Dérives sécuritaires généralisees et résistances globales ! à Louvain

Publié le par la Rédaction

Ce vendredi 22 juin 2007, des centaines de personnes se sont rendues dans la ville de Leuven afin de prendre part à la manifestation contre l’expulsion du centre social autogéré connu sous le nom de «la villa Sqwattus Dei».
    Cela fait presque 7 ans que ce bâtiment situé au 29, Schapenstraat est occupé et rebaptisé «Squattus Dei». Avant cela, le bâtiment était occupé par l’Opus Dei, une secte catholique fondamentaliste qui en était propriétaire, mais qui avait laissé le lieu se délabrer complètement. Une fois occupé donc, Le Squattus Dei s’est transformé en un lieu de créativité, de vie politique et culturelle, lieu de concerts aussi, d’expositions, de repas populaires, d’informations, de développements philosophiques, mais aussi d’actions (parfois directes) et de débats.
    Une source trépidante donc, où :
— Les créatifs de toute sorte pouvaient explorer librement des voies originales.
— Les activités étaient organisées selon un angle anticapitaliste, c’est-à-dire où l’on demandait un prix libre, pour que personne ne soit exclu.
— Les gens n’étaient pas consommateurs, mais prenaient leurs vies en main.
— La société et ses fondements de discrimination et de pouvoir pouvaient encore être remis en question.
— L’on cherchait un mode de vie nouveau et séculaire à la fois, respectant profondément l’humain, l’animal et l’environnement.
    Parmi les manifestants se trouvaient certains Liégeois : Éric de Ruest, Nicolas Deprez, Christophe Ferrarri, Ann Van den Brande et Marie Wathelet. Voici leur compte-rendu d’une soirée particulièrement peu glorieuse pour la démocratie et l’état de droit garantis pourtant par la constitution de notre pays.


«Un peu avant 21h, nous sommes arrivés sur la grand place de Leuven, lieu de rassemblement pour cette manifestation. Notre première source d’inquiétude a été l’endroit bouclé par la police à l’aide de barbelés, de chevaux de frises et d’autres symboles de la toute-puissance des forces de l’ordre. Avec en point d’orgue et trônant majestueusement au centre du dispositif répressif l’autopompe ; cette arme dangereuse dont l’usage a ôté définitivement l’usage d’un œil à un jeune homme venu manifester pacifiquement contre le G8 en Allemagne.

