Expulsion d'’Ungdomshuset à Copenhague

Publié le par la Rédaction

LUNDI :
La maison des jeunes en cours de destruction à Copenhague. Des ouvriers ont commencé lundi matin la démolition d’une maison de jeunes à Copenhague dont l’évacuation la semaine dernière avait entraîné plusieurs jours d’émeutes dans la capitale danoise. (Libération)  — L’Ungdomshuset, une maison des jeunes à Copenhague, était le refuge depuis 25 ans de jeunes artistes de tous horizons. C’était un des symboles et un des bastions de la culture «underground» en Europe, vendue en 2001 par la mairie de Copenhague à la communauté chrétienne fondamentaliste Faderhuset (la maison du Père). Cette dernière, non reconnue par l’Église officielle, a demandé l’expulsion de ses occupants. «La maison était en trop mauvais état pour être restaurée» a expliqué lundi matin au cours d’une conférence de presse Ruth Iversen, présidente de la communauté chrétienne et propriétaire des lieux.
    Les engins de démolition ont entamé, sous forte protection policière, la destruction de ce bâtiment historique de quatre étages qui abritait à la fin du XIXe siècle une maison du peuple. Le nom de l’entrepeneur a été dissimulé sur les engins et les ouvriers se sont couverts le visage pour ne pas être reconnu par les jeunes protestataires.

    Des jeunes pleuraient en voyant au loin des machines détruire «leur maison» alors que d’importantes forces de l’ordre, avec des chiens policiers, quadrillaient tout le quartier afin de prévenir tout débordement. «Pourquoi, pourquoi ?», se demande Sarah, 14 ans, le visage ému, qui a séché l’école dès qu’elle a entendu la «triste nouvelle à la radio».
«On croit que le problème va disparaître sous les coups des bulldozers. On se trompe. On ne tuera pas l’âme de cette maison.»
   
«C’est un jour très triste.
On ôte aux jeunes une maison qu’ils aimaient tant et qui avait des tas d’activités», a déclaré lundi une mère de famille à la télévision danoise TV2 News en regardant la démolition du bâtiment historique. «J’ai pleuré de tristesse, de rage aussi», a confié Marie, une lycéenne de 18 ans, qui «venait souvent dans cette maison qui offrait une activité culturelle que l’on ne trouve nulle part ailleurs au Danemark». «Je ne suis pas une marginale. Je pense que la société doit laisser place à tous les courants, à la culture alternative aussi, dont Ungdomshuset était le symbole.»
    Dimanche, un groupe de jeunes avait organisé une veillée funèbre, déposant des fleurs, allumant des cierges et écrivant des mots d’adieu à une centaine de mètres du bâtiment.

    La police, qui souhaitait la disparition rapide de ce symbole de la révolte de jeunes Danois, se dit prête à parer à d’éventuels nouveaux troubles dans les heures et jours à venir, a indiqué Flemming Steen Munch, porte-parole de la police de Copenhague.

    Les violences entre policiers et jeunes, dont plusieurs milliers étaient descendus dans la rue pour protester contre la démolition de la maison, avaient débuté jeudi dernier. Plus de 600 personnes ont été interpellées par la police dont environ 140 venues d’autres pays européens, notamment d’Allemagne. Malgré leur dureté, les affrontements, qui ont cessé au cours du week-end, ont fait trois blessés légers du côté des forces de l’ordre et quatre chez les manifestants.

