Sans zikmu

Publié le par la Rédaction


Camarade bourgeois à «Midi Première» (TF1), le 10 avril 1975


«Renaud a donc triomphé au Puy ! Et ailleurs ?»
Guy Debord à Gérard Lebovici, 28 août 1977



Le chanteur Renaud au journal de 20 heures (Antenne2), le 16 avril 1978


«J’espère que Renaud vous aura mieux satisfait que Donald.»
Guy Debord à Gérard Lebovici, 27 mai 1979

«Renaud m’étonne. Il ne peut pas ignorer Champ Libre. Ce mensonge, donc, peut avoir une excuse : dans le cas où, ébloui mais effrayé, il aurait voulu gagner du temps pour réfléchir un peu. Vous jugerez donc tout sur son enthousiasme, ou non, la prochaine fois. S’il est monté du mauvais côté de la bourgeoisie, il vaudra mieux conclure tout de suite, et l’abandonner, plutôt que renforcer l’ennemi futur en lui donnant le certificat Champ Libre ; car il sera, lui, infiniment plus dangereux que Voyer : Corruptio optimi est pessima
Guy Debord à Gérard Lebovici, 11 juillet 1979

«Le livre de Renaud sera bon. Sans zikmu va bien. Peut-être serait-ce mieux avec le titre plus explicite Chansons sans zikmu ? Mais certainement pas Rolpa sans zikmu, qui frise le trop. Je vous renvoie le manuscrit avec un minimum de ponctuation, tout à fait absente dans beaucoup de textes.

«Je crois qu’avec Renaud et la Catalogne, l’histoire de Champ Libre peut entrer dans une nouvelle période, qui augmentera fort la crainte et la discorde chez l’ennemi. […]

«Aurons-nous finalement “La Complainte de Mesrine” ?»

Guy Debord à Gérard Lebovici, 12 novembre 1979

«Si à Renaud et Orwell vient se joindre Mesrine, il n’y a évidemment plus de doute qu’un véritable avocat s’impose, dans le plus bref délai, pour tous les ennuis qui vont suivre. […]»
Guy Debord à Gérard Lebovici, 23 novembre 1979


Renaud Séchan, né en 1952, est sans conteste le seul auteur de chansons qui, à partir de 1968, a entrepris d’exprimer la révolte de sa génération révoltée.
    Méprisant les modes abrutissantes du show business, il a su retrouver, par la qualité des paroles et par sa talentueuse personnalité d’interprète, la tradition de la chanson ouvrière française, de Sylvain Maréchal à Mac Nab, et de Jean-Baptiste Clément à Bruant.
    Il est actuellement le seul à avoir conquis l’audience de la jeunesse sauvage : depuis les enfants nihilistes des néo-collèges jusqu’aux jeunes prolétaires. Cette jeunesse qui, à juste titre, n’accorde plus sa confiance à personne, lui a fait confiance, à lui, pour ce qu’il annonçait («Société, tu m’auras pas»).
    Les succès de cette nature sont, le plus souvent, des signes précurseurs des guerres civiles («Nous n’étions pas du même camp, adieu minette»). Ce rare mérite a donc mené Renaud Séchan au point où il lui faudra, soit désespérer définitivement les valets du spectacle en étant, avec toujours plus de conséquence, la voix de ceux qui n’ont pas encore la parole ; soit décevoir l’admirable public qui s’est levé pour lui.
    Champ Libre devait donc
rassembler maintenant les textes que Renaud Séchan a écrits et chantés jusqu’ici.
Texte de 4/couverture du livre Sans zikmu, janvier 1980


«[…] Et moi, j’aimerais bien les connaître un jour, espérant ne pas les décevoir comme Renaud. À propos de Renaud, tous les gens que j’ai vus à Arles étaient complètement démystifiés : il est vrai qu’ils avaient tous lu la 4/couverture du livre.»
Guy Debord à Gérard Lebovici, 11 juin 1980