    Sur place, il y avait certes quelques petits groupes de personnes qui tournaient à la recherche d’un point de rassemblement bis, et qui comme nous n’ont pas réussi à trouver la manifestation.
    Vers 22h45, lassés de nos recherches infructueuses, mais aussi informés que la manifestation était bien finie et avait débouché sur de nombreuses arrestations arbitraires, nous avons décidé de rejoindre la gare pour ensuite rentrer vers la cité ardente. Décision postposée collectivement face à l’envie bien naturelle de voir le fameux Sqwattus Dei, histoire de vérifier ensemble que la manifestation n’était simplement pas venue se terminer sur le lieu du «crime».
    En chemin, nous avons été amenés à rencontrer une demi-douzaine de jeunes louvainois enfermés par la grille haute de 2 mètres d’un parc public. Plus exactement, nous avons simplement expliqué à ces jeunes étourdis que face à une grille fermée, il suffit de passer par-dessus pour en être quitte. Quel ne fût pas notre étonnement face à cette jeunesse incapable d’oser une démarche évidente pour mettre fin à leurs tourments. Incapable de décider d’une action simple. Cette jeunesse qui ne pensait qu’à réclamer le gardien du parc pour les sortirs du mauvais pas dans lequel ils s’étaient laissé prendre.
    Un peu plus loin, arrivés à la hauteur du bâtiment, nous nous sommes aperçus que nous étions suivis par une personne qui portait une oreillette. Nous avons supposé qu’il s’agissait d’un policier en civil.
    Après une vingtaine de minutes, excédés d’être suivis, nous nous sommes mis à courir, espérant que notre «ange gardien» se fatiguerait de nous épier. Voyant qu’il s’est mis à nous poursuivre, nous nous sommes arrêtés de courir pour continuer à marcher vers la gare. Malheureusement, arrivé à notre hauteur, il s’est jeté agressivement sur Éric de Ruest.
    Ignorant toujours l’identité de cette personne et constatant qu’elle portait une arme à la ceinture (attitude insensée dont nous aurions pu largement profiter si nous avions été de dangereux criminels), nous avons essayé de tirer notre camarade de son étreinte, vu que les rues sont si peu sûres de nos jours, à en lire les journaux. Une autre personne est arrivée peu après en scooter, et comme son comparse, sans décliner son identité elle a elle aussi empoigné notre camarade, lui occasionnant des hématomes aux bras, tant la violence faisait partie de leur processus (hématomes constatés par un médecin peu après). Notre camarade, ayant quand à lui, opté pour une attitude non-violente, a du calmer en parole l’agent de police tentant de lui ôter ses menottes pour les remplacer par des «colsons». Les convulsions de l’agent l’empêchant de glisser les clés dans l’orifice pourtant stable des menottes entravant les gestes du prisonnier.
    Deux minutes plus tard, une trentaine de policiers anti-émeutes nous arrêtent tous (y compris un jeune badaud simplement venu se renseigner auprès de nous sur les raisons qui poussent ces 2 hommes inconnus à maintenir ainsi notre ami, sans nous donner la raison de notre arrestation).
    Nous sommes donc tous fouillés sans ménagement.
    Voici la description de son arrestation par Christophe Ferrari : «Je suis plaqué au sol, pour m’immobiliser, les policiers sont debout sur les articulations de mes chevilles et de mes genoux et me tordent les bras dans le dos. L’un d’entre eux m’attache les poignets au moyen d’une lanière de plastique. On me lève et deux agents m’emmènent, un homme et une femme. Sur le chemin je me retourne vers la femme. À la deuxième tentative pour lui accrocher le regard, son collègue m’entoure la tête et me la serre contre son flanc en me tordant le cou. J’ai mal. Dans le fourgon, j’ôte la lanière qui m’attachait les poignets (ils l’avaient mal serrée). J’agite les mains devant l’agent qui se tient derrière la vitre pour lui faire savoir (je lui fais un grand sourire). Il entre alors avec un collègue dans le fourgon (un autre collègue aura suivi d’après les témoignages de mes camarades, mais celui-là je ne l’ai pas vu). Je reçois un coup dans le ventre qui me fais fléchir, puis encore un coup au flanc. Ils me passent des menottes en métal.»
    Éric a des douleurs au bras suite aux pressions des deux individus qui l’ont saisi, avant l’arrivée de la police armée des pieds à la tête.
    Arrivés au poste de police de Philipssite, nous subissons tour à tour une fouille au cours de laquelle certains se voient confisquer leurs lunettes, les cordons de leurs vêtements, etc. Comme si l’envie de mort pouvait saisir subitement les combattants de la liberté que nous sommes…

    Nous sommes ensuite transférés dans une cellule collective au commissariat central. La cellule contient un banc sur la longueur des murs. Elle fait environ 15 mètres sur 6 et 80 personnes y sont entassées. La majeure partie des incarcérés n’ayant que le sol froid en pavé pour se poser.
    Nous y retrouvons avec une certaine amertume le jeune badaud, coupable simplement de s’être mobilisé et impliqué face à l’arbitraire d’une arrestation totalement injuste et démesurée.
    Nous rencontrons plusieurs autres personnes qui ont été arrêtées de manière aussi arbitraire, dont une anversoise et deux autres liégeois interpellées alors qu’ils descendaient à peine du train … avant même de sortir de la gare.

