À Grenoble comme partout : Démontons les caméras

Publié le par la Rédaction


«On va pas mettre des caméras partout, je le dis très franchement. En revanche on va en mettre dans tous les secteurs de la ville.»
Jérôme Safar, adjoint à la sécurité, France Bleu Isère, 1er mars 2010.


Démontons les caméras

La Ville de Grenoble vient d’installer en catimini 13 caméras dans les rues du centre-ville. Les ingrédients : un tiers d’opération politicienne opaque, un tiers de technologie liberticide et un tiers de gros profits à la clef.

Main dans la main avec la préfecture, la Ville de Grenoble a installé du 18 janvier au 8 mars 13 caméras-dôme 360° sur le cours Berriat, le cours Jean-Jaurès, le boulevard Clémenceau, la rue Lesdiguières, autour du musée et à la gare. D’autres caméras sont prévues, notamment dans les quartiers de la Capuche, du jardin de ville, de Notre-Dame et du Village Olympique. Oh les belles machines ! Capables de lire un texto à 200 mètres de distance ! Vous avez encore envie de vous promener dans les rues de Grenoble ? Impossible de savoir qui s’occupera des images et dirigera les yeux électroniques. Manifestants ou simples passants : nous sommes tous suspects sous le regard d’un dispositif qui donne les pleins pouvoirs à la police. Quand nous a-t-on demandé notre avis ? Jamais. Les décisions ont été prises dans l’opacité par le cabinet du maire, sans même un débat au conseil municipal. C’est qu’il s’agit de répondre aux chiffres fixés par le Ministère de l’Intérieur. Alors, pour tenir des objectifs de papier et entretenir le climat de peur, tout est bon. Ce qu’on nous promet en échange de notre soumission : un comité d’éthique bidon «qui publiera un rapport une fois par an».

Démontage des 13 nouvelles caméras. Abandon des projets de vidéosurveillance. Nous ne voulons pas vivre en liberté surveillée.


Pourquoi nous sommes contre les caméras


1. Les caméras sont une atteinte à la vie privée. Nous ne voulons pas être filmés en permanence dans l’espace public. Nous n’avons pas envie que l’on sache à tout moment où nous allons, avec qui nous discutons dans la rue, quelles sont les personnes qui nous rendent visite, dans quel magasin ou hôtel nous entrons, et avec qui… La vie privée est un droit, y compris sur la voie publique. Si nous acceptons les caméras dans la rue sous prétexte que nous n’avons «rien à nous reprocher», pourquoi pas des caméras dans nos appartements ?

2. Ces caméras ont été installées en douce. Nos élus locaux le savent : les caméras sont impopulaires. Aussi, prennent-ils les décisions dans notre dos : pas la moindre communication sur le sujet. Pas un média local n’en a parlé avant l’installation. La question n’a même pas été abordée en conseil municipal : tout a été décidé entre la préfecture et le cabinet du maire. Interpellé le 11 mars sur le campus, le maire Michel Destot affirme carrément que les caméras ne sont pas installées ! Nos dirigeants sont visiblement mal à l’aise.

3. Les caméras ne répondent pas à une demande de la population. Les Grenoblois n’ont jamais demandé une ville ultra-sécuritaire. Ces caméras ne répondent qu’à des objectifs nationaux : le gouvernement a décidé de tripler le nombre de caméras sur la voie publique en France. Ces treize caméras ont été installées par le maire pour le plus grand plaisir de la préfecture. Toujours le 11 mars, Michel Destot déclare que si les caméras des bus et des trams (1800) étaient retirées, c’est toute la population qui protesterait. En est-il si sûr ? A-t-il déjà consulté les Grenoblois sur cette question ?

