Salut Mark !

Publié le par la Rédaction

«Oui, c’est terrible le départ de Mark, surtout que ça s’est passé tellement vite. Nous l’avons vu à l’hôpital 30 mn avant qu’il ne fasse un arrêt cardiaque et ne tombe dans le coma. De méchantes bactéries se sont attaquées à son cœur et les toubibs n’ont pas trouvés les bons antibiotiques pour lutter contre ces intruses.
    C’est une perte terrible pour le milieu libertaire. Une cérémonie a eu lieu à la Coupole à Bienne — Centre autogéré que Mark avait fondé. Une autorisation a été accordée pour faire un cortège de la Coupole au cimetière qui se trouve à 30 mn à pied. Nous avons accompagné Mark pour sa dernière manifestation.
C’était très émouvant, le drapeau avec “Ni dieu, ni maître” ouvrait le cortège et les drapeaux rouges et noirs flottaient tout au long de la marche.»
D’une camarade, 15 mai 2007


C’est avec une infinie tristesse que nous apprenons le décès subit de Mark Haldimann. La disparition de «Mark de Bienne», avec son air d’intellectuel anarchiste fin de XIXe siècle avec sa barbe grise et ses lunettes rondes, laissera un grand vide, tant comme ami et camarade de lutte qu’en terme politique puisqu’il était fin analyste et souvent de bon conseil.

    Devenu un personnage incontournable de la scène alternative biennoise, il était aussi de toutes les mobilisations nationales et se déplaçait sans compter pour soutenir des luttes locales, par exemple récemment lors de la grève de Reconvillier.
   
À Lôzane, sa présentation du Centre Autonome de Jeunesse de Bienne (CAJ) en 1993 a contribué à la création du premier espace autogéré dans la capitale vaudoise, puisque quelques semaines après, Primerose 11 était occupé. Nos parcours se sont ensuite croisés à de nombreuses reprises, dans les promenades antifascistes à Berne, les luttes antiglobalisation contre le WEF et le G8, les manifs nationales de soutien aux sans-papiers ou encore lors de la réalisation du film Autrement, qui présente différents projets autogérés en Suisse. Certain-e-s d’entre nous ont pu apprécier ses conseils pour sortir avec le moindre mal des nuages de lacrymo, notamment un certain janvier à Landquart, où une partie de sa barbe était partie en fumée.
   
Originaire de Neuchâtel, il publie Le Révolté entre 1972 et 1976, période de laquelle datent ses premiers contacts avec le CIRA. Parti jeune de chez ses parents, Mark s’était juré de ne jamais bosser pour un patron. Arrivé à Bienne, il apprend le suisse-allemand, s’investit corps et âme dans le CAJ, monte une imprimerie autonome où il travaillera toute sa vie et qui est malheureusement depuis quelques années en grande difficulté. Pendant de nombreuses années, il est actif dans les luttes antinucléaires et antimilitaristes, convictions qu’il payera de la prison. Au début des années 1990, il organise l’envoi de matériel d’imprimerie à des camarades en Amérique latine.
   
Il a en outre été le moteur de luttes mémorables contre la spéculation immobilière (Bielerhof), ainsi que de plusieurs coopératives d’habitation, dont la dernière en date, qu’il portait à bout de bras avec sa compagne Marianne, abrite également l’Infoladen Chat Noir ; il a soutenu nos ami-e-s du wagenburg du Schrottbar chaque fois qu’ils/elles étaient menacé-e-s d’expulsion, réalisé un film pour dénoncer les politiques sécuritaires contre les toxicomanes et marginaux biennois. Parfaitement bilingue, il a passé des nuits à traduire des tracts, des articles et des textes d’appel, à mettre en page Noir & Rouge, le journal du CAJ, et d’autres encore.
   
Suite au scandale des fiches, après avoir découvert que la police politique avait été jusqu’à fouiller ses poubelles, il aimait dire qu’il regrettait que sa morale écologiste l’ait empêché d’utiliser des couches jetables pour sa fille.
   
Communiste libertaire convaincu, il ne croyait pas dans la spontanéité des masses mais dans l’organisation durable des luttes. Dans les années 1990, il fut parmi les instigateurs des «forums anarchistes» où se rencontrèrent jusqu’à plusieurs centaines d’anarchistes de différentes tendances ; il fit tout son possible pour fédérer des groupes au niveau national, principalement au sein de l’Organisation socialiste libertaire (OSL), avec un succès relatif qui le désespérait. Véritable pivot militant entre la Suisse allemande et la Suisse romande, il fit aussi souvent le déplacement au camping estival de l’Organisation communiste libertaire (OCL) en Ariège pour débattre avec les camarades français-e-s et apporter d’autres perspectives dans des débats parfois très franco-français.
   
Mark n’était pas sectaire. Fin analyste et stratège, il savait développer et défendre des alliances quand cela était nécessaire, prendre en charge la délicate gestion des contacts avec la presse bourgeoise. Il maîtrisait parfaitement les enjeux politiques et théoriques et ne s’enfermait pas dans de grandes envolées lyriques, gardant toujours les pieds sur terre, dans les luttes quotidiennes. D’un tempérament très doux, il faisait preuve envers les camarades d’une grande capacité d’écoute qui mettait à l’aise. Propagandiste et pédagogue infatigable, il avait une patience à toute épreuve pour expliquer et ré-expliquer les fondements de la philosophie libertaire et anti-autoritaire. Malgré son calme légendaire, il ne craignait pas de s’affronter aux adversaires politiques dans des débats publics, ce qui l’a fait respecter sur la scène biennoise bien au-delà des cercles de la gauche extra-parlementaire.
    Sa grande expérience militante, ses connaissances juridiques et économiques se sont souvent avérées utiles. On venait de loin pour lui demander conseil, que ce soit pour monter une nouvelle publication, occuper une maison, créer une coopérative, organiser des mobilisations ou débattre des perspectives des luttes en cours autour d’une bouteille de rosé.
   
Un grand travail de mémoire reste à faire pour rassembler et conserver les textes et documents qui constituent les traces de son engagement, qui fut celui de toute sa vie.
    Le meilleur hommage qu’on puisse faire à Mark, ainsi qu’à Marianne sa compagne de vie et de luttes de longue date, est de ne jamais baisser les bras et de continuer la lutte.

Publié dans Camarades

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