    Dans notre prison, nous avons appris que beaucoup de nos compagnons d’infortune ont été arrêtés alors qu’ils étaient simplement dans les rues de Leuven pour rejoindre une fête, aller manger un spaghetti chez leurs parents, etc.
    Le délit de faciès n’est hélas plus l’apanage de dictatures tant décriées par nos bons politiciens.
    Parmi les nouvelles gammes de tortures psychologiques dont abusent les forces de l’ordre ; la température du lieu de détention. Oscillant entre 25 et 30°C, on use de ce subterfuge pour incommoder les protagonistes et autres dangereux manifestants démocrates et libertaires de nos jours. Faisant fit des problèmes environnementaux auxquels nous devons tous faire face, les services de sécurité usent et abusent de leurs véhicules (moteurs allumés à l’arrêt, afin que nous n’ayons vraiment pas froid), de nombreux hélicoptères consommant des tonnes d’hydrocarbures pour nous épier, on balance sur les manifestants des tonnes de produits chimiques néfastes, puis on gaspille des ressources d’énergies précieuses mais aussi dangereusement polluantes pour les affaiblir mentalement. Dans leur cachot, les prisonniers ont ce soir là, été obligés de dormir à même le sol. Nous avons demandé à avoir des couvertures ou des matelas à glisser entre nous et le béton. Nous n’avons eu droit à rien.
    Malgré la température poussée à son maximum, il ne nous a été proposé de boire de l’eau (dans des gobelets en plastique à l’effigie d’une multinationale accusée d’assassiner des opposants syndicaux et de détruire les nappes phréatiques de pays en développement) que vers 00h15. Certains jeunes étant alors en captivité depuis plus de 5 heures. Sans rien boire. Température de +/- 30°C.
    Lorsqu’elle sort de la cellule, Ann est accueillie par un agent particulièrement agressif à l’égard des personnes détenues. Il la chahute pour qu’elle se dépêche en prétextant n’avoir pas que ça à faire, qu’il préfèrerait être ailleurs. Il criminalise les manifestants qui sont encore en rue, il nous reproche les voitures incendiées durant la semaine, et que les frais liés seront payés par le contribuable. [Quant à l’inutile note de chauffage… et sa facture environnementale…] Les policiers nous incitent à dénoncer les personnes disposées à participer à des actions violentes. Ou plutôt, ils continuent à chercher des leaders, n’ayant toujours pas assimilé qu’il n’y a pas de chefs, mais simplement des résistances spontanées à la destruction générale de l’environnement et au déficit social dont souffrent nos sociétés dites civilisées. Ils cherchent à diviser les citoyens engagés/enragés en les différenciant sur base de leurs actions politiques, alors que c’est un même dégoût de l’arbitraire et de l’injuste qui les unit.
    C’est remarquable comme les chiens de garde du système peuvent parfois être solidaires à leur tour : lorsqu’un des leurs agit de manière violente, les autres plutôt que de le raisonner participent à son jeu. Dans la situation décrite ici, les agents contribuaient les uns après les autres à favoriser l’escalade de la violence. Toutes les remarques permettant de désamorcer la confrontation venaient de personnes arrêtées, jamais des forces de l’ordre…
    Le summum de l’arbitraire fût atteint lorsque certaines personnes venues jusqu’au commissariat s’enquérir de leurs camarades, se virent arrêtées et molestées pour finir par être incarcérées et être les dernières relâchées aux petites heures du lendemain !
    L’un des plus agressifs parmi les policiers interdit abusivement à un manifestant qui venait d’être libéré d’allumer une cigarette. Nous sommes dans la cour de la prison, mais «Hier word er niet gerookt, ik ben hier verantwoordelijk !» Quand le gars qu’il interpelle lui demande son grade, il répond de manière tout aussi agressive que son grade est indiqué sur son uniforme. Quelques minutes plus tard un de ses collègues s’allume une cigarette dans cette même cour…
    Il y eut ensuite cette phrase significative de l’état d’esprit de ces gardiens de la paix envers un ami français : «Tu ferais moins le malin chez toi, maintenant que vous avez Sarkozy ; ici, on a toujours eu dix ans de retard sur la France, mais bientôt, on va pouvoir vous cogner dessus comme le font les CRS chez toi…»
    Sans commentaire, si ce n’est qu’un système quand il déraille à ce point, doit être complètement révisé !
Les dérives sont à moins d’une encablure !

Témoignage publié sur A-infos




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