Ungdomshuset le 8-Mars

Publié le par la Rédaction


L’Ungdomshuset (maison des jeunes), situé à Norrebro un ancien quartier ouvrier, était le plus important centre autonome du Danemark et un haut lieu de la contre-culture. Pendant plus de 25 ans des activités politiques, culturelles et sociales ont pu s’y développer dans un cadre autogéré. Pour autant, l’histoire contestataire du lieu ne commence pas en 1982, date à laquelle les autonomes ont arraché à la mairie la mise à disposition de l’immeuble. En effet dès sa construction en 1897, l’histoire de ce lieu est indissociable du mouvement ouvrier et des luttes sociales.

Une histoire faites de luttes
L’immeuble qui s’étendait sur quatre étages avait été inauguré en 1897 comme Folkets Hus (maison du peuple). Il s’agissait du quatrième centre ouvrier construit à Copenhague. À l’époque ces maisons du peuple jouent un rôle essentiel dans la structuration du mouvement ouvrier qui est alors en pleine effervescence. Les ouvriers disposent dès lors d’un lieu où ils peuvent développer leurs propres activités politiques, culturelles et éducatives.
    En 1910 la Deuxième Internationale a tenu, dans l’actuel Ungdomshuset, la conférence internationale des femmes socialistes lors de laquelle le 8 mars fut proclamé Journée internationale des femmes. De nombreux meetings s’y sont également tenus et ce fut le point de départ de nombreuses manifestations. En 1918, des anarchistes et des chômeurs partirent du Folkets Hus pour la fameuse attaque de la bourse de Copenhague. Des personnages tels que Rosa Luxembourg, Clara Zetkin et même Lénine passeront ou séjournèrent à la maison du peuple.
    Dans les années 1950, la maison est utilisée par les syndicats et des associations proches du mouvement ouvrier. Pour autant d’autres activités s’y déroulent tels des combats de boxe ou encore de la danse. Entre 1963 et 1978, la maison fut inoccupée. Elle fut ensuite achetée par une troupe de danse populaire dont l’activité fut éphémère. En 1982, à la suite d’une longue lutte et de l’occupation menée par les autonomes, la mairie avait finalement accepté de mettre à disposition les locaux en faisant la promesse, sous la forme d’un contrat, de ne jamais vendre la maison. L’Ungdomshuset était né !


Vendu à une secte fondamentaliste
En 1999, la ville a pourtant pris la décision de vendre l’Ungdomshuset oubliant ainsi sa promesse faite 20 ans auparavant. Malgré les protestations, le centre autonome fut vendu en 2001 à «Faderhus» (la maison du père), une secte fondamentaliste d’extrême droite. Pendant sept ans, toutes les tentatives pour trouver une solution avec la ville ont échoué dans la mesure où celle-ci avait visiblement décidé de saboter le projet autogéré.
    Depuis 2003, une bataille juridique avait opposé les militants de l’Ungdomshuset à la secte Faderhus. Celle-ci s’est finalement soldée par un jugement d’expulsion rendu le 14 décembre 2006. Le soir même quelques 5000 personnes (selon la police !) manifestaient leur colère contre cette décision. Deux jours plus tard, une manifestation internationale rassemblant plus de 1500 personnes s’est terminée par de violents affrontements durant lesquels de nombreux militants furent blessés. La police procéda à plus de 300 arrestations dont beaucoup d’activistes venus d’autres pays pour apporter leur soutien.

L’expulsion provoque de violentes émeutes
Le jeudi 1er mars à sept heures du matin, la police appuyée par des unités anti-terroristes a donné l’assaut au bâtiment. Deux hélicoptères ont déposé des membres des forces spéciales sur le toit qui ont ensuite pénétré dans le bâtiment. Pour s’assurer le contrôle du centre autonome les policiers ont fait usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau. Les 36 personnes qui se trouvaient à l’intérieur du bâtiment ont toutes été arrêtées.


Dans le quartier de Norrebro des heurts ont alors aussitôt éclaté entre manifestants et policiers. Pendant plusieurs jours des manifestations vont se dérouler et de violentes émeutes vont éclater deux nuits de suite. Les manifestants dressent des barricades et affrontent la police à coups de pierre et de cocktails Molotov. Pour essayer de garder le contrôle de la situation la police a appelé des renforts d’autres villes et même de Suède. Précisons que le samedi matin, la police a en plus investi de manière violente une dizaine de lieux alternatifs dont le Solidaritätshaus qui héberge le groupe local de l’Anarchist Black Cross.


