Une manif ne fait pas le printemps !

Publié le par le groupe Lucio

L’USS organise le 23 septembre une grande manifestation sur la question des salaires. Toute mobilisation peut être l’occasion d’une bonne lutte. Mais sans illusion. L’appareil syndical veut une mobilisation ponctuelle, sans lendemain. Il ne veut surtout pas de conflits qui se durcissent, s’étendent, se généralisent.
    Les grandEs chefFEs syndicaux ont une peur bleue que les salariéEs résistent, prennent leurs luttes en main et ruinent, par leur action, la paix sociale. À un moment donné, si le combat devient trop dur, donc incontrôlable, l’appareil saborde la lutte plutôt que d’assumer une situation qui lui échappe. Telle est la leçon de la Boillat. Les dirigeantEs ont préféré bloquer et miner la grève plutôt que de risquer un rapport de forces nouveau, qualitativement supérieur, avec à la clé une crise majeure de la paix du travail.

    Les dirigeants s’accrochent à leur fonction négociatrice, aux millions des contributions professionnelles alors même que la bourgeoisie est en train de liquider les acquis que le syndicalisme de concertation avait assuré par le passé à une partie, et à une partie seulement, des classes travailleuses. Sous nos yeux, pan par pan, le monde de la paix du travail s’écroule. Les assurances sociales sont systématiquement dégradées. Les services publics sont frappés de plus en plus dur.
    Les conventions de travail sont inexistantes dans l’essentiel du secteur tertiaire, pourtant majoritaire dans le salariat de ce pays. De plus en plus souvent, là où des CCT se maintiennent, les garanties collectives traditionnelles sont limitées à l’extrême, voire liquidées. Les CCT, trop souvent, introduisent la flexibilité du travail, l’appropriation des gains de productivité par le seul patronat, l’acceptation des rationalisations et des restructurations, la baisse effective des salaires. En un mot, la précarité.
    Elles se révèlent aussi une arme idéale pour interdire la grève, moyennant les dispositions de paix du travail. C'est pour cela que de nombreux patrons continuent à les signer. Elles coûtent peu et permettent de désarmer les travailleurs/euses.
    Le destin des conventions collectives de travail dans les anciennes grandes régies fédérales, postes ou transports, montrent combien ces accords ne mettent aucun obstacle aux restructurations les plus féroces. Il n’y a que dans le bâtiment que quelques succès défensifs, liés à une tradition de mobilisation plus affirmée, ont pu être obtenus.
    L’appareil de l’USS ne veut pas de la construction d’un rapport de forces sur le long terme, en profondeur. C’est pourtant la seule voie pour briser subordination de l’appareil aux exigences de la valorisation capitaliste.
    L’actuelle situation permet aux chefFEs syndicaux de maintenir leur rôle de négociateurs/trices. Mais c’est un statut de plus en plus précaire. Des secteurs croissants de la bourgeoisie frappent les relais militants du syndicalisme institutionnel au moindre signe de résistance, voire tout simplement en cas de tentative d’organisation collective. Ces mêmes patrons cherchent désormais, de plus en plus souvent, à négocier avec des forces syndicales plus « modérées » que l’USS. Des syndicats purement et simplement « jaunes ». Ou alors les employeurs prétendent tout simplement « négocier » avec les seules commissions du personnel à leur botte.

La tentation est très grande pour les élites syndicales de répondre avec davantage encore de modération.
    La dégradation ne pourra se poursuivre longtemps sans une transformation irréversible de l’actuel appareil syndical. Il ne s’agira pas d’une nouvelle perte de sa traditionnelle fonction réformiste, bien mal en point depuis longtemps, mais bien de sa transformation en une machine d’encadrement de la main d’œuvre totalement subordonnée au commandement capitaliste.
    Un autre syndicalisme est possible, nécessaire et urgent !

Rebellion no 38, feuille d’agitation distribuée le 23 septembre 2006 par nos camarades de l’Organisation socialiste libertaire à la manif syndicale de Berne.

Publié dans Colère ouvrière

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