Appel à soutien - Queeruption Karcelona (2005)

Publié le par la Rédaction

Est-ce que vous ne vous êtes jamais demandé ce qui était arrivé aux personnes arrêtées lors de la Queeruption à Barcelone ?
   
9 personnes arrêtées, agressées par la police, en attente d’un procès qui pourrait déboucher sur des peines de prison ferme et des amendes jusqu’à 80.000 euros…

La «Queeruption 8 Karcelona», une rencontre queer radicale internationale et autogérée, a eu lieu la première semaine de juin 2005 à Barcelone. Pendant cet évènement de nombreuses activités ont été proposées à l’intérieur comme à l’extérieur de l’espace squatté à cet effet. Une des différentes initiatives qui ont vues le jour était une manifestation ludique, festive et révendicative dans le quartier gay commercial de Barcelone, le Gayxample. L’objectif était d’adresser une critique publique aux bars, clubs et autres commerces qui visent un public homosexuel. Parmis nous, les participant.e.s de la Queeruption, certain.e.s jugent en effet que ces structures jouent un rôle important dans la création du stéréotype de ce qui est «gay» — la ghettoisation et la marchandisation de nos sexualités — ainsi que dans l’existence du capitalisme rose. L’objectif était également d’inviter les personnes à la réflexion, d’occuper l’espace public, de faire la fête et surtout de visibiliser l’existence d’espaces alternatifs hors des circuits commerciaux où des personnes peuvent se rencontrer et échapper à l’hétéronormativité et à l’homo-lesbo-transphobie.
   
Sur le parcours de cette manifestation colorée des tracts explicatifs ont été distribués, de nombreux slogans scandés bruyamment tandis que les murs étaient décorés avec différentes réflexions. Il y avait cependant aussi des moments de communication maladroite, provoquant des malentendus entre des clients des établissements commerciaux et des manifestant.e.s. Comme part de notre lutte contre l’homophobie, nous aurions aimé pouvoir éviter les ressentiments qui ont pu être créés par ces situations.
   
Il y avait aussi des moments de confusion et de tension entre quelques manifestant.e.s et les propriétaires et employés de l’Hôtel Axel, un hotel de luxe gay, qui se sont terminés par des dommages dans l’entrée. Quelques pots de fleurs ont également été cassés sur la route.
   
Une fois la manifestation dissoute, une partie des manifestant.e.s restait Plaza Universidad. Un groupe d’hommes est arrivé qui, sans s’identifier comme agents de la Policia Nacional, ont commencé à agresser et à arrêter brutalement les personnes présentes. À aucun moment ils n’ont fait savoir qu’ils étaient des policiers. Des passant.e.s, voyant les personnes se faire agresser et tirer au sol, se sont approché.e.s pour leur venir au secours, illes ont été également chargé.e.s. Au total il y a eu 9 arrestations strictement arbitraires, dont une personne qui n’avait participé ni à la manifestation ni à la Queeruption (bien qu’un membre de la Policia Nacional affirme l’avoir vue donner des coups dans des poubelles et faire des graffs sur le parcours de la manifestation).
    À
l'arrivée des détenu.e.s au commissariat les policiers ont commencé à les humilier, amenant certain.e.s dans une pièce, où ils les ont déshabillé.e.s et insulté.e.s avec diverses phrases homophobes, comme : «Pédé, je vais te foutre ma bite dans le cul !», «Tu es un mec lamentable, tu ne vaux rien, pédale !», «Eres más basta que una lija» (littéralement : «T’es plus rêche que du papier de verre», insultant une femme de ne pas être assez féminine). Pendant ce temps les autres devaient attendre dans la pièce à côté, menotté.e.s au banc, d’où illes pouvaient entendre les cris de la personne qui était dans la pièce avec les policiers.
   
Il y a eu également des agressions physiques contre tou.te.s les détenu.e.s, p. ex. : «… Il a donné un coup avec tant de force dans la tête d’un détenu, qu’il a rébondi contre la tête de la personne à côté. Ensuite il a donné un coup de botte dans la poitrine du même détenu, provocant ainsi un choc nerveux, des tremblements et une insuffisance respiratoire. Nous avons demandé qu’un médecin soit appelé mais les policiers ont seulement rigolé sans même donner un verre d’eau…» Amnesty International a ouvert un dossier sur ce dernier cas. C’est la première fois que l’organisation enquête sur la violence homophobe de la Policia Nacional.
   
Parmis les détenu.e.s se trouvaient quelques personnes ne parlant ni catalan ni castillan. Les policiers ont refusé d’appeller des traducteurs pour leur faciliter la compréhension de ce qui se passait.
   
Deux jours plus tard, après une audition devant le juge, les personnes ont été laissées en liberté conditionnelle en attente d’un procès pour troubles à l’ordre public, dommages criminels ainsi que résistance à l’autorité. Le procureur demande une peine de prison ferme de deux ans et demi et une amende de 11.400 euros pour un des accusé.e.s, qui est aussi accusé d’avoir blessé un policier (ce qu’il n’a pas fait). Les autres risquent un an et demi de prison et des amendes entre 5.700 et 11.000 euros. Les accusations se basent uniquement sur les déclarations des policiers. Il n’existe aucune preuve pour les faits reprochés, à commencer par les arrestations qui étaient complètement arbitraires, comme le montre la garde-à-vue d’une personne qui passait simplement sur les lieux.
   
Cinq des neufs détenu.e.s ont porté plainte contre la Policia Nacional pour torture et mauvais traitement au commissariat. À deux reprises les plaintes ont été classées sans suite par le juge concerné. Elles ont alors été envoyées à l’Audiencia Provincial (niveau supérieur de juridiction), qui a ordonné une enquête. Mais comme les policiers impliqués ne se sont pas présentés à l’audition, l’affaire a été classée sans suite à nouveau.
    À l’heure où la police reste dans l’impunité totale pour les délits de torture et de mauvais traitement, nous attendons le procès contre les neuf personnes qui débouchera dans le pire des cas sur des peines de prison ferme et un total de 80.000 euros à payer, toutes les amendes confendues.
   
Bien sûr, c’est le pire des cas et peut-être cela n’arrivera pas. Le procès n’a pas encore eu lieu et en attendant nous ne pouvons pas savoir si des personnes vont être jugées coupables et si oui, à quelle peine illes seront condamné.e.s. Cependant, vu le sérieux des chefs d’inculpation, nous voulons être préparé.e.s si tout se passe mal. Nous avons besoin de toute forme de soutien financier et politique. Nous avons déjà commencé à alimenter un compte de soutien.
   
Toutes donations sont plus que bienvenues et peuvent être envoyées au compte si dessous. Si finalement tout se passe pour le mieux et que nous n’avons pas besoin de l’argent que vous nous avez envoyé, vous pouvez nous dire où vous voulez qu’on l’envoie — nous pouvons vous le rendre aussi — ou nous allons le donner à d’autres initiatives queer et antirepression.
   
Merci d’avance pour votre aide et tout le soutien que nous avons déjà reçu.


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