Genève : La Tour ne tombera pas !

Publié le par la Rédaction

Petit rappel de ce que développe le squat de la Tour à Genève, depuis près de 10 ans… Un rappel qui est aussi synonyme d’appel à résistance pour que ce lieu de vie et de multiples activités autogérées subsiste encore plusieurs années !

Genève, fin des années 90.
Le bar de la Tour. Un mur de Sagres.
Tard dans la nuit après la transe sourde de chez Brigitte ou n’importe quelle autre soirée en ville, il y avait toujours, au désespoir de certains voisins, un lieu où la vie continuait et permettait de s’assurer un mal de crâne pour le lendemain.

C’était le genre de lieux où on pouvait attendre qu’il se passe quelque chose d’incroyable. Il y avait trop de vie. Autant dire que l’état y a mis fin, aidé par une baignoire qui, traversant le plancher, envoya un prétexte qui était alors à la mode de lancer contre les squats : insalubrité.
    L’immeuble fut vidé. Pendant toute l’année que l’immeuble resta plus ou moins inhabité, investi par les rats et quelques humains nomades, une fuite d’eau arrosa généreusement poutres, murs et planchers. La verrière de la cage d’escaliers cassée, la plupart des vitres manquantes, l’immeuble ne se remettrait pas du prochain hiver.


La propriétaire ne faisant rien pour remédier à la situation, l’état lui retira la propriété de cet immeuble, qui tomba dans les mains de la BCG. Mais la banque “publique” ne fit rien de plus, se montra un propriétaire aussi indigne que les précédents.
    C’est là que survînt la nouvelle occupation de la Tour. Un 2 décembre. Plus de 100 personnes déblayant, descendant des centaines de kilos de déchets, coupant la fuite d’eau, bâchant la verrière, puis les jours suivants, dératisant, remplaçant la multitude de vitres cassées, parfois les cadres de fenêtre entiers, éliminant toute une colonne de salles de bains, sortant les baignoires et démolissant murs et sols à la masse. Les poutres étaient tellement pourries qu’on pouvait y enfoncer les mains. Cet espace vertical de quatre étages ouvert, de nouvelles poutres remplacèrent les anciennes, et bientôt aussi de nouveaux planchers.
    C’était 2001. En 2002 l’infokiosque après de nombreux chantiers populaires redevenait une bibliothèque, vidéothèque, salle de conférences, salon de thé et de jeux.

La Tour devenait petit à petit tout cela : salle de concerts, local d’enregistrement, local de répétition pour groupes de musique, infokiosque, crèche, friperie, salle de sport et de répétition de théâtre, sleeping, labo photo, atelier dessin, atelier de reliure, habitat collectif.

    La question de la propriété ne se pose plus. Le lieu a rencontré ses habitants. Longtemps jouet d’enfants capricieux cette maison se met à vivre sa propre vie.

Mais voilà qu’un entrepreneur nous achète, nous et notre lieu de vie, et aimerait disposer de nous. Jeter ce dont il n’a pas besoin, nos projets, nos vies, la maison vivante, habitée, et fabriquer du logement standard, certifié neutre et inanimé, pour en faire de l’argent. Il en parle comme ça : «Ici, j’ai de l’argent qui dort.»
    Et nous, des enfants. Mais nous, nous ne dormons plus. Les yeux ouverts, nous veillons, pour pas nous laisser surprendre, pour avertir nos amis. Nous ne nous laisserons pas faire…

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