Un regard sur le système de la République islamique en Iran à travers des évènements récents

Publié le par la Rédaction


Analyse de Mahchid, une camarade réfugiée iranienne de la CGT Transport, à propos de la situation en Iran. Cette camarade viendra fin octobre à Besançon pour présenter la situation du mouvement ouvrier en Iran aujourd’hui.


Le peuple iranien s’est élevé contre trente ans de dictature et de bâillonnement de la République Islamique. Le coup d’état électoral de Khamenei – Ahmadinejad a été une étincelle dans une poudrière de trente ans de colère et de dégoût du peuple iranien contre tout le système de la République islamique. Nous assistons à l’expression d’un ras-le-bol général qu
’il faut distinguer des contradictions et ambitions politiques des factions au sein du régime de la République islamique.

La protestation populaire se poursuit en Iran, malgré la répression impitoyable de la milice islamiste (bassidj), les forces de l’ordre, les gardiens de la révolution (Sepahe Pasdaran) et les civils du ministère de l’Information. Malgré les déclarations successives de Moussavi et sa Vague verte, destinés à inciter les gens à rentrer chez eux, depuis 13 juin 2009, sous prétexte qu’il n’a pas l’autorisation du ministère de l’Intérieur pour la manifestation et la tentative de la Vague verte de récupérer les protestations populaires à son compte, en propageant des slogans religieux dans les manifestations, force est de constater que les jeunes continuent à combattre dans les quartiers, qu’ils affirment avec détermination et courage le sens de leur lutte en visant le régime de la République islamique dans sa totalité. C’est donc bien l’avenir du pays, et non celui de Moussavi qui est en jeu.

Les luttes du peuple iranien contre le système de la République islamique datent de 30 ans. Elles ne sont pas commencées depuis le coup d’État électoral. Mais ce coup d’État était un élément déclencheur des protestations récentes. Dans ce sens, la dynamique qui traverse actuellement la société iranienne, aujourd’hui la rend transparente, et le monde entier peut voir cette ligne de démarcation qui partage le peuple et son ras-le-bol, de ce régime sinistre avec ses différentes composantes qui s’affrontent entre eux.

Depuis l’annonce de la réélection d’Ahmadinejad le 12 juin 2009, la concurrence larvée entre les différentes factions au pouvoir s’est transformée en guerre ouverte. Quatre candidats, issus du sérail islamiste, ont eu la bénédiction du «Conseil de Surveillance» à concourir, mais le Guide suprême et le clan au pouvoir avaient désigné le vainqueur bien avant les élections. Ceux qui «défient» le clan Ahmadinejad ne sont pas des opposants traditionnels de la République islamique, mais il s’agit des fidèles et acteurs clés ayant joué un rôle majeur dans la mise en place du système de la République islamique en 1979.

Le clergé chiite, malgré des contradictions importantes en son sein, a toujours eu de l’influence dans des différentes institutions du régime, car il est la colonne vertébrale du régime. Tant que Khomeiny était vivant, il arrivait à unir toutes ces institutions parallèles au sein du pouvoir. Chaque fois qu’il y avait divergences entre les composantes du système, il mettait l’accent sur l’intérêt de l’islam et ainsi il jouait le rôle de l’unificateur au sein du régime. Mais avec la mort de Khomeiny, non seulement son successeur n’avait pas le même profil mais aussi il était contesté par une grande partie du clergé. Ainsi à sa mort, les divergences entre les factions du régime ont éclaté.

Bien que les deux tendances rivales soient d’accord sur l’existence du système de la République islamique, elles veuillent assurer cela avec deux méthodes différentes. Les «réformateurs» veulent, tout en augmentant le contrôle sur la société, assouplir un peu le cadre strict de la vie sociale. Par exemple autoriser les femmes à devenir président de la République ou laisser les femmes de sortir du pays sans avoir l’autorisation préalable de leurs époux. Mais la tendance «conservatrice» estime qu’il faut continuer la répression de la population pour pouvoir préserver le système de la République islamique.

La candidature de Mohsen Rézaï, premier dirigeant des pasdarans (les Gardiens de la révolution) désigné par Khomeini dès 1979, contre Ahmadinejad, lui-même ancien pasdaran, indiquait déjà les divisons qui traversent cette organisation militaire placée sous l’autorité directe du Guide suprême. Selon plusieurs sources, une vingtaine d’officiers des pasdarans de haut rang auraient été arrêtés.

