À Noël... Pas de cadeau pour le sexisme !

Publié le par la Rédaction

 

Quoi de plus innocent que les fêtes de fin d’année, les retrouvailles en famille sous paillettes enguirlandées, les cadeaux déposés sous le sapin par un prétendu Père Noël et le sourire de nos chers bambins à la découverte de leurs nouveaux jouets ? Pourtant, comme chaque adulte le sait, la hotte remplie de poupées, de petites voitures et autres soldats américains miniatures ne provient pas d’un grand barbu philanthrope qui vivrait au fin fond du Pôle nord… Dans ces périodes de grande fréquentation des rayons jouets des supermarchés, il s’agit de se questionner sur l’impact que ces innocents compagnons peuvent avoir sur la construction des enfants et sur la responsabilité que nous, parents, nous avons en choisissant de les offrir… ou pas !

 

Une construction des modèles et des genres qui se fait dès l’enfance…

 

La domination capitaliste et patriarcale assoit son pouvoir dans une catégorisation des individus qui les conditionne à un comportement prédéterminé. Le modèle de la famille normée — qui est souvent loin de la famille normale — est celui d’un couple hétérosexuel avec enfant, où la mère, même si elle a gagné son droit de travailler, doit veiller avec douceur sur le foyer et où le père doit tenir fermement son rôle d’autorité. Et si cette famille stéréotypée peut paraître préhistorique à certains (et tant mieux), il n’empêche qu’elle est toujours inscrite, de façon plus ou moins consciente, comme une référence intégrée des comportements sociaux. La construction sexiste, homophobe et raciste, de ce schéma familial et social se construit dès l’enfance à travers les jouets et les comportements normés auxquels nous renvoyons les enfants…

 

Les filles jouent à la poupée…

 

Ainsi la petite fille est sans cesse renvoyée à son futur rôle de mère et de femme au foyer, pas question pour elle de conduire un bolide ou de conquérir l’espace ! Il est préférable qu’elle s’affaire dès maintenant à devenir jolie, douce et disciplinée. Quoi de mieux alors que sa sphère de jeu soit celle du foyer. Et là, les fabricants redoublent d’idées pour l’initier aux joies du fer à repasser et de l’aspirateur. Elle apprendra à bien s’occuper d’un enfant grâce à l’attirail complet d’une petite mère, elle apprendra à tenir une maison en concoctant de bons petits plats dans une cuisine parfois plus moderne que celle de maman et elle apprendra à rester discrète et surtout jolie pour rencontrer le prince charmant qui fera d’elle une «femme» en s’identifiant par exemple à une poupée mannequin bien connue aux proportions peu vraisemblables et aux préoccupations superficielles.

 

… les garçons aux petits soldats !

 

Mais si le sexisme envers les petites filles paraît très évident il n’en est pas moins exercé sur les petits garçons. Le jeune homme en devenir doit construire sa virilité et son autorité. Il apprendra le militarisme et la violence. Tous ces objets qui pourtant vous exècrent certainement «en vrai» se retrouvent souvent miniaturisés au pied du sapin : armes à feu, robots exterminateurs ou même scènes de guerre entre cow-boys et indiens reproduites innocemment dans de petites figurines célèbres. Pas de place aux sentiments, encore moins au maternage d’un nourrisson en plastique, il doit conquérir le monde pour devenir un grand chirurgien, un policier ou un quelconque prix Nobel.

 

Même dans les espaces de jeu le rapport dominant/dominé se fait sentir. La petite fille est cantonnée à l’intérieur quand le petit garçon doit se défouler à l’extérieur et explorer l’univers. Et ces espaces sont si bien intégrés par les enfants que si vous regardez une cour de récréation vous pourrez remarquer comment se distribue l’espace de façon inégale, le football prend toute la place quand la marelle se fait dans un coin…

 

Des jouets pas si innocents que ça

 

C’est ainsi toute une construction des genres, des comportements et des déterminations socioprofessionnelles qui se fait dès l’enfance à travers les jouets mais aussi à travers la norme vers laquelle les réactions des adultes amènent les enfants. En effet, pourquoi un petit garçon ne pourrait pas aimer le rose, la mode ou la cuisine ? Et si il existe des «garçons manqués» autrement dit des filles émancipées de leur condition féminine, le terme «fille manquée» quant à lui n’existe pas, on lui préfère celui de «tapette»…

 

Mais les jouets servent aussi à inculquer en douceur à nos enfants des valeurs marchandes et à apprendre dès le plus jeune âge à être de bons consommateurs. On leur apprendra ainsi à toujours préférer les jouets neufs, le plus souvent en plastique, et fabriqués par d’autres enfants en Chine ou en Asie du sud-est !

 

Jouer autrement ?

 

Pour lutter contre le sexisme, l’homophobie, le racisme et le consumérisme qui se dissimulent dans les jouets, tentons d’abord de ne pas enfermer nos enfants dans des cadres que nous reproduisons sans nous en rendre compte. Favorisons leur capacité de création et d’imagination : rien n’empêche nos enfants de fabriquer eux-mêmes leurs jouets, ou avec l’aide de leurs parents. Favorisons d’autres modes de consommation (échanges, troc, occasion) et d’autres formes de jeu (qui se basent sur la solidarité et l’entraide plutôt que sur la compétition et la domination).

 

Alors en cette fin d’année, jouons autrement et libérons-nous du sexisme !

 

Pour en savoir plus… 
L’association Mix Cité a publié en 2009 un livre collectif sur les jouets intitulé Contre les jouets sexistes.
Plusieurs organisations antisexistes participent depuis 2003 à des campagnes contre les jouets sexistes, comme le Collectif Contre le Publisexisme, Du Côté Des Filles ou les Panthères Roses.
Et si vous voulez lutter contre le sexisme localement, n’hésitez pas à vous adresser aux Poupées en Pantalon.

 

Alternative Libertaire Alsace, décembre 2010.

 


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