Les Tanneries sur les manifestations anti-Sarkozy

Publié le par la Rédaction

Droit de réponse à la Gazette de Côte-d’Or

Dans un article intitulé «Anars de vivre», la Gazette de Côte-d’Or offre une tribune confortable et sans polémique à quelques pontes locaux de l’UMP. Ceux-ci crachent confortablement insultes et haine sur les participant·e·s à la manifestation anti-Sarkozy du 6 mai au soir. François-Xavier Dugourd, conseiller municipal, y affirme de surcroît «que la plupart des fauteurs de troubles viennent des Tanneries, cet endroit qui ne cesse de poser des problèmes». Alexis Billebault, rédacteur en chef de la Gazette, reprend par la suite à son compte cette affirmation sans la moindre distanciation, en parlant des «artistes» qui se seraient «défoulés» sur du mobilier urbain. Foin de déontologie, il ne s’est évidemment pas donné la peine de venir nous demander notre point de vue sur la question.
    De notre côté, nous tenons donc à remercier M. Dugourd de la grande popularité qu’il ne cesse de nous prêter… dans l’espoir de nous criminaliser. Cependant, et malgré la solidarité que nous ressentons vis à vis de ceux que le programme sécuritaire et ultra-libéral de M. Sarkozy menace et révolte, nous tenons à préciser que quelques centaines de Dijonnais·e·s n’ont, ce soir-là, pas attendu les Tanneries pour descendre dans la rue et exprimer leur colère.


Réponse à l’UMP : casseurs de vies

Au lendemain des élections, François-Xavier Dugourd, conseiller municipal UMP, ne perd pas de temps pour donner la couleur des coups-bas que son parti nous prépare, à base d’agitation sécuritaire, de manipulation politique et de calomnie facile.

    Au sujet de la manifestation spontanée ayant rassemblé plusieurs centaines de personnes criant leur indignation dans les rues dijonnaises dimanche dernier, M. Dugourd affirme dans la Gazette de Côte-d’Or, que «la plupart des fauteurs de troubles viennent des Tanneries, cet endroit qui ne cesse de poser des problèmes».
    Nous n’oserons mettre en doute l’expérience de terrain de M. Dugourd en matière de manifestations gauchistes, ni sa capacité à mettre à nu en un coup d’œil une foule masquée, de nuit, à plusieurs dizaines de mètres de distance. Non, nous nous contenterons de rappeler l’évidence : depuis toujours, réactionnaires et policiers n’ont de cesse de criminaliser ceux & celles qui contestent leur autorité ; et voudraient localement détruire notre espace autogéré.
    Alors que la police, et en écho la plupart des médias, tronquent les chiffres pour minimiser l’étendue de la révolte qui a embrasé le pays, des banlieues au centre-ville, à l’annonce du résultat des élections [Selon une dépêche émise par REUTERS le 7 mai, les chiffres communiqués par la DGPN sont largement inférieurs aux bilans régionaux. Info reprise par Le Monde
], les autorités semblent en passe de se livrer à une nouvelle chasse aux sorcières : en plus des jeunes de banlieue, c’est au tour de la gauche radicale, des milieux anarchistes et autonomes d’être visés.
    La réaction du pouvoir en place est à l’image de son désarroi : c’est bien parce que tous types de gens se sont rencontrés autour d’une même colère ce dimanche soir — étudiant·e·s, jeunes de banlieue, militant·e·s encarté·e·s ou non, travailleurs comme précaires ; c’est bien parce que cette révolte est plurielle malgré la répression féroce, qu’elle n’a ni drapeau ni porte-parole, que les autorités sont désorientées.

    Dès lors, le scénario est bien rôdé : pour étouffer la réalité d’une colère qui traverse toute la société, on invente des responsables, que l’on stigmatise dans le même temps comme extrémistes, dans l’espoir de décourager la population de s’y associer ; diviser, pour mieux régner.

Depuis 1998, l’Espace autogéré des Tanneries développe des cultures de rupture avec les logiques de marché et le culte de l’autorité. C’est au quotidien que s’y expérimente l’anarchie ; non pas celle de la loi du plus fort, que nous laissons à l’UMP et à ses semblables, mais celle d’une recherche d’égalité dans les rapports, de solidarité dans les pratiques, d’autonomie dans les activités.
    On comprendra dès lors facilement que l’UMP n’ait eu de cesse de nous attaquer, puis de demander notre expulsion. Qui plus est, le large succès rencontré par nos initiatives depuis 10 ans n’a pas été de nature à calmer les ardeurs répressives de ceux qui rêvent de «nettoyer» le pays de ses contestataires.
    C’est bien parce que des centaines de personnes nous apportent chaque semaine leur soutien, en assistant aux concerts, en participant à nos ateliers, en construisant des projets dans nos locaux, en se mobilisant à nos côtés… que ces messieurs vomissent insultes et accusations fantasmées.

En croyant nous décrédibiliser, ils courent cependant le risque de se dévoiler. Les émeutier·e·s d’hier et de demain n’ont clairement pas besoin de nous pour agir, et personne n’est dupe du fait que ce qui a poussé des milliers de personnes à laisser exploser leur indignation partout en France tient aux politiques mortifères d’un Sarkozy. À qui la responsabilité d’une révolte ? Quelle est la légitimité d’un président qui a construit son élection sur l’écrasement des populations précaires, l’exploitation populiste de la peur et la complicité sans faille des patrons des plus gros groupes médiatiques français relayant ses mensonges et assurant sa propagande ?

    Pour autant, nous ne pleurerons pas les trois vitrines brisées à Dijon, dont certains voudraient qu’elles causent tant d’émoi. N’est-il pas indécent de se lamenter sur le bout de verre qu’un institut bancaire devra changer, quand c’est quotidiennement que le gouvernement (et les banques qui le soutiennent) cassent la vie de milliers de gens, que des sans-papiers sont déportés par la police, que des manifestant·e·s sont réprimés brutalement ?
    Alors que tout annonce une violence sociale décuplée à l’encontre des pauvres, exclu·e·s et autres traqué·e·s, nous choisissons la résistance et la solidarité. Nous maintiendrons nos pratiques et nos idées, et refuserons de jouer le jeu de la division, qui consiste à se distancier des révolté·e·s et à criminaliser les «mauvais» contestataires, puis la contestation dans son ensemble.
    Cette basse attaque de l’UMP est donc une occasion ; celle, pour nous, de dire notre solidarité avec les «connards» (dixit Louis de Broissia), qui, dimanche soir, ont gâché la fête de ce dernier.

Publié dans La police travaille

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