Khamenei, dans son prêche du 19 juin 2009 (le premier après les élections et ensuite la révolte populaire), contrairement à ce qu’attendait son entourage, s’est montré incapable de trouver les mots réconciliant toutes les fractions du régime afin de rétablir l’ordre au sein du pouvoir. Il était net et précis. Khamenei s’est aligné sur Ahmadinejad. Il a en fait annoncé officiellement sa complicité dans le coup d’État électoral.

Ce discours a bien changé les mots d’ordre des manifestants du jour au lendemain. «Moussavi, nous te soutenons», «Où est passé mon vote ?», etc. se sont transformés en «À bas Khamenei», «À bas la République islamique». Les femmes et les jeunes dépassent complètement, depuis longtemps, le cadre du système islamique avec leurs luttes quotidiennes.

Bien loin de soutenir Moussavi, la population, par sa mobilisation spontanée, a accentué les divisions au sein du sérail, affaiblit la dictature religieuse et a poussé celle-ci à l’implosion.

La répression sanglante, les arrestations, l’interdiction des journalistes et la coupure des réseaux téléphoniques et d’Internet n’ont pas empêché le développement du mouvement. Le discours menaçant de Khamenei le 19 juin 2009 et l’interdiction des manifestations n’ont pas entamé leur détermination. Les forces anti-émeute, la police secrète, les bassidjis et les nervis à la solde du régime ont tout fait pour empêcher la manifestation du samedi 20 juin sans succès. À Téhéran, les affrontements ont éclaté rapidement et le bilan est sanglant : des dizaines de morts, des centaines d’arrestations et de blessés et un nombre indéterminé de disparus.

Depuis, les nervis du régime et les bassidjis quadrillent Téhéran et les grandes villes, empêchant tout rassemblement. Pour autant, pas un jour ne passe sans tentative de manifestation et la mobilisation prend d’autres formes. Les protestations sont maintenant propagées dans tous les quartiers au lieu d’un seul lieu de rassemblement ou un seul parcours de manifestation. Les mères des prisonniers politiques et des disparus ont appelé à se rassembler dans tous les parcs des différentes villes tous les samedis de 19 heures à 20 heures.

Contrairement aux adjectifs que les médias occidentaux collent sur les candidats officiels de la République islamique, comme «démocrate» ou «conservateur», les quatre candidats font partie des composantes du système de la République islamique. C’est très difficile d’appliquer l’étiquette «démocrate» à ces personnages candidats aux élections qui ont tous exercé et exercent toujours des fonctions extrêmement importantes au sein du régime. Il faut rappeler que les quatre candidats s’estiment fidèles à la Constitution islamiste et au Guide suprême et insistent sur l’existence du système de la République islamique. Dans la Constitution de la République islamique, il est clairement stipulé que le pouvoir appartient à Dieu et à son représentant qui est le «Guide suprême». Ce raisonnement qui gouverne depuis 30 ans en Iran, montre bien que l’étiquette de «démocrate» ne colle à aucun des candidats.

Les quatre candidats ont participé aux exécutions sommaires des années 80 des communistes et progressistes et des minorités, à la fermeture des universités pendant deux ans pour les «purger des éléments athées», au massacre au Kurdistan et au
Sahara turkmène, et à la mise en place des lois de la Charia, etc. (la liste est longue !)

Il faut noter que Moussavi n’est pas un réformateur, c’est la tendance modérée des conservateurs. Le «meilleur réformateur» que la République islamique n’ait jamais eu au pouvoir c’est Khatami, qui n’a jamais rien réformé. Le réformisme au sein du régime n’est qu’une illusion dans le but de sauver le régime de sa crise politique. Durant 30 années de la République islamique, les différentes tendances au sein du clergé ont essayé de mettre à jour l’islam en tant qu’un système politique mais en vain. En fait, la réforme pour un système basé sur les lois divines sera de le vider de son contenu religieux. Autrement dit, il sera la question de la séparation complète de la religion et le pouvoir politique. C’est-à-dire le clergé prendrait son retrait de la scène politique. D’où l’échec du régime dans ses tentatives de «moderniser» l’islam.

