La police travaille au Champ de Mars

Publié le par la Rédaction

Après l’exam, l’épreuve de matraquage

Violences. À Paris, des lycéens fêtards agressés par des CRS.

C’était l’une des soirées les plus longues de l’année. L’une des soirées dont Raphaël, Maxime et Valentin devaient se souvenir longtemps. Ils venaient de finir les épreuves du bac. Les résultats n’étaient pas encore tombés, mais pourquoi attendre ? Cette nuit du 24 au 25 juin, ils faisaient la fête, mais ça a mal tourné.

Il est trois ou quatre heures du matin, ce soir-là. Raphaël est avec sa trentaine de potes de Mennecy en Essonne, assis sur la pelouse du Champ de Mars. «On jouait de la musique», se rappelle Raphaël. Depuis plusieurs années, c’est un point de rendez-vous pour célébrer la fin de la vie lycéenne. Ils ont «un peu» picolé, mais «sans plus». Il est tard, un de ses amis s’embrouille avec sa copine. «Elle avait flirté avec un mec.»

Lèvre. De loin, les CRS scrutent la scène. Pas très fin, le type insulte sa copine. Raphaël l’attrape par la taille et lui dit : «Calme-toi !» «C’était sans violence. Il ne m’a pas poussé», précise-t-il.

Pendant ce temps, des CRS s’approchent. Raphaël se retourne, fait face à un CRS. «Il était à 1 m 50 de moi. Sans me prévenir, il m’a mis un coup de poing.» Sa lèvre éclate. «J’ai été déséquilibré. Il m’a mis un coup de matraque dans le genou droit. Je tombe au sol. Il me fait une clef de bras, Je suis à plat ventre, il me met son genou sur le dos. J’ai essayé de lui expliquer que je ne comprenais pas, que je n’avais rien fait. Il me répondait : “Ta gueule, ta gueule.” Au bout de quelques secondes, il m’a relâché, je suis parti.» Son ami a droit à un traitement similaire.

Interloqués, les lycéens tentent de parlementer avec les CRS, de comprendre. Raphaël est à l’écart : «Je boitais.» Les CRS lâchent un chien sur Maxime, il écope de coups de matraque, tombe sur le sol, s’ouvre le coude, saigne abondamment. «Ils nous insultaient, nous provoquaient, cherchaient à ce qu’on s’énerve», dit le jeune homme. Deux amies ramassent l’une un coup de matraque à la cheville, l’autre dans le dos. Deux garçons se font embarquer. Le premier est relâché 500 mètres plus loin, le deuxième a «ramassé des baffes au poste», dit Valentin, un autre lycéen. Ce dernier a lui-même été agrippé à la gorge par un policier. Les CRS lui auraient déclaré : «Les coups, c’est gratuit.»

Béquilles. Le lendemain matin, dans son lit, Raphaël est groggy. Sa jambe lui fait mal. «J’étais seul chez moi, j’ai appelé le Samu.» Le médecin diagnostique une interruption temporaire de travail de quinze jours. «J’ai un œdème au genou et un hématome au mollet.» Six semaines de béquilles. «Je devais faire un stage pour mon Bafa de trois semaines en juillet.» Il a annulé. Tout ça alors qu’il n’y avait «même pas de prétexte», regrette Valentin. Et Maxime de constater : «On s’est fait embrouiller.» Hier la préfecture de police de Paris expliquait «ne pas être au courant» de cette affaire.

Leur presse (Gaël Cogné, Libération), 16 juillet 2009.

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