DIMANCHE 4h58:
Nouveaux affrontements dans les rues de Copenhague (NouvelObs) —
De petits groupes de manifestants ont lancé des pierres contre les forces de l’ordre et mis le feu à des poubelles et des barricades dans le centre de Copenhague dans la nuit de samedi à dimanche, suite à la fermeture décriée d’un squat culturel dans la capitale danoise cette semaine. Les affrontements entre jeunes et forces de l’ordre n’ont cependant pas atteint la dimension des émeutes des deux nuits précédentes.
    Plus de 50 personnes ont été arrêtées, selon la police, qui faisait état de heurts dans différentes parties de la ville tôt dimanche après une journée de calme relatif samedi. Plus d’une trentaine de personnes ont notamment été interpellées aux abords de Christiania, une enclave indépendante au sein de l’État danois, après que les manifestants ont construit des barricades sur un axe majeur, auxquelles ils ont mis le feu vers 3h du matin (2h GMT), a précisé la police dans un communiqué.    Des incendies moins importants ont également été signalés dans d’autres parties de la ville, mais ils ont été rapidement maîtrisés par les pompiers et la police. Au moins une voiture a en outre été incendiée, selon la police.Les incidents ne semblaient cependant pas atteindre la magnitude des affrontements entre policiers et jeunes radicaux de gauche qui ont transformé certains secteurs de Copenhague en champs de bataille pendant deux nuits consécutives. Plus de 600 personnes ont été arrêtées, dont plusieurs dizaines d’étrangers.
   
Samedi après-midi, quelque 3.000 personnes ont encore manifesté contre la fermeture forcée jeudi d’un immeuble de la capitale transformé depuis des années en centre culturel pour artistes, anarchistes et groupes de gauche.
    La justice avait ordonné l’an dernier l’expulsion des occupants de la «Maison de la jeunesse» dans le quartier de Nörrebro, squattée par des jeunes depuis les années 1980, afin que la congrégation chrétienne qui l’a acquise il y a six ans puisse en prendre possession. Mais les occupants estiment que la municipalité n’avait pas le droit de vendre ce lieu, qui a accueilli notamment des concerts de Nick Cave et de Björk, et ils ont exigé qu’on mette un autre établissement à leur disposition.



SAMEDI 13h11 :
Les manifestations se poursuivent à Copenhague (NouvelObs) — Les violentes manifestations provoquées par l’éviction d’un squat à Copenhague se poursuivaient pour la deuxième nuit consécutive, tôt samedi. Les manifestants ont érigé des barricades avec des poubelles auxquelles ils ont mis le feu, et incendié au moins quatre voitures dans le centre de la capitale danoise, alors que des affrontements ont opposé certains d’entre eux aux forces de l’ordre.
Des centaines de policiers anti-émeute ont usé de gaz lacrymogènes pour disperser la foule, repoussant les manifestants et les badauds afin de permettre aux pompiers de maîtriser les incendies de rue. L’odeur de la fumée se répandait pendant la nuit sur l’ensemble du centre-ville.
    Selon la chaîne de télévision danoise TV2, un manifestant a été blessé lors d’affrontements avec la police dans le quartier de Noerrebro dans le centre-ville. Le service ambulancier a déclaré de son côté qu’une personne avait été hospitalisée. On ne disposait pas d’autres détails dans l’immédiat.
    Au moins 100 personnes ont par ailleurs été arrêtées tôt samedi, a déclaré le porte-parole de la police de Copenhague, Flemming Steen Munch.
    Vers 4h samedi matin, un feu de rue à Noerrebro s’est propagé à un bâtiment abritant une crèche et une maison de deux étages voisine, selon la police. On ignorait si les édifices étaient occupés.
    Dans d’autres quartiers, des groupes de manifestants ont également mis le feu à des poubelles, et plusieurs sources faisaient état d’affrontements entre jeunes et forces de l’ordre. Un groupe aurait investi une école et lancé des chaises, des bureaux et des ordinateurs par les fenêtres.
    Mais selon M. Munch, la situation semblait «se calmer» à l’approche de l’aube.
    «Ce fut une soirée dramatique», a-t-il concédé. «Ce fut une nuit plutôt chargée et plutôt triste».
Il s’agissait de la deuxième nuit consécutive de manifestations dans plusieurs secteurs de la ville, après l’éviction d’un squat jeudi. Dans la soirée, les manifestants avaient lancé des pavés sur les forces de l’ordre et incendié des voitures. Les affrontements avaient fait 25 blessés, et 219 personnes ont été arrêtées.
    Craignant une prolongation des violences, la police danoise a emprunté 20 camions à ses collègues suédois, vendredi.
    Trente-cinq personnes se trouvaient dans l’ancien théâtre du centre de Copenhague évacué jeudi matin. Le bâtiment était considéré depuis plusieurs années comme ouvert au public par les squatters et d’autres jeunes qui fréquentaient les lieux.
    L’éviction du squat était planifiée depuis l’année dernière pour remettre le bâtiment à son propriétaire, qui l’a acquis il y a six ans.