L’étiquette «réformatrice» et «conservatrice» pour les candidats présidentiels en Iran, sont des étiquettes fabriquées par les médias occidentaux pour distinguer les uns aux autres et à l’occasion cultiver l’illusion sur une tendance au sein du régime. Ces étiquettes ne collent pas à la réalité politique des différentes factions du gouvernement iranien !

Pour connaître mieux la situation politique actuelle en Iran, il est nécessaire de connaître les quatre candidats aux élections présidentielles.

Mohsen Rezaï : En 1981, Rezaï a été désigné par Khomeiny, pour diriger le corps des Pasdaran (Gardiens de la révolution), l’armée d’élite de la République islamique. Il est resté à ce poste jusqu’en 1987. C’est la première force de répression en Iran. C’est une sorte d’armée séparée avec sa propre marine, son aviation, son ministère et sa milice de volontaire : les bassidjis qui tabassent actuellement les manifestants. L’organisation des Gardiens de la révolution islamique supervise aussi la milice islamiste (les bassidjis). En dehors de son passé criminel à l’intérieur du pays entre 81 et 87, Rezai est visé par un mandat d’arrêt international lancé par l’Argentine pour son rôle dans l’attentat à la bombe commis en 1994 contre le siège de l’organisation juive Amia (85 morts).

Après sa démission des corps des Pasdaran, il a été désigné par Khomeiny, en tant que secrétaire du Conseil de Discernement. Il dirige la commission de l’économie du Conseil. Il est aussi dans le groupe de travail du gouvernement pour mettre en place le plan politique pour attirer les investissements étrangers.

À 72 ans, Karoubi, qui a présidé deux fois le Parlement (dont de 2000 à 2004), était arrivé troisième au premier tour en 2005. Lors de cette élection, il avait mis en cause une ingérence des milices islamiques qui appuyaient Ahmadinejad. Il est également le chef du parti de la Confiance nationale. Karoubi avait été désigné par Khomeiny, en 1980, pour diriger la Fondation des martyrs, le centre financier le plus important du clergé en Iran. Il a été mis en cause indirectement pour de grandes corruptions au sein de cette fondation.

Quant à Moussavi, qui se proclame réformateur pour cristalliser tous les espoirs et récupérer le mouvement grandissant, le peuple iranien n’a rien à en attendre :

Mir Hossein Moussavi, dit un «conservateur modéré» et principal rival d’Ahmadinejad pour la Présidentielle du 12 juin 2009. Il était passé dans l’ombre après avoir servi comme Premier ministre pendant la guerre irano-irakienne.

Il a été un des fondateurs du Parti islamique qui a soutenu Khomeiny après le départ du Shah.

Moussavi est connu pour son rôle dans «le massacre des prisons» durant les années 80. Des dizaines de milliers de prisonniers politiques avaient alors été exécutés.

Moussavi a dirigé le gouvernement iranien de 1981 à 1989. À peine deux ans après la Révolution islamique en 1979, Khomeiny lui a confié cette responsabilité des années les plus sombres du régime islamiste. Il est connu pour être l’un des principaux acteurs de la répression de l’opposition durant cette période. Il a été aussi le chef de gouvernement qui envoyait, pendant la guerre contre l’Irak, les enfants en première ligne dans les champs de mines avec en pendentif une clef en plastique pour le paradis d’Allah.

Donc Moussavi est bien depuis 1979 l’un des principaux piliers de ce sinistre régime. Après avoir été Premier ministre il a ensuite servi de conseiller aux présidents Akbar Hachémi Rafsandjani (1989-1997), et Mohammad Khatami (1997-2005).

Il se définit très attaché aux principes de la Révolution islamique de 1979. Dans son programme, il fait de l’économie sa priorité et entend s’attaquer à l’inflation (supérieure à 35% en Iran).

Il veut remettre en place cette politique «pure» des années 80 et revitaliser les principes fondamentaux de la République islamique.

Il est par ailleurs membre du Conseil de Discernement, un organe d’arbitrage dirigé par Hashemi Rafsandjani.

Dans son programme il s’est engagé à ramener la stabilité dans une économie secouée par la politique menée par Ahmadinejad. En politique étrangère, il veut changer l’image «extrémiste» du pays à l’extérieur. Une référence aux déclarations d’Ahmadinejad, que ce soit contre Israël ou les occidentaux.

