prouvant sa responsabilité, en tant
que Secrétaire général de la préfecture de la Gironde, dans la déportation de 1690 Juifs de Bordeaux à Drancy, destination finale Auschwitz, sous l’Occupation entre 1942 et 1944. Il est alors
ministre du Budget dans le gouvernement de Raymond Barre (avec pour directeur de cabinet Jean-Louis Debré) après une carrière ininterrompue de près d’un demi-siècle dans l’appareil d’État sous
l’égide successive des radicaux-socialistes, du Front populaire, du régime de Vichy, de la Libération gaulliste, des socialistes, du Front républicain, du gaullisme à nouveau (où en tant que
préfet de police de Paris, il commettra son second crime d’État avec le massacre de centaines d’Algériens le soir du 17 octobre
1961 et dans les jours qui suivirent, crime toujours impuni) avant de se rallier en 1974 à Giscard d’Estaing sous la houlette de Jacques Chirac.
Maurice Papon ne regrettait rien : «Si c’était à refaire, je le referais !» s’est-il écrié à la fin de son procès, car il ne faisait que son métier : son métier de fonctionnaire zélé, rouage administratif au service de l’État qui établit les listes de Juifs selon la législation en vigueur comme il le ferait pour n’importe quel
«produit» figurant dans sa nomenclature de bureaucrate. C’est en cela que son histoire est exemplaire : il est le symbole de cinquante années d’histoire des mentalités françaises, de ces
mensonges, oublis et autres arrangements biseautés pour éviter l’image que nous renvoie le miroir, celle du crime d’indifférence. Ne sommes-nous pas tous capables un jour, nous individus
ordinaires comme Papon, d’obéir à l’inacceptable ?