VENDREDI 4h32 :

- À Copenhague, 100 personnes auraient ouvert un nouveau squat… peut-être déjà expulsé (à confirmer).
- 600 personnes ont manifesté spontément à Hambourg. En Allemagne, y a eu des manifs ou rassemblements de soutien un peu partout : Berlin, Cologne, Munich, Karlsruhe, Göttingen, Francfort(M), Brême, Heidelberg, Magdeburg, Dortmund, etc. Il y a aussi eu un rassemblement de solidarité avec Ungdomshuset à Vienne, en Autriche.
- Manif de soutien à Ungdomshuset ce vendredi à Londres (RV 14h devant l’ambassade du Danemark, 55 Sloane Street).


JEUDI 23h45 :
Il y a eu plusieurs manifestations rassemblant environ 2000 personnes, aux environs d’Ungdomshuset ainsi qu’au départ de Christiania. La police a tenté de les séparer et de les disperser et ça a dégénéré dans toute la ville en émeutes de faible intensité. Il y a eu de nombreuses barricades dressées un peu partout, que la police s’appliquait à détruire quand elle le pouvait. Les manifestants, masqués pour la plupart, s’attaquaient aux policiers avec des jets de pierre et des “chrysanthèmes” (apparemment de gros pétards) et ceux-ci ripostaient avec des gaz lacrymogènes.
    La police a occupé le café Bågårds et procédé à des arrestations aléatoires à l’intérieur. Ils ont aussi tenté plusieurs fois d’attaquer Christiania mais ont toujours été repoussés.
    À la tombée de la nuit, la police a été peu à peu débordée et de nombreux feux ont été allumés dans toute la ville. Vers 22h30, une manifestation autorisée et non-violente est partie en direction d’Ungdomshuset. Il s’agit d’une procession funéraire où les manifestants portent des torches, ainsi que des cercueils de la liberté. À l’approche de Nørrebro, elle comptait environ 1000 participants et la présence policière se faisait plus forte.
    Le bilan est pour l’instant de 160 arrestations dont 36 personnes qui se trouvaient dans Ungdomshuset au moment de l’attaque. Sur ces 36, 24 ont été “inculpés” pour possession illégale du bien d’autrui ainsi que menaces et violences contre des policiers. 17 sont étrangers et 3 sont mineurs. Il y aurait 9 Allemands, 2 Américains, 2 Polonais, un Français, un Norvégien, un Lithuanien et un Néo-zélandais. Ils pourront être retenus jusqu'à 27 jours supplémentaires. On n’a à l’heure actuelle
aucune nouvelle des blessés ni de leur nombre.


JEUDI 16h43 :
L’évacuation d’une maison de jeunes marginaux secoue Copenhague (AFP) — Un quartier populaire de Copenhague a été secoué jeudi par l’évacuation d’une maison de jeunes, foyer depuis 25 ans de la culture “underground”, entraînant des heurts violents entre forces de l’ordre et manifestants en colère.
   
Plus de 75 personnes ont été arrêtées à la suite de cette opération musclée qui a suscité frustration et colère dans le quartier de Noerrebro, favori des rebelles et des squatters depuis les années 80.
   
La maison de quatre étages, Ungdomshuset, un des symboles de Noerrebro, était mise à la disposition des jeunes depuis plus de vingt ans par la mairie de Copenhague. Mais elle a été vendue à une secte chrétienne fondamentaliste qui a ordonné l’expulsion de ses locataires.
    Unité d’élite de la police déposée par hélicoptère sur le toit de l’immeuble, canons à eau, grues, véhicules blindés et des centaines de policiers anti-émeutes mobilisés, les autorités n’ont pas lésiné sur les moyens pour mener à bien leur opération suscitant l’indignation des riverains.
   