Dans sa cinquième déclaration datée du 21 juin 2009, il dit clairement : «Le fait que les jeunes ont crié "Dieu est grand" dans les rues, c’est un miracle puisqu’ils s’étaient éloignés des valeurs divines.
» Il reproche à ses adversaires de traiter ces jeunes qui crient «Dieu est grand», de vouloir faire une «révolution de velours». Ainsi il se passe pour le sauveur de la République islamique en donnant un tournant divin à la campagne électorale et ainsi en ramenant les jeunes vers les valeurs islamiques. Il finit sa déclaration ainsi :

«En tant que frère pour trouver de nouvelles solutions, je demande, spécialement aux jeunes de ne pas laisser les menteurs et les tricheurs vous voler le flambeau de défense du système islamique. Ne pas les laisser vous confisquer l’héritage précieux de la Révolution islamique. Ayez confiance en Dieu et l’espoir en l
avenir en vous reposant sur vos capacités, menez vos démarches désormais sans violence et selon la législation. Le bassidji (milice islamiste) n’est pas en face de nous mais il est notre frère. Le pasdar (gardien de la révolution) n’est pas en face de nous mais il le protecteur de la Révolution et de notre système islamique. L’armée n’est pas en face de nous, elle est protectrice de nos frontières. Nous ne sommes pas en face de notre système sacré et de ses structures légales. Ces structures assurent notre indépendance, notre liberté et notre République islamique.»

Le régime de la République islamique n’est pas par nature une démocratie. C’est un régime théocratique islamique. Le Coran et la Charia sont sources de loi et le régime est en fait conduit par un «Guide spirituel» : hier Khomeiny aujourd’hui Khamenei.

Moussavi parle clairement dans sa neuvième déclaration datée du 30 juin 2009 de la confiance du peuple en la République islamique depuis 30 ans et qui a été brisée le 12 juin 2009 suite à la fraude électorale ! Il demande aux dirigeants de se saisir sinon il y a un danger potentiel contre le système islamique. Il leur dit «Nous devons retourner vers l’islam, l’islam pur de Mohamed. Nous devons retourner vers notre Constitution que nous l’avons œuvré avec beaucoup d’espoir.»

Alors que ce à quoi nous avons assisté ces derniers temps, a montré clairement le ras-le-bol général d’une population qui ne supporte plus ce régime et qui n’a jamais eu confiance en ce dernier.

Cette Constitution dont Moussavi instamment s’y inscrit, a pour caractéristique de considérer le peuple comme un troupeau et le Guide comme son berger et le représentant de Dieu sur terre ! Nous citons ici quelques articles de cette Constitution que Moussavi et sa Vague verte veulent renforcer :

Article 2 de la Constitution de la République islamique d’Iran qui traite des Principes Fondamentaux :
«La République islamique est un système basé sur la croyance en un seul Dieu. Sa souveraineté exclusive et son droit de légiférer et la nécessité de soumission à ses commandements…»

Article 56 :
«La souveraineté absolue sur le monde et l’homme appartient à Allah…»

Article 57 :
«Les pouvoirs de gouvernement dans la République islamique sont investis dans la législature, le pouvoir judiciaire et les pouvoirs exécutifs, fonctionnant dans la surveillance du Leader religieux absolu.»

Nous trouvons aussi la trace de cette Constitution, basée sur la charia, dans le Code pénal islamique d’Iran :

Article 91 du Code pénal islamique : «Chaque musulman adulte de l’un et l’autre sexe, coupable du crime d’adultère sera puni publiquement, s’il est célibataire avec une pénalité de cent coups du fouet et l’emprisonnement d’une année. Autrement la peine de mort en lapidant, sera prononcée quant à un couple marié ou divorcé. Quant à une femme enceinte la peine de lapider ou fouetter sera différée jusqu’à après l’accouchement…»

En effet, Moussavi voulait renforcer l’application d’une Constitution avec laquelle le régime de la République islamique a instauré ses 30 ans de terreur en réprimant les luttes des peuples en Iran.

Ahmadinejad, 52 ans veut «juste servir le peuple». Il se présente comme un dévot de l’islam et un homme du peuple. Il fait ainsi fréquemment référence au «Mehdi», le douzième imam de l’islam chiite, dont les fidèles croient qu’il reviendra sur terre pour y instaurer un règne de justice.

Il a aussi conservé une apparence très simple, se vêtant modestement avec un blouson.