Le dimanche au soir, après trois jours d’affrontements la police avait procédé à quelques 650 arrestations provoquant même un engorgement des prisons ! Pendant les émeutes, la police danoise avait effectué de très nombreux contrôles pour éviter que des militants d’autres villes ne rejoignent la capitale. Elle a tout particulièrement surveillé sa frontière avec l’Allemagne pour éviter que des autonomes ne viennent prêter main forte aux activistes danois. Peine perdue de nombreux allemands arriveront quand même à rallier Copenhague !


Solidarité internationale
La nouvelle de l’expulsion de l’Ungdomshuset a provoqué des réactions de solidarité à travers toute l’Europe. Le soir même des actions de soutien ont eu lieu dans une vingtaine de villes allemande. La plus importante s’est déroulée à Hambourg, dans le nord du pays, où 800 personnes ont battu le pavé. Des échauffourées ont d’ailleurs éclaté en fin de soirée.
   
Mais ce n’est pas seulement en Allemagne que la solidarité s’est exprimée. Des rassemblements et manifs de soutien se sont également déroulés à Bern, Vienne, Londres, Oslo, Stockholm, Istanbul, Helsinki, Poznan, Varsovie. À Lyon quelques jours avant l’expulsion, des militants avaient occupé le consulat danois.

Amsterdam, Pays-Bas

Athènes, Grèce

Barcelone, Espagne

Bergen, Norvège

Berlin, Allemagne

Brème, Allemagne

Budapest, Hongrie

Cologne, Allemagne

Copenhague, Danemark

Dublin, Irlande

Hambourg, Allemagne

Helsinski, Finlande

Istanbul, Turquie

Kiel, Allemagne

Londres, Angleterre

Milan, Italie

Moscou, Russie

Nantes, France

New York, États-Unis

Odense, Danemark

Padoue, Italie

Paris, France

Poznan, Pologne

Prague, République tchèque

Rimini, Italie

Sao Paulo, Brésil

Stuttgart, Allemagne

Tel Aviv, Israël

Varsovie, Pologne

Venise, Italie

Vienne, Autriche

Les protestations internationales et les émeutes n’ont pourtant pas empêché l’expulsion. Mais les autorités ont été obligées de constater qu’elles se sont heurtées à une très forte résistance et que beaucoup de gens n’ont pas accepté l’expulsion et s’y sont même opposé de manière violente.

L’Ungdomshuset est détruit
Le lundi 5 mars, sous très haute protection policière, des engins de chantiers ont finalement détruit l’Ungdomshuset à la demande de la secte fondamentaliste Faderhus. Cette décision fut accueillie avec soulagement par la police de Copenhague qui craignait de nouvelles tentatives d’occupation dans les jours et mois à venir. Au préalable de nombreuses associations d’ouvriers avaient pourtant refusé de participer à la démolition de l’immeuble !


La ville de Copenhague, à la tête de laquelle se trouve aujourd’hui la maire sociale-démocrate Ritt Bjerregård, n’a pas hésité à vendre le lieu à une secte fondamentaliste qui a obtenu la démolition du bâtiment. Les politiciens sont ainsi responsables de la destruction et de l’effacement d’un lieu dont l’histoire fut, pendant plus de 100 ans, jalonnés de luttes et riche en expériences alternatives.


Durant les émeutes ce ne sont pas seulement des militants qui ont affronté les forces de l’ordre. Au contraire, ils furent rejoints par beaucoup de gens, d’ailleurs souvent très jeunes, du quartier de Norrebro et d’ailleurs. Pendant plusieurs jours, la ville fut en quasi-état d’urgence et la répression qui fut très violente a provoqué de nombreux blessés.


En outre, n’oublions pas que plus de 600 personnes ont été arrêtées dont beaucoup sont toujours détenues et probablement en attente d’un jugement. Face à cette situation nous devons leur exprimer notre solidarité et c’est pourquoi nous exigeons la libération immédiate de tou-t- tes celles et ceux qui ont été arrêtés car la résistance n’est pas un crime !


Pour les soutenir n’hésitez pas à leur écrire en adressant vos lettres à l’Anarchist Black Cross de Copenhague (ABC, Postboks 604, 2200 KBH-N, DANEMARK) qui fera suivre. Soyez très attentifs à ce que vous allez écrire car le courrier sera lu par les autorités ! L’Anarchist Black Cross, qui a aussi été touché par la répression, a besoin de votre soutien financier pour continuer son travail d’aide aux prisonniers. Chaqu’un-e selon ses moyens ! Envoyer vos dons à :

ABC Stockholm (qui fera suivre à ABC Copenhagen)
IBAN : SE 1295 0000 9960 3408 738973
BIC : NDEASESS
NAME : JORD OCH FRIHET


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