On aurait dit qu’il “s’agissait de démanteler un réseau terroriste”, s’est insurgé Ole, un voisin du quartier.
   
Les locataires refusant l’évacuation s’étaient préparés depuis des mois à cet assaut et avaient emmagasiné pavés et cocktails Molotov. Leurs parents s’étaient même relayés jour et nuit devant la maison pour faire barrage aux policiers.
    Mais l'effet de surprise a été total jeudi à l’aube : 35 jeunes ont été arrêtés à l’intérieur et des dizaines d’autres dans les rues environnantes.

   
Par le passé, ce quartier avait déjà été le théâtre d’émeutes sanglantes en mai 1993 à la suite du “oui” au référendum sur le traité de Maastricht.
    “
Pourquoi n’a-t-on pas le droit d’avoir une maison de jeunes différente ?”, interroge Sophie, 18 ans, style punk, en regardant au loin les policiers se transformer en éboueurs pour dégager les restes d’une barricade fumante.
   
La jeune fille et sa copine Kyra, 17 ans, expliquent qu’elles se rendaient à Ungdomshuset pour “assister à des concerts, à du théâtre underground, ou lorsqu’elles étaient fâchées” avec leurs parents.
   
Au rond-point de Noerrebro Rundel, à quelques dizaines de mètres de Ungdomshuset, gardé par un impressionnant cordon policier, de nombreux jeunes, bière ou boisson chocolatée à la main, narguent les policiers devant les caméras des chaînes de télévision qui transmettent en direct les événements.
   
Guidant son fils de 3 ans, Falkal, sur son vélo, Kristina Ilsoe, enseignante à l’université de Roskilde, se dit “triste, comme la plupart des riverains, de voir ce Danemark soi-disant tolérant ne pas laisser de place à ceux qui sont hors normes”.
   
Anthropologue, Eric, la soixantaine, “craint le pire, car beaucoup sont en colère à cause de l’agressivité de la police”, en voulant “aux politiques à l’esprit étriqué qui ont provoqué cette évacuation qui n’est pas nécessaire”.
   
Nombre de banques et de magasins du quartier ont choisi de barricader leurs devantures ou de fermer appréhendant de nouvelles manifestations violentes dans les heures et jours à venir.
   
La police est préparée à toutes les éventualités et a établi le contrôle aux frontières afin d’empêcher l’arrivée de sympathisants des Autonomes, notamment d’Allemagne.


JEUDI 14h18 :
À 7 heures ce matin, la police danoise, accompagnée de forces militaires anti-terroristes, est arrivée à Ungdomshuset pour en commencer l’expulsion. Du gaz lacrymogène a été lancé au travers des fenêtres de la maison, pendant que la façade était arrosée de mousse carbonique par des équipements anti-feu, pour empêcher les occupant-e-s de résister aux fenêtres. Quatre policiers de la brigade anti-terroriste ont été déposés sur le toit du bâtiment par hélicoptère, pendant que des bulldozers s’attaquaient aux barricades du bas.
    Jusqu’à présent, la police a procédé à l’arrestation de 20 personnes dans la maison, et d’environ 35 à l’extérieur. Un activiste allemand a du être emmené d’urgence à l'hôpital, en compagnie de deux autres. La police tient désormais la maison, alors que des émeutes et combats de rue ont lieu en divers points de la ville. Les frontières sont actuellement surveillées pour empêcher l’afflux de soutiens étrangers. Des rumeurs circulent quant à une possible destruction de la maison dans de brefs délais.
    Une manifestation aura lieu aujourd’hui à 17h sur Blaagaards Plads, et diverses actions devraient avoir lieu ces prochains jours. Ungdomshuset étant expulsé, de nouveaux points d’info et d’accueil pour les activistes arrivant à Copenhague sont en cours d’installation, afin d’aider les nouveaux & nouvelles venu-e-s à se repérer, à trouver les espaces de couchage & cuisines collectives. Les infopoints peuvent être joints aux numéros suivants : (+45) 26 90 75 07 et (+45) 26 90 75 08.

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