Il est notable de signaler que les dirigeants de la République islamique, pendant la guerre irano-iraquienne, reconnaissaient l
imam Hussein (le troisième imam des chiites) comme le symbole du martyre pour l’Islam. Nous trouvons les références de cet imam dans tous les discours guerriers des dirigeants de l’époque pour motiver la troupe de continuer la guerre sainte ! Mais il se trouve que cet imam ne les a pas conduits à la «victoire sacrée» qui était «la conquête de Karbala» et il les a plutôt conduits à l’échec. Le slogan du régime étant «la guerre sainte jusqu’à la victoire», avec Mehdi, il trouve son compte puisque pour l’apparition de Mehdi, il faut mener la guerre sainte jusqu’à la disparition de pêchés sur terre ! Il faut savoir que ces références de l’islam chiite ont toujours eu un impact important dans la définition de la politique intérieure et extérieure du régime quelle que soit la tête qui dirige le pays.

Ahmadinejad, c’est le populiste fasciste, qui joue sur la peur de l’étranger et les pseudo postures nucléaires et négationnistes. Il incarne le refus de l’Iran de suspendre son programme nucléaire. Sur ce terrain, il réunit toutes les tendances du régime autour de lui ; «conservateurs» et «réformateurs».

Son bilan économique est désastreux comme celui des autres candidats. Il a entraîné une forte inflation mais aussi plus de pauvreté et de chômage. Depuis la Révolution islamique, le taux de la misère et du chômage n’a jamais cessé d’augmenter. Les gouvernements successifs ont dépouillé la richesse du pays chacun à son tour.

Ahmadinejad prétendait, lors de la campagne électorale de 2005 «mettre l’argent du pétrole sur la table des gens» !!

Ahmadinejad a donné aux pasdaran des postes clés dans des ministères importants comme le pétrole ou le nucléaire.


Il a annoncé sa fidélité aux valeurs de la Révolution islamique et a bénéficié jusqu’ici d’un soutien quasiment sans faille du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei.


Que se passera-t-il ? Difficile à prévoir. Quoi qu’il advienne, les choses ont déjà changé. Le Guide suprême est contesté dans son choix. Or précisément, un Guide suprême n’est pas censé se tromper. Les choses ont changé car le régime dans sa totalité a peur. Il a peur parce que le peuple l’a désavoué dans les rues. Khamenei tremble sur son trône de cette déstabilisation politique sans précédent.


Ainsi, les candidats à la Présidentielle ne le sont que parce qu’ils ont reçu l’autorisation de ce régime de se présenter à cette élection. Ce sont tous des candidats «officiels» !


Comme toujours en République islamique, les candidats sont des caciques du régime, qui représentent des intérêts différents. Il s’agit d’une lutte d’influence acharnée entre les factions au pouvoir. L’enjeu est le contrôle de la rente pétrolière, de l’import-export et de l’économie plus largement et mener à bien le capital.


Les médias veulent transformer Moussavi en dirigeant de ce mouvement alors qu’il n’est rien d’autre qu’un fidèle au système de la République islamique. Par conséquent, il ne peut pas diriger un mouvement qui vise le système de la République islamique dans sa totalité.


Le régime de la République islamique se maintient par la terreur et l’oppression depuis 30 ans, mais cela ne fonctionne que tant que les masses demeurent effrayées et inertes. Le régime veut se venger des jeunes qui ont affirmé leur opposition au mépris de la peur et de la mort. Une fois que le peuple laisse sa peur du régime de côté et entre en action, la répression, la police secrète et toutes ses effroyables méthodes s’avèrent souvent impuissantes.


La ligne de démarcation avec le régime de la République islamique dans sa totalité, peut donner à ce mouvement la cohésion et la force nécessaires. La lutte pour de véritables droits démocratiques, la liberté d’expression, le droit de grève, le droit de tenir des élections libres, de constituer des syndicats libres et des partis politiques ainsi que pour la justice sociale et l’abolition de toutes les lois discriminatoires et châtiments islamiques contre les femmes, séparation de la religion et de l’État, et les droits des peuples opprimés et des minorités religieuses passera par le renversement du système de la République islamique en tant que structure économique, politique, culturelle et juridique.


Ces Iraniens, qu’Ahmadinejad a traités de «poussières», se sont soulevés. Et ces grains de poussière marqueront l’histoire.


Mahchid Modjaverian et Azar Darakhshan
CGT ADDSEA, 4 septembre 2009.

Publié dans Internationalisme

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