Sortie immédiate du nucléaire !

Publié le par la Rédaction

Par sa dangerosité et la centralisation qu’il nécessite, par la culture de sûreté qu’il crée, commercialise et généralise, par les modes de subordination qu’il implique, le nucléaire, loin d’être un simple choix technologique, est partie intégrante des dispositifs de contrôle global de la planète. En quelques décennies à peine, le nucléaire a montré de quoi il était capable, depuis les victimes d’Hiroshima jusqu’aux catastrophes du nucléaire civil reconnues (Tchernobyl, Three Mile Island…), occultées (Windscale [octobre 1957, rebaptisée Sellafield], Kychtyn [accident de 1957 en URSS totalement occulté]…) ou évitées de justesse (Forsmark [Le 25 juillet 2006, la centrale de Forsmark, en Suède, est plongée dans le noir. Plus rien ne fonctionne, sauf le réacteur. Les générateurs de secours ne démarrent pas et la température du cœur grimpe : Tchernobyl n’est plus loin. Enfin, l’un d’entre eux accepte de redémarrer à la «manivelle»…]). Aujourd’hui, le nucléaire civil semble avoir le vent en poupe chez les gestionnaires capitalistes. Des projets grandioses, dont la réalisation dépendra de la possibilité des investissements financiers et des garanties des États, sont donc élaborés, comme l’EPR à Flamanville (réacteur civil français dit de troisième génération) ou bien encore ITER à Cadarache (projet international de réacteur à fusion nucléaire). Dans le domaine militaire, on assiste plutôt au développement d’armes miniaturisées pouvant être utilisées contre des populations aux quatre coins du monde, dans le cadre de «guerres préventives» et «d’opérations de police mondiale», bien que la possession de bombes classiques demeure l’un des objectifs des États et que les stocks de matières nucléaires constituent de réels dangers.
    Les gourous de l’atome prétextent de la crise des énergies fossiles et poussent à la roue pour la reprise du nucléaire. La lutte contre les gaz à effet de serre devient leur alibi au motif que le réacteur nucléaire n’en dégage pas, oubliant au passage toutes les étapes de la construction et du fonctionnement des installations nucléaires, celles de l’extraction de l’uranium au Niger ou en Australie à son utilisation dans les réacteurs, et la pollution thermique par les rejets gazeux et aqueux. Si la société capitaliste n’a jamais eu autant besoin d’énergie pour faire fonctionner ses usines, ses banques, ses réseaux de transport et de communication, ses armées et leurs engins de mort, sur terre, sur mer et même dans l’espace, il ne faut pas oublier que l’énergie électrique ne représente que 5 à 6% de l’énergie primaire mondiale et que le nucléaire en est encore qu’une infime partie représentant 16%
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    Aux causes de désastres propres à toutes les formes d’industrialisation, l’industrie nucléaire ajoute la radioactivité artificielle qui peut parfois s’étendre sur des millénaires. Les nucléocrates le savent et c’est pourquoi, loin de nier comme autrefois tous les dangers liés au nucléaire, ils comptent désormais préparer les populations à apprendre à survivre en milieu contaminé. Le risque nucléaire étant la chose la plus partagée, il doit maintenant être le mieux accepté : tout irradié potentiel doit donc devenir le complice de sa propre irradiation et de celle des autres, encadré par les uniformes kakis et les blouses blanches avec, pour seul horizon, les rangées de cercueils de plomb, pour que le monde tel qu’il est continue à fonctionner, dans lequel le citoyen culpabilisé devient acteur de sa soumission.
    En restant sur le terrain des alternatives sans remettre en cause la boulimie énergétique actuelle, par exemple en proposant de remplacer l’atome par l’éolien comme énergie renouvelable [Notons au passage qu’Areva, le constructeur de réacteurs nucléaires, poursuit ses investissements dans l’éolien avec une offre publique d’achat des actions de REpower (un des principaux acteurs de l’activité) qu'il ne détient pas encore. Est-ce pour diversifier ses intérêts ou pouvoir demain démontrer qu'on ne peut pas sortir du nucléaire par l’éolien ? Sans changer la consommation électrique française, il faudrait environ 100.000 éoliennes pour remplacer les centrales nucléaires !], les écologistes d’État jouent le rôle de tartuffes et d’administrateurs de nos vies irradiées, toujours à la place que l’État leur assigne. D’où les tractations, les compromis, les promesses destinées à ne pas être tenues et les jeux de lobbying, qui culminent en période électorale. Pour le PS, il faut faire oublier le programme de 1981, son moratoire sur la construction des centrales nucléaires, et «Sœur Sourire» qui préconise «une extinction des centrales anciennes et les plus dangereuses». Par son porte-parole, virée de la manif de Cherbourg, les Verts français, sur la trace de leurs homologues allemands, s’engagent pour une  «sortie sur 30 ans» ! Quant au PC, fidèle à sa défense inconditionnelle mais intéressée des technocrates et syndicalistes de la CGT d’EDF et du CEA, il exige un «nucléaire sécurisé et durable» ! Tout regroupement antinucléaire conséquent devrait avoir en mémoire la défaite du mouvement à la fin des années 70 et au début des années 80 due à la stratégie électorale prédominante, à une critique insuffisante et marginale de la «société de consommation».
    L’exigence d’arrêt immédiat du nucléaire ne relève pas pour nous de la surenchère. Elle implique la rupture avec les logiques capitalistes et étatiques. Cette perspective autonome est difficile et incertaine et sa réalisation ne dépend pas que de nous. Mais nous avons la volonté d’y contribuer, pour vivre libres, debout, et non à genoux avec des épées de Damoclès au-dessus de nos têtes.

Coordination contre la société nucléaire
c/o CNT-AIT, BP46, 91103 Corbeil cedex

Journée de manifestations samedi 17 mars 2007
à Toulouse, Rennes, Lille, Strasbourg, Lyon
Toutes et tous à Lyon ! 14h – place Bellecour

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