès les premières réunions d’évoquer les expériences vécues avec la Police — ses agissements — et la Justice — machine à broyer — par une partie de la jeunesse  militante poitevine afin d’éviter leur isolement  à cause de leur penchant politique et idéologique (anarchistes/ libertaires/dits «autonomes»). Ainsi le principe de défense de tout acte à caractère politique doit primer et tout individu doit être défendu quoi qu’il fasse (de l’antipub jusqu’à la manifestation du 10 octobre 2009 en passant par la réquisition de logements vides).

Or très vite, l’on a vu qu’il y avait des contradictions au sein du Comité Anti Répression. Il n’y a pas de positionnement politique défini : seuls l’anticapitalisme et/ou l’antilibéralisme au vu les tendances politiques signataires en sont la base. Bien évidemment, on a vu apparaître des divergences politiques très claires, surtout après les «évènements du 10» et la répression policière et judiciaire qui s’ensuivirent. Les divergences ont bien eu lieu par rapport au Comité de soutien des deux étudiants incarcérés qui s’est positionné sur une ligne apolitique voire de division entre les inculpés et incarcérés [La ligne du collectif de soutien aux deux étudiants «oublia» dans un premier temps l’autre incarcéré Patrick considéré comme marginal (la presse disait même qu’il était SDF !). Donc, il interpréta cette ligne comme «une défense de classe» de jeunes privilégiés (car étudiants-ayant-un-avenir) en plus de  la composante du comité : élus et notables de la ville.] et une démarche innocentiste qui n’avaient pas de sens aux yeux de nombreuses personnes au sein du Comité Anti Répression. Ce dernier  a organisé une manifestation avec un discours politique clair et précis : solidarité avec tous les inculpés, arrêts immédiats et inconditionnels des poursuites…


Devenir un réceptacle des luttes partisanes ?…

La journée du «10 octobre» est laffaire dans cette petite ville aux apparences calmes mais un enjeu politique national majeur se joue très clairement en Poitou-Charentes. Ici, c’est le fief de «Ségo», la préfecture est à droite (M. Tomasini — l’expulseur de Cachan [M. Tomasini décréta l’expulsion du plus grand squat de France situé à Cachan où plus de 200 familles, en majorité africaine vivaient], un proche de Pasqua et de Sarkozy) et Claeys — le maire PS — mais pas vraiment ségoleniste. Tout un petit scénario classique de la politique-spectacle, dans une ville de la «gauche» associative. C’est pourquoi, les organisations de la «gauche interventionniste» et d’extrême-gauche vont surenchérir sur le thème de l’insécurité afin de s’en accaparer comme tremplin pour les prochaines élections régionales. C’est à ce moment là que l’on a vu certaines organisations rentrer dans le Comité Anti Répression avec des arrière-pensées électorales : la «déclaration solennelle» signée par des élus de «gauche» avec celui du Modem de la Communauté d’Agglomération de Poitiers affiche clairement  une volonté de concurrencer Hortefeux dans sa politique répressive («Les casseurs qui ont dégradé Poitiers doivent être arrêtés et jugés. Leurs actes sont injustifiables et inexcusables.» [Déclaration solennelle du maire signé par les élus]). Encore une fois les élus «de gauche» ont  prouvé leur médiocrité voire même leur allégeance au discours et au  parti dominants. À ce jeu là, il est vrai que le Parti Communiste poitevin nous a fait rire avec sa vision paranoïaque et «complotiste» des faits : grosso modo, c’est Hortefeux et sa police qui a tout financé, tout orchestré, même le tract d’autodéfense juridique [Fac-similé distribué lors de la manif organisée par le Comité Anti Répression du 19 octobre]. Bref… Ce qui est assez marquant de la part d’organisations se réclamant comme des relais des travailleurs, des opprimés et des laissés pour compte, ne faire aucun discours conséquent, ni même une analyse autour des questions de l’enfermement (prison, psychiatrie par exemple). C’est une véritable occasion manquée de leur part dans la mesure où un des plus grands centres de détention «nouvelle génération» [Prisons «nouvelles générations» : Partenariat Public/Privé. Les groupes privés ne se contentant pas seulement de construire (ex. : Eiffage ou Bouygues) mais régiront des aspects de la vie des détenus.] de France s’est construit dans la région (Centre pénitentiaire Poitiers-Vivonne).

