Soirée électorale

Publié le par la Rédaction

Onze heures trente-trois, Besançon :

L
e combat pour les sans-papiers a déjà repris ce soir dans les rues de Besançon où le RESF a d’abord déployé sa banderole devant le bureau centralisateur des résultats, puis défilé pendant deux heures aux cris de «C’est pas d’vant sa télé qu’il faut pleurer, mais dans la rue qu’il faut gueuler» ou «Première, deuxième, troisième génération, on s’en fout, on est chez nous»… Des centaines de personnes ont tenu le pavé, en majorité de très jeunes gens très remontés, qui criaient très haut leur rejet du sarko-facho. Accueil favorable aux balcons et terrasses, et grossissement progressif du cortège…

Les flics étaient claquemurés dans leur commissariat et l’UMP avait déserté sa permanence, donc pas d’incidents…

On n’a pas vu les partisans de la gauche présidentielle non plus…




Minuit vingt-et-une, Lyon :

À 21 heures, on cherchait encore le lieu d’un hypothétique rassemblement, annoncé nulle part et qui avait circulé par le bouche à oreille. Place des Terreaux vingt personnes, on part vers la place Bellecour sans trop d’espoir. Nous rejoignons en chemin mille ou deux mille personnes qui font le chemin inverse, via la rue de la Ré. La classe.

La manif’ est complètement spontanée, à part un ou deux drapeaux rouges, un drapeau noir, elle est sans étiquette. Juste un mégaphone, perdu au milieu de la foule, mais qui sert bien quand même pour repartir, après un moment d’hésitation, de la place des Terreaux envahie. On veut pas rester sur place, ne pas stagner, la présence des flics se rapproche. On file sur les quais de Saône. On croyait la rue barrée, en fait 5 ou 6 flics se hâtent de nous laisser passer. On passe à St-Jean. La manif’ est devenue énorme. On remonte les quais de Saône à contre-sens jusqu’au palais de Justice. Un couple de vieux sarkozystes se met à nous gueuler dessus, les pouces vers le bas (à mort ?) bien au chaud depuis leur chouette appart’ des quais. Une bouteille éclate leur fenêtre. L’ambiance se tend quand on arrive au palais de Justice, à la vue de quelques CRS.


Après quelques jets de bouteille, la manif’ se scinde en deux. CertainEs se sont réfugiéEs sur la passerelle et passent de l’autre côté de la Saône, les autres arrivent finalement à continuer. On se rejoint à l’entrée de Bellecour, ça va vite, c’est speed. Les bonnes habitudes du CPE ne se sont pas parties, les foulards et les cagoules sont de sortie. Place Bellecour, on s’ennuie vite, on se demande où aller, alors qu’on est de plus en plus nombreux.

Un gros détachement de flics nous barre le passage vers la Guille, rue de la Barre, chemin obligé vers la péniche sarkozyste, le Q-Boat, déjà assiégé plus tôt dans la soirée par 500 personnes. On décide d’aller aux Terreaux, mais au moment où on passe près d’eux, à l’angle de Bellecour, ça part en live. Premières lacrymos, premier mc do attaqué, premières charges de flics, on court un peu, la manif se scinde en deux : entre celles et ceux qui ont couru rue de la Ré et les autres restéEs place Bellecour.

On stagne dans les rues alentours, les grosses rues bourgeoises du coin. On entend au loin les déflagrations place Bellecour, où le gros de la manif’ est resté. Là-bas, pendant près de deux heures, jusqu’à 23h30, la manif’ fait face aux flics. Les poubelles sont retournées pour trouver des projectiles, les charges de flics sont contenues par des contre-charges de manifestantEs. Les techniques se précisent pour éviter la dispersion des lacrymos.

Vers 23h30, un nouveau détachement de CRS arrive, et charge violemment, avec flash balls, lacrymos et grenades assourdissantes.

Une partie du rassemblement part vers St-Jean, l’autre se disperse vers Ampère. Peut-être une dizaine d’arrestations place Bellecour, de nombreuses personnes blessées légèrement par des tirs de flash balls (une plus grièvement au visage ?). La manif’ partie vers St-Jean est chargée vers St-Georges. Pas de nouvelles après.

En revenant vers les Terreaux, on a pu voir que la rue Édouard Herriot et ses magasins de luxe avait essuyé la colère des manifestantEs. Poubelles retournées, qui crament, vitrines fracassées (ah, le nouveau mc do Herriot avec sa nouvelle décoration «OGM»), tags sur les magasins, abribus Decaux défoncés. Des incendies se sont déclarés à plusieurs endroits, notamment place des Terreaux. Apparemment il y aurait eu de nombreuses arrestations à proximité de la Place Sathonay. On parle d’au moins 25 arrestations cette nuit-là à Lyon.


Deux heures trente-cinq, Dijon :

Dijon, fin de soirée. La rumeur court d’un rassemblement à 21h place de la Libération, en face de la Mairie. Sur place, entre 200 et 300 personnes sont rassemblées. Un groupe entreprend d'escalader la façade de la Mairie, pour y décrocher le drapeau bleu-blanc-rouge, et tenter de le brûler, sans grand succès.

À l’annonce qu’une centaine de sarkozystes sont rassemblés autour de drapeaux place Wilson, un cortège se met en branle, derrière une banderole «Rage sociale», accompagnée de divers slogans. Finalement, la manif bifurque en direction du siège de l'UMP, protégé par une rangée de CRS, qui improvisent une protection avec une barrière de chantier.

Des écharpes commencent à recouvrir les visages, et divers slogans apparaissent sur les murs, comme «Chassons la racaille policière», «Quand les urnes mènent à l’impasse, reste l’insoumission», «Violences policières, autodéfense populaire !» Après quelques minutes de face à face, le cortège fait marche arrière, pour contourner le dispositif policier.

De l’autre côté, rebelotte. Des fumigènes et pétards sont allumés, et quelques projectiles atteignent les forces de l’ordre. Alors que la situation se tasse et que la manifestation commence à se disperser, la police a le bon goût de charger. Des barricades s’improvisent alors, à base de bacs à fleurs et d’arbustes, pendant que des poubelles sont incendiées.

Des gaz lacrymogènes font refluer partie des manifestant-e-s vers le centre ville, qui ne parviennent cependant pas à se regrouper. Certains souhaitent marcher sur la ville, tandis que d’autres cherchent la confrontation avec la police. L’initiative vient alors d’un bord inattendu : c’est armée d’un djembé qu’une manifestante s’attaque à la vitrine d’un magasin Hugo Boss, bientôt suivie par d’autres énervé-e-s.

Une rue plus loin, c’est une banque qui est attaquée, alors que les manifestant-e-s se dispersent, et que le drapeau français brûle, cette fois pour de bon, au sommet d’une poubelle. Plus tard, un McDo voit sa vitrine abimée, tandis que le contrôle policier se reserre. Un petit groupe de manifestant-e-s se voit poursuivi par une voiture de flics, qui se gare en travers et plaque au sol deux personnes chopées au hasard, les rouant de coups.

Il semblerait que la police ait procédé à au moins trois arrestations. Pendant la manifestation, les médias locaux annonçaient que des incendies avait commencé en divers points des banlieues dijonnaises.


Bilan de la Direction générale de la police nationale :
730 voitures brûlées, 592 interpellations, 78 policiers et gendarmes blessés.

Publié dans Agitation

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