À la raffinerie de Gargenville (Yvelines)

Publié le par la Rédaction

Samedi 23 octobre à midi était appelé, par l’assemblée des secteurs en lutte du Mantois, un rassemblement en solidarité avec les réquisitionnés de la raffinerie de Gargenville. Beaucoup moins médiatisée que celle de la raffinerie de Grandpuits, le blocage de la production par les travailleurs de cette petite raffinerie Total est presque passé inaperçu : arrêt total entre le 12 octobre et le 22 octobre, puis plusieurs ordres de réquisition (pour 15% des effectifs) depuis.

 

Une bonne soixantaine de personnes viennent exprimer leur soutien. Beaucoup de syndiqués (Sud Rail, Sud Éduc, FSU…), quelques membres des partis de l’opposition (PC, PS), quelques petites écharpes tricolores des bleds alentours, mais aussi un certain nombre de personnes non syndiquées curieuses de comprendre un peu mieux la situation sur la raffinerie de Gargenville.

 

La raffinerie Total de Gargenville

 

Petite raffinerie Total et dépôt de carburant, cette unité fonctionne essentiellement par pipeline (et donc il n’y a pas réellement de camions-citernes à bloquer). Elle alimente, en temps normal, des stocks spéciaux de l’armée et le secteur privé, d’après ce que l’on a pu en comprendre. Environ 25 travailleurs s’y font exploiter. Les stocks sont aujourd’hui quasi-vides et relancer la production à plein régime prendra au moins 5 jours — autant dire 5 jours de panne sèche. La direction Total joue un jeu complexe : d’après ce que l’on a pu nous dire, au bout de quelques jours de grève complète, la direction fait savoir aux ouvriers qu’elle approuve l’arrêt total de la production ainsi que le blocage des pipelines, lui permettant ainsi d’organiser la rareté de l’essence à la pompe et de faire un max de thunes en faisant flamber les prix du litre de gasoil. De gros bénéfices engendrés les premiers jours a priori… Total avance également, pendant cette grève, ses pions quant à sa volonté de poursuivre la restructuration du secteur et son lot de délocalisations : organiser la production à très faible coût bien loin de l’hexagone et organiser l’acheminement du pétrole raffiné par de gigantesques pipelines sous-marins…

 

Grève et réquisitions…

 

Après plus de 10 jours de grève totale, un premier ordre de réquisition arrive via le ministère de la Défense qui invoque la nécessité d’alimenter en kérosène l’aéroport de Roissy. Ce premier ordre sera vite cassé par le tribunal administratif. Ce qui ne découragera pas le préfet d’en pondre un second, insistant à nouveau sur la nécessité d’approvisionner Roissy. L’aéroport n’aurait plus que 3 jours de kérosène d’avance, et s’il venait à en manquer cela génèrerait potentiellement de graves troubles à l’ordre public. C’est du moins la raison majeure invoquée pour ce second ordre de réquisition… La CGT, bien implantée à Total Gargenville, a porté un nouveau recours au tribunal, et décide ainsi d’enfermer la lutte dans ce «bras de fer» juridique.

 

Pour ce qui est des ordres de réquisition, ce sont les flics (dont une bonne partie de BACeux) présents jour et nuit devant les portes d’entrée du site qui sont chargés de les faire signer aux ouvriers réquisitionnés avec plus ou moins de pression. Ces derniers refusent de signer même s’ils vont prendre leur poste.

 

Lutte de classe à la base, lutte des places dans les centrales…

 

L’État comme la CGT ont choisi de se focaliser sur les luttes autour des raffineries et de les considérées comme «fer de lance» de la lutte contre la réforme des retraites (et plus encore). Cela leur permettrait de tenter d’imposer la fin du mouvement par un dramatique dénouement autour des piquets des grévistes des raffineries. Et cela permet également d’occulter les centaines d’autres luttes, blocages, manifestations sauvages qui ont encore lieu quotidiennement partout, dans tous les secteurs. Se joue également des luttes de pouvoir interne à la CGT : il semble que le fameux le délégué cégétiste Charles Foulard très en vue à Grandpuits prendrait bien la place de Thibault ou, tout du moins, grimperait bien en haut de la pyramide CGT. D’où sa nécessité de radicaliser le blocage dans son secteur…

 

Pour autant, on ne peut nier l’efficacité de la grève et des blocages de sites par les travailleurs des raffineries. Ce que l’on peut retenir c’est que penser la grève, le blocage (et le sabotage également) de manière tactique peut, non seulement faire réellement mal au portefeuille des capitalistes, mais aussi entraîner des blocages en chaîne de l’économie. En l’occurrence, ici, le blocage de la production et de l’acheminement du pétrole entraîne un ralentissement économique d’un certain nombre d’autres secteurs…

 

Dans la région de Mantes…

 

Ce rassemblement de solidarité avec les grévistes de Gargenville nous apprendra aussi qu’un certain nombre de cheminots du dépôt de Mantes sont en grève depuis plus de 10 jours. Que la centrale thermique EDF de Porcheville tournait au ralenti dû au mouvement de grève jusqu’à ce que des ordres de réquisition obligent également les travailleurs à retourner au turbin forcé. Et, aux alentours du 15 octobre, du côté des lycéens : affrontements avec les keufs au lycée Vaucanson aux Mureaux, jets de pierre sur les flics au lycée d’Aubergenville, et intervention musclée pour débloquer le lycée de Limay…

 

À suivre !

 

Indymedia Paris, 26 octobre 2010.

 


Publié dans Colère ouvrière

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