Ainsi, des oppositions politiques au sein du Comité sont établies, la «déclaration solennelle» est en quelque sorte une déclaration de guerre… Elle met en lumière les divergences et montre que le Comité Anti Répression peut être aussi  perméable à ce type de comportement nauséabond : la délation, une certaine forme de désolidarisation, double jeu électoraliste. Ces positions prouvent qu’il y a des ennemis politiques au sein du comité anti répression. Elles tendent également à ébranler la confiance entre les membres du comité qui agissent a priori à titre individuel et non pour leur chapelle politique. Ces mêmes personnes qui dénoncent «l’ultragauche» comme le jouet politique de l’épouvantail électoraliste de «l’ultradroite» à la Hortefeux [Dessin d’AdèLE vu sur http://www.justicepourtous.org/] considèrent le comité anti répression également comme un jouet…

… Ou une force de proposition contre la résignation ?


Or, le Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux, comme tout autre comité anti répression et/ ou caisse de soutien/solidarité peut être autre chose qu’un jouet politique. C’est pourquoi, il ne peut se contenter de rester qu’une force de défense d’inculpés ou autre incriminé par la Justice. Le Comité Anti Répression est là avant tout pour soutenir politiquement, financièrement, en organisant soirée de soutien, création de caisse, appel à d’autres caisses… Et aussi moralement en brisant l’isolement des inculpés. Le Comité peut offrir des armes juridiques en appelant des avocats, en distribuant des tracts ou brochures d’autodéfense juridique [Face à la Police, Face à la Justice et Guide du manifestant arrêté]. C’est une arme politique intéressante grâce au nombre et la solidarité donc éminemment nécessaire et stratégique même si persiste toujours un sentiment dimpuissance ; et c’est «normal» étant donné le rapport de force qui n’est pas en notre faveur et qu’actuellement les luttes ne paient guère (mis à part quelques lots de consolation telle que la grève générale en Guadeloupe ou bien la lutte des «Contis»). Cependant, le Comité Anti Répression est un moyen — comme un autre — de «conscientisation» politique d’un nombre de personnes méconnaissant les dispositifs de contrôle et de gestion des affects et des corps par la Police et de sa Justice au moment de lutte et/ou mouvement social réprimé durement (comme ce fut le cas pendant le CPE en 2006, ou bien à saintNazaire en 2009). Ces situations créent des rencontres et des dynamiques dépassant les cadres et les milieux militants habituels en touchant toutes les générations, les classes, les professions. De plus, cela a pour effet de démystifier toutes les croyances citoyennes en la Justice juste (sic) et ses fondements : les Droits de lHomme, pourtant invoqués lors de la défense d’inculpés/prévenus [Contribution aux discussions sur la répression antiterroriste].

Ainsi, le Comité Anti Répression n’est pas dans l’expectative ! C’est pourquoi ce serait intéressant qu’il devienne une force d’action et d’analyse politique, de proposition et un lieu de débats plus conséquents sans pour autant devenir un groupe politique à proprement parler ou bien une organisation, mais comme un outil rodé qui est là, présent, prêt à être utilisé à tout instant face à l’oppression. Et si possible loin des querelles de chapelles. Là risque de se poser des problèmes avec les organisations/syndicats, et associations soutenant le Comité Anti Répression et de leur degré d’implication surtout lorsqu’il s’agit de défendre des actes politiques se démarquant clairement de leur méthode/stratégie ou même pire de leurs convictions politiques et philosophiques, nous verrons.

Pour finir, ce serait nécessaire et donc intéressant que les caisses de soutien [Quelques caisses de solidarité], et les comités anti répression qui ont pullulé dans plusieurs villes ces dernières années au gré des luttes successives et de la répression qui s’en est suivie, se connectent un peu plus, se rencontrent afin de discuter de nos expériences locales vécues pour y faire émerger une force, une arme : à commencer  par celle de la solidarité !

Texte reçu le 13 janvier 2010,
à paraître dans le prochain numéro de La Mère Peinarde.

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