Faire-part adressé par Renaud Séchan à Gérard Lebovici

Champ Libre à Renaud Séchan
Le 11 septembre 1980
Monsieur,
    J’ai bien noté  la  naissance de votre fille, et vous en félicite sincèrement, malgré le goût douteux de votre faire-part publicitaire.
    Je ne m’étonne pas que vous n’ayez plus le goût et le style dont vous avez fait preuve naguère dans vos chansons. J’ai senti qu’il y avait chez vous quelque chose de faible et de factice dès l’instant où vous avez refusé de faire une  chanson en faveur de Mesrine, quand il était encore traqué ; et même sa mort n’a pas ému votre indifférence.
    Dès la parution de votre livre à Champ Libre, j’ai été complètement confirmé dans mon impression par la bassesse de l’interview que vous avez accordée aux Nouvelles Littéraires : et vous savez bien que, depuis lors, j’ai fait répondre constamment à vos nombreuses sollicitations que je ne pouvais vous recevoir.
    Vous avez depuis mérité le mépris de beaucoup de gens moins exigeants que moi en répondant si prudemment et si humblement quand les staliniens vous ont attaqué ;  au lieu de dire simplement qu’on ne peut qu’être fier d’être mal vu par des charognes staliniennes. Je suppose que c’était pour ne pas déplaire à votre ami Coluche, que vous aimez mieux que votre public, parce que vous le trouviez, lui, assez bon pour vous.
    Quand je vous avais proposé de réunir les textes de vos chansons dans un livre, vous m’aviez d’abord répondu, faisant le modeste comme vous le faites toujours avec tous les cons de journalistes, que vous n’étiez peut-être pas digne de figurer dans cette maison d'édition. La suite a montré que, sur ce point, vous aviez raison.
    Il faut donc m’oublier, faire part des naissances de vos prochains enfants aux personnes concernées et admettre l’évidence que les menteurs staliniens, heureusement, ne sont pas seuls à vous dire : «Nous n’étions pas du même camp.»
Gérard LEBOVICI

Renaud Séchan à Champ Libre
Le 7 octobre 1980
Grand con,
    Je m’attendais depuis quelque temps à recevoir une de ces lettres d’insultes dans lesquelles tu excelles et qui te permettent pour un instant de t’imaginer écrivain. J’y réponds avec retard, triste bureaucrate malheureux, mon boulot ne pouvant pas attendre, ta connerie si.
    Grand con, ta lettre m’a un peu déçu. Tu aurais pu trouver des arguments plus frappants pour justifier ton mépris. Que tu n’aies pas d'humour, je le savais, et le fait que tu n’apprécies pas mon faire-part ne m’étonne guère. D’autre part je n’ai pas trouvé trace dans mes archives d’une quelconque interview accordée aux Nouvelles Littéraires, mais simplement d’un article qui m’est consacré et dont la teneur et les propos, quelque peu débiles il est vrai, n’engagent que le journaleux qui a rédigé ce papier. Je peux, par contre, te faire parvenir quelques coupures de presse qui t’édifieraient quant à la connerie des propos qu’il m’est arrivé de tenir lors d’interviews. Je ne suis ni un théoricien, ni un philosophe, ni un beau parleur, et n’ai ni ta verve, ni ta faculté à envoyer chier nos contemporains, staliniens ou pas.
    J’ai par contre la chance d’écrire des chansons qui ont (je te cite) «conquit l’audience de la jeunesse sauvage», et cette jeunesse, elle, m’est fidèle. Même si je mène parfois ma carrière avec maladresse, faisant trop de concessions aux médias, «l’admirable public qui s’est levé pour moi» est de plus en plus nombreux et, s’il te connaissait, grand con, il aurait vite fait de considérer que c’est toi, triste bureaucrate mondain, qui es indigne de publier mes textes. Cette jeunesse sauvage que tu ne connais pas, ces jeunes prolétaires que tu ne fréquentes pas, ces enfants de Mesrine qui fredonnent mes chansons dans leurs prisons quand ce n’est pas moi qui vais les leur chanter, et même les «enfants nihilistes des néo-collèges», tous ceux-là te chient à la gueule.
    Enfin, sache, grand con, que je n’ai jamais écrit une chanson sur commande, que personne ne me dictera jamais ce qu’il serait bon ou mauvais pour moi d’écrire. Cette chanson sur Mesrine que tu me reproches de ne pas avoir écrit à l’époque, comme tu semblais l’exiger, despote, sache que je l’ai écrite depuis, lorsque j’en ai eu l’envie, la possibilité, l’inspiration. Elle sera sur mon prochain disque. Je te rappelle que le précédent était dédié à Paul Toul, dernier nom que porta Mesrine, à l’époque où ton courage se limitait à palabrer sur lui dans tes salons.

    Tiens-toi donc au courant, grand con, au lieu de te terrer dans ton bureau sinistre en donnant consignes à ta blondasse de me faire croire à ton absence. T’as pas d’couilles, Lebo, alors toi aussi oublie-moi vite, et ne t’avise pas de me renvoyer une de tes pauvres bafouilles de merde ou tu goûteras certainement dans ta sale tronche à quelques paires de Santiag’ * à bouts pointus qui, elles, n’auront rien de faibles ou de factices.
    Puisque tu es devenu visiblement la sous-merde que tu étais déjà essentiellement, mon public, ma gonzesse, mon enfant et moi-même te crachons à la gueule.
    Adieu grand con.
Renaud SÉCHAN

* En faisant savoir qu’il risquera son sang plutôt que de se laisser adresser d’autres vérités blessantes, M. Séchan semble insinuer que notre lettre du 11 septembre n’aurait peut-être pas tout dit sur son compte. Nous pensons que le lecteur impartial sentira au contraire qu’elle était complète et définitive. (Note de l’Éditeur.)

Publié dans Debordiana

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