Mieux vaut tard que jamais

Publié le par la Rédaction




Avant

«Kojève, qui n’avait pas son pareil pour saisir le vif, enterra le Mai français d’une jolie formule. Quelques jours avant de succomber à une crise cardiaque dans une réunion de l’OCDE, il avait déclaré au sujet des “événements” : “Il n’y a pas eu de mort. Il ne s’est rien passé.” Il en fallut un peu plus, naturellement, pour enterrer le mai rampant italien. Un autre hégélien surgit alors, qui s’était acquis un crédit non moindre que le premier, mais par d’autres moyens. Il dit : “Écoutez, écoutez, il ne s’est rien passé en Italie. Juste quelques désespérés manipulés par l’État qui, pour terroriser la population, ont enlevé des hommes politiques et tué quelques magistrats. Rien de notable, vous le voyez bien.” Ainsi, grâce à l’intervention avisée de Guy Debord, ne sut-on jamais de ce côté-ci des Alpes qu’il s’était passé quelque chose en Italie dans les années 70. Toutes les lumières françaises à ce sujet se réduirent donc jusqu’à aujourd’hui à des spéculations platoniques sur la manipulation des BR par tel ou tel service de l’État et le massacre de Piazza Fontana. Si Debord fut un passeur exécrable pour ce que la situation italienne contenait d’explosif, il introduisit en revanche en France le sport favori du journalisme italien : la rétrologie. Par rétrologie — discipline dont l’axiome primordial pourrait être “la vérité est ailleurs” —, les Italiens désignent ce jeu de miroirs paranoïaque auquel s’adonne celui qui ne peut plus croire en aucun événement, en aucun phénomène vital et qui doit constamment, de ce fait, c’est-à-dire du fait de sa maladie, supposer quelqu’un derrière ce qui arrive — la loge P2, la CIA, le Mossad ou lui-même. Le gagnant sera celui qui aura fourni à ses petits camarades les plus solides raisons de douter de la réalité.»
Tiqqun no 2, 2001, «Ceci n’est pas un programme».


Après

«Rien ne permet d’expliquer que le département du renseignement et de la sécurité algérien suspecté d’avoir orchestré, au su de la DST, la vague d’attentats de 1995 ne soit pas classé parmi les organisations terroristes internationales. (…) Il s’agit, par tout un luxe de provocations, d’infiltrations, de surveillance, d’intimidation et de propagande, par toute une science de la manipulation médiatique, de l’“action psychologique”, de la fabrication de preuves et de crimes, par la fusion aussi du policier et du judiciaire, d’anéantir la “menace subversive” en associant, au sein de la population, l’ennemi intérieur, l’ennemi politique à l’affect de la terreur.»
Julien Coupat, «La prolongation de ma détention
est une petite vengeance»
, Le Monde, 26 mai 2009.

Publié dans Debordiana

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