À Dijon, chasse aux Roms et propagande xénophobe, ça suffit !

Publié le par la Rédaction


La chasse aux Roms s’est de nouveau déchaînée depuis plus d’une semaine à Dijon, dans le but apparent de vider les casernes à l’abandon, où une centaine d’entre eux vivent tant bien que mal. Le vendredi 11 décembre, le Tribunal d’Instance avait en effet décidé d’accorder plusieurs mois de délai à cette occupation, avant que l’expulsion puisse être mise en œuvre. En dépit de ce sursis, depuis plus d’une semaine, la Police aux Frontières et les policiers dijonnais contrôlent quotidiennement les habitants de «la caserne», rentrent dans les maisons, emmènent chaque jour des personnes en garde à vue, distribuent des OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) en dépit des lois relatives aux ressortissants européens, et menacent de sévir si les familles ne partent pas d’elles-mêmes.

La présence policière à la caserne et le harcèlement quotidien n’ont malheureusement rien de nouveau, mais il semble actuellement que la préfecture fasse dans l’innovation sinon dans le zèle. Deux personnes ont déjà été emmenées en centre de rétention, alors qu’elles pouvaient pourtant prouver qu’elles étaient en France depuis moins de trois mois et qu’elles n’avaient donc aucune raison de recevoir une OQTF. On ne compte plus les pressions et les abus de toutes sortes, dernier exemple en date dimanche dernier devant la caserne, séparer une mère plusieurs heures de son bébé de quelques mois malade alors qu’elle devait allaiter, pour emmener celle-ci en contrôle d’identité au commissariat. De manière plus générale, nous faisons face à la judiciarisation de chaque faits et gestes de la vie des Roms, qui semblent devenir prétextes permanents à créer des délits qui ne s’appliquent qu’à leur encontre : trouble à l’ordre public passible d’expulsion pour avoir récupéré des vêtements dans une poubelle, amendes à répétition pour mendicité prélevées souvent sans même un procès verbal, amendes pour «traversée irrégulière de la chaussée»…

Des «solutions» au «problème Rom» ?

Face au soi-disant «problème Rom» annoncé dans le Bien public du 21 janvier, nous apprenons le 8 février dans ce même journal que M. François Rebsamen, Maire de la ville et M. Christian de Lavernée, préfet, se seraient rencontrés il y a quelques semaines afin «d’imaginer des solutions». Tout ce que nous voyons poindre pour l’instant en guise de «solutions», ce sont les mêmes dispositifs répressifs que l’an dernier au moment où les autorités locales voulaient évacuer les squats de la route de Langres : arrestations à la chaîne, menaces, filatures policières, articles de presse et déclarations discriminantes…

En avril dernier déjà, tout s’était mis en place pour semer la terreur, forcer des personnes qui sont pourtant officiellement citoyennes européennes à quitter Dijon, vider les squats petit à petit et tenter d’éviter le scandale d’une expulsion policière, massive et sûrement trop visible, de dizaines d’adultes et d’enfants, pour certains installés depuis plusieurs années sur la commune.

Aujourd’hui, nous ne voulons plus permettre que cette histoire se répète et nous ne pouvons rester silencieux face aux mensonges policiers étalés à répétition dans la presse.

Pour les collectifs et individus qui côtoient, sans angélisme, depuis longtemps, ces personnes au quotidien à Dijon, il est clair que la litanie des «arrivées et départs planifiés par une organisation qui les exploite et tire de grands profits de la mendicité ou des vols», ou encore d’une «société parallèle, gérée par des patrons, qui organisent les tours de manche, frappent ceux qui ne rapportent pas assez, apprennent aux plus jeunes le vol et la ruse, esclavagisent leur peuple à l’échelle d’un continent, et s’enrichissent de la misère des leurs» pour reprendre quelques-uns des termes de Gilles Dupont dans ses articles parus le 21 janvier et 8 février 2010, tiennent avant tout d’un pur condensé de fantasmes xénophobes. On pourrait s’étonner que de tels articles, écrits par quelqu’un qui n’est apparemment jamais sorti de son bureau et s’est contenté de rapporter la parole policière, puissent passer à la Une du journal local. Cette propagande n’a malheureusement rien de fortuit, elle reflète l’histoire d’une population «indésirable» et considérée comme anormale, qui a subi au cours du siècle dernier les pogroms, l’extermination nazie, et le rejet constant de divers pays européens. Si la misère des Roms a bien une origine, ce sont les dispositifs et pratiques institutionnelles qui perdurent en France comme dans la plupart des autres pays de l’UE, et ce malgré les incantations officielles de la Commission Européenne à ce que ces discriminations cessent.

