Ni vieux ni traîtres

Publié le par le groupe Lucio


À la fin des années 1970, alors que le MIL avait résisté au franquisme au prix de la vie d’un bon nombre de ses militantEs, qu’en Allemagne la RAF éliminait le patron des patrons, qu’en Palestine l’OLP revendiquait à l’explosif la reconnaissance du peuple palestinien, qu’ailleurs encore, des guérillas fédéraient les espoirs prolétaires d’une émancipation sociale, Action Directe, en France, croyait pouvoir, en choisissant la lutte armée, réamorcer les luttes sociales que l’apparition d’un chomage massif essoufflait. En mitraillant le CNPF (ancêtre du MEDEF), en éliminant le patron de Renault et un marchand d’armes, ils imaginaient porter les espoirs de la classe ouvrière et amorcer un renouveau du combat pour la justice sociale.
    Mais ils ont provoqué une formidable répression contre eux-mêmes. Il y a 23 ans, Régis Schleicher était arrêté. Il y a 20 ans, c’était au tour de Joëlle Aubron, Nathalie Ménigon, Georges Cipriani et Jean-Marc Rouillan.
    Depuis, Joëlle Aubron est décédée, après avoir été libérée pour une tumeur au cerveau : en France, on ne mélange pas croque-morts et bourreaux. Quant aux autres, ils sont toujours enfermés. Leurs demandes de libération conditionnelle ont toutes échoué. Pour Nathalie, des raisons de santé évidentes (hémiplégie partielle suite à plusieurs attaques cérébro-vasculaires) justifieraient cette remise en liberté… Papon, bon pied, bon œil, y a eu droit. Le Flock-Prigent, Sirven, d’autres encore ont bénéficié de la loi Kouchner… pas Nathalie. Car, comme ses camarades, elle a toujours refusé de renier son combat. L’État tient des otages et la rançon est claire : renier l’engagement révolutionnaire. Les raisons de ce combat n’ayant pas changé, Nathalie, Régis, Jean-Marc et Georges s’y refusent toujours.
    Ni vieux, ni traîtres revient, au travers d’interviews de militantEs revolutionnaires, d’anciens compagnons d’Action Directe, de Jean Halfen, de Joëlle Aubron, de Jean-Marc Rouillan, entre autres, sur l’histoire d’Action Directe et la réalité de la répression étatique qui a suivi l’arrestation de ses membres.
    Ce film, témoignage des combats d’une époque, est aussi l’affirmation d’un mouvement de solidarité avec ces prisonnierEs politiques et un superbe —Pierre Carles oblige !— moyen de les soutenir.

Publié dans Au Coffre-Fort

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