4. La vidéosurveillance coûte cher. Les caméras sont installées de manière opaque, il est donc très difficile d’en estimer le cout réel, en partie pris en charge par des fonds interministériels. L’exemple échirollois est éclairant : selon le Modem, les caméras d’Echirolles ont déjà coûté 500'000 euros et la Ville s’apprête à rallonger le budget de 100'000 euros. Auxquels il faut ajouter les frais de fonctionnement annuels. «Dans les villes qui ont décidé d’utiliser ce système, comme Nice ou Strasbourg, entretenir une équipe de 10 ou 12 personnes coûte souvent aux alentours de 300'000 euros par an.» (Pigé Magazine, mai 2009.) Où va l’argent ? Dans les caisses d’INEO-GDF-Suez, ETDE-Bouygues, Thalès et autres Schneider Electric. Mais même si elles nous étaient offertes, voudrions-nous de ces machines ?

5. De toutes façons, les caméras ne sont pas efficaces. Aucune étude n’a pu prouver leur efficacité sur ce que les dirigeants appellent la délinquance. Dommage, c’était le seul argument en faveur des caméras. Selon la Ligue des Droits de l’Homme : «Les pays qui ont expérimenté la vidéosurveillance à grande échelle en ont tiré un bilan négatif. C’est vrai en Angleterre, mais aussi aux États-Unis, où une ville aussi sécuritaire que Miami a supprimé ce dispositif coûteux et inefficace.» (Le Monde, 10 février 2010.) Les caméras ne résoudront même pas les «problèmes» qu’elles sont censées résoudre. Efficaces ou non, technologiques ou humains, nous ne voulons pas confier nos vies à des outils de contrôle et de surveillance.

6. La vidéosurveillance, c’est l’institution de la peur. Les caméras ne sont pas efficaces mais elles nous envoient un message : il faut se méfier de tout le monde. Plus personne n’est en sécurité. En installant des caméras, on crée la peur et la menace en faisant mine d’y répondre. Nous sommes tous filmés car tous considérés comme des délinquants, des criminels, et des terroristes potentiels. Tous suspects à leurs yeux : la présomption de culpabilité remplace la présomption d’innocence. Les caméras n’ont d’ailleurs pas été placées au hasard ; elles sont notamment placées sur le parcours des manifestations, de la gare à la place de Verdun.

7. Une caméra, puis deux, puis trois. Et puis d’un coup … 60'000 ! Depuis 1995, des caméras de surveillance sont installées sur la voie publique discrètement et petit à petit pour éviter les protestations. Aujourd’hui la mairie installe treize nouvelles caméras, et envisage déjà d’en implanter de nouvelles dans les quartiers de la Capuche, du jardin de ville, de Notre-Dame et du Village Olympique (selon Jérôme Safar, adjoint à la sécurité). Ces caméras sont une étape de plus dans la confication de nos libertés : lois LSQ, LSI, Perben, LOPSI, LOPPSI 2, plan Vigipirate, fichier Base Élèves, fichages biométrique et ADN, procédures antiterroristes… Jusqu’à quand accepterons-nous l’avalanche sécuritaire sans réagir ?

8. Nous voulons des rues accueillantes, pas un espace aseptisé et sous contrôle. L’espace public appartient à tous, alors que la gestion policière nous dépossède de la rue, confiant toute responsabilité aux «autorités». Dans les espaces surveillés, il ne nous reste plus qu’à circuler et aller consommer. À nous de choisir : voulons-nous des rues contrôlées par des machines, rationalisées et impersonnelles, ou des rues vivantes, populaires, et accueillantes ? La vidéosurveillance est inséparable de l’aseptisation de Grenoble : projet GIANT sur la Presqu’île, quartiers de Bonne, Bouchayer-Viallet, Esplanade… Ces caméras correspondent à la ville que Destot et sa clique construisent : une mégalopole ultra-moderne dont les bâtiments de prestige sont déjà équipés de caméras high tech (voyez le Stade des Alpes, la MC2 ou le Palais de Justice…).

9. La transparence est toujours à sens unique. Les caméras et les autres technologies de contrôle rendent nos actions et nos déplacements transparents aux yeux des institutions, des entreprises et des dirigeants. À l’inverse, il n’a jamais été question d’installer des mouchards électroniques dans le bureau du préfet, ou celui de Destot, et encore moins dans les salles de réunion du Commissariat à l’Énergie Atomique et de Minatec. Gageons qu’aucun élu ne serait d’accord avec cette proposition. Et pourtant, des décisions qui nous concernent tous sont prises chaque jour dans ces salles et ces bureaux. Nos dirigeants, qui imposent la vidéosurveillance, ne voudraient pas être filmés eux-même. Ils préfèrent pouvoir prendre des décisions — comme l’implantation de nouvelles caméras — dans notre dos. Pourquoi alors devrions-nous accepter d’être filmés de notre côté ?

10. La vidéosurveillance : un projet de société totalitaire. Ces nouvelles caméras sont compatibles avec des logiciels informatiques de reconnaissance. Elles annoncent les caméras «intelligentes», capables de repérer les comportements «suspects», d’enregistrer automatiquement les plaques d’immatriculation, et de reconnaître les visages. Elles s’inscrivent dans le même projet politique que les puces RFID, les papiers d’identité biométriques ou les drônes, ces avions miniatures sans pilote, qui surveillent déjà les banlieues et les manifestations. L’arbitraire de l’État n’a plus de limites quand on lui octroie des moyens technologiques aussi perfectionnés. Si nous ne refusons pas aujourd’hui ces caméras, sous quel prétexte refuserons-nous demain qu’on nous implante une puce électronique dans le bras, afin de nous rendre localisables par GPS en permanence ?


Un comité d’éthique… en toc

La clique à Destot annonce la création d’un «comité d’éthique», pour encadrer le dispositif. Un comité d’éthique sert-il vraiment à quelque chose ? Qu’avons-nous à gagner à y participer ?

Les associations qui y ont siégé dans d’autres villes le disent : les comités d’éthique ne servent à rien. À Lyon, saintÉtienne, Rouen, les comités d’éthique — quand ils arrivent à se réunir — n’ont aucune influence sur les caméras. La Ligue des Droits de l’Homme a tiré le bilan de 15 ans de cogestion de la vidéosurveillance et affirmé nationalement «son opposition à toute participation aux comités d’éthique» (LDH, Guide pratique de la vidéosurveillance). Michel Destot trouvera-t-il des figurants pour participer à la mascarade ?

Le comité d’éthique arrive trop tard : les caméras sont déjà là. Si Michel Destot croyait à l’utilité d’un comité d’éthique, ne l’aurait-il pas créé avant d’installer les caméras ? On le voit, cette instance est inutile pour protéger nos libertés.

Pourtant ce comité d’éthique a une vraie utilité. Il sert à faire accepter la vidéosurveillance en l’enrobant d’un vernis éthique et citoyen. On veut nous faire croire qu’un comité d’éthique qui publiera «un rapport par an» (Jérôme Safar, Grenews, 29 juin 2007) contrebalancera l’installation de douzaines de caméras dans nos rues. Comité d’éthique ou pas, les caméras poseront leur regard suspicieux sur les moindres faits et gestes des badauds du centre-ville.

Le comité d’éthique, loin de préserver nos libertés, ne sert qu’à nous faire accepter les 13 nouvelles caméras, et à préparer l’acceptation des suivantes.

Démontage des 13 nouvelles caméras. Abandon des projets de vidéosurveillance. Nous ne voulons pas vivre en liberté surveillée.


Retrouvez ce tract, des photos, des articles sur la vidéosurveillance à Grenoble et un plan détaillé de toutes les caméras de l’agglomération sur le site Indymedia Grenoble.
Pour plus d’informations, n’hésitez pas à contacter Michel Destot, maire de Grenoble (michel.destot@ville-grenoble.fr, Tél. 04 76 76 36 36 Fax 04 76 76 34 52), et Jérôme Safar, adjoint à la sécurité (jerome.safar@ville-grenoble.fr, tél. 04 76 76 35 22, fax 04 76 35 19). Adresse postale : Ville de Grenoble, 11 bd Jean-Pain, BP 1066, 38021 Grenoble cedex 1

Indymedia Grenoble, 25 mars 2010.

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