Ces discriminations sont légitimées par les croyances populaires, la presse et les montages policiers, mais aussi, et il faut le souligner, par les paroles et les actes de divers élus locaux qui affichent un volontarisme certain quand il s’agit de faire du nettoyage par le vide, à l’instar de M. Rebsamen qui avait dénoncé entre autre dans le Bien Public du 31 mars 2009, «ceux qui vivent d’escroquerie permanente» pour justifier que le CCAS refuse de les domicilier. Cela lui avait valu des critiques véhémentes d’un grand nombre de collectifs de Dijon et d’ailleurs dont le collectif national «Roms Europe».

Preuves à charge contre les Roms dijonnais ?

En terme d’«escroqueries» diverses et variées, ce que M. Gilles Dupont, qui semble pourtant si bien informé des faits et gestes judiciaires, se garde bien de dire, c’est que les procédures menées contre des Roms dijonnais depuis un an ont très largement périclité. Le minimum de sérieux attendu d’un journaliste pourrait être qu’il vérifie un tant soit peu ses sources et s’intéresse à l’avancée de la procédure avant d’étaler des propos nauséabonds dans la presse.

Les soi-disant preuves à charge contre les Roms dijonnais, répétées inlassablement dans trois articles du Bien Public publiés sous la plume de ce même journaliste depuis le mois de janvier, seraient des faits d’escroquerie à la CAF et à la CPAM, de recel, d’aide au séjour irrégulier ou encore d’escroquerie sur des personnes âgées vulnérables. Pourtant quand on s’intéresse de plus près au dossier, auprès des personnes concernées et de leurs avocats, on s’aperçoit que ces accusations ne tenaient tellement pas debout que sur les dix personnes interpellées en avril dernier, la plupart ont obtenu un non-lieu avant même d’être jugées. La plupart des charges sont tombées et la justice a fini par reconnaître ce mois-ci avant tout procès, que dans la grande majorité des cas, aucun délit n’avait été commis. Cela n’a pas empêché divers des Roms accusés de subir des mois de prison et de contrôle judiciaire… pour rien. Il y a beaucoup à dire sur les tenants et aboutissants de ces montages policiers et politiques. Une conférence de presse est d’ailleurs prévue le 23 février à Dijon pour revenir en détail sur ces faits (voir ci-dessous).

Divers collectifs et associations dijonnaises essaient de développer une solidarité pratique avec les Roms, et de trouver avec eux, des solutions pour qu’ils/elles puissent continuer à vivre dans des conditions décentes à Dijon. C’est d’un soutien visible, concret, politique, sous diverses formes, à la «caserne» et dans Dijon, que ces personnes ont maintenant urgemment besoin, si l’on veut faire cesser ce harcèlement xénophobe. Les luttes gagnent parfois pas à pas : la semaine dernière à Bordeaux, plus de 150 Roms d’origine bulgare ont manifesté dans les rues de la ville. Ils ont fini par obtenir à force de pression que la municipalité leur remette l’électricité et des blocs sanitaires dans un des grands lieux qu’ils occupent, ainsi que des cartes de séjour et l’arrêt de poursuites judiciaires à l’encontre de cinq d’entre eux.

Caisse de Solidarité dijonnaise (contact), 10 février 2010.


Conférence de presse sur la répression des Roms dijonnais
Le 23 février à 18h, au Cinéma Eldorado, 21 rue Alfred de Musset à Dijon.
«Des mois de prison pour rien ! Les dessous de la chasse aux Roms à Dijon : Délation, répression, propagande xénophobe et “nettoyage” des villes…»
En avril 2009, une dizaine de ressortissants roumains sont arrêtés ou poursuivis à Dijon sous des accusations de recel, d’escroquerie à la CAF et à la CPAM ou encore d’aide au séjour irrégulier. Ces arrestations permettent à l’époque de semer la peur chez les autres Roms, de légitimer les discours discriminants sur des personnes qui vivraient «d’escroquerie permanente» et de justifier la répression institutionnelle mise en œuvre pour les faire partir de la ville et vider les squats. Aujourd’hui la procédure judiciaire est en pleine déroute et la plupart des Roms inculpés viennent d’obtenir un non-lieu sans même qu’un procès soit requis, après avoir pourtant passé parfois des mois en prison et sous contrôle judiciaire. À l’heure où une certaine presse locale se déchaîne pour dénoncer le «problème Rom», et où le harcèlement policier s’intensifie de nouveau contre la centaine de Roms qui occupent les anciennes casernes, il est nécessaire de revenir sur les tenants et aboutissants d’un montage policier, politique et médiatique exemplaire des dispositifs répressifs employés contre les populations «indésirables» à Dijon.
Cette conférence de presse publique sera plus généralement l’occasion de faire le point sur la situation et la répression des Roms à Dijon ainsi que sur les initiatives de solidarité possibles.
Conférence de presse à l’initiative de la Caisse de solidarité dijonnaise
Avec la présence de Maître Samuel Estève et Maître Dominique Clemang, avocats des ex-mis en examen, ainsi que celle du collectif «Soutien Roms» dijonnais.

Commenter cet article