Un 13 juillet à Montreuil

Publié le par la Rédaction

Quatrième communiqué
de l’Assemblée de la Clinique en exil


Condés hors de nos quartiers

La clinique occupée à Montreuil n’a jamais été un centre culturel ou alternatif, mais un lieu d
organisation politique et de mise en question de la gestion de la ville et de nos vies. Se permettre d’occuper des espaces vacants, que ce soit pour accéder à autre chose qu’un logement insalubre ou minuscule, ou se donner les moyens déviter le travail salarié. S’organiser pour se rassembler en cas d’arrestation de sans-papiers, soutenir, rendre visible, empêcher. Se réunir pour soutenir des prisonniers pris dans l’épouvantail antiterroriste. S’organiser face aux institutions sociales pour éviter le contrôle permanent pour avoir un bout de RSA ou pour débloquer des cas individuels en occupant la CAF. S’organiser pour empêcher la venue de Nicolas Sarkozy ou Dieudonné. Des magasins gratuits dans la rue, un journal mural hebdomadaire, des barbecues et cantines, un ciné-club et des projections, des concerts… La Clinique c’est tout cela et bien d’autres choses.

Mercredi dernier, c
est tout cela qui sest fait expulser par deux cent flics suréquipés occupant la Croix de Chavaux, le RAID bastonnant les habitants pour les arracher du toit. Le soir même, lors d’une déambulation de protestation, cinq personnes se font tirer au flash-ball au niveau de la tête. L’une d’elles est atteinte à lœil, et le perd. Seules la préfecture et la presse minimisent toujours ces blessures et font mine de douter du lien entre le tir et cette mutilation.

Et pendant que nous nous faisons soigner, la police se couvre : le commissariat saisit l’IGS et le parquet charge lourdement deux personnes arbitrairement arrêtées ce soir-là. Exactement comme le 4 juin 2008, quand le même commissariat de Montreuil avait utilisé ces deux outils bien rodés après une violente charge contre une manifestation de protestation à l
arrestation dun sans-papier : saisie de l’IGS et inculpation des manifestants blessés, dont un par flash-ball. Déjà. Alors qu’un an plus tard les personnes mises en cause étaient relaxées grâce aux nombreux témoins, l’enquête de l’IGS n’avait donné lieu à aucune poursuite, tout comme celles de la CNDS (Commission nationale de la déontologie de la sécurité) qui pourtant condamnait une «intervention disproportionnée». Les fins tireurs de la BAC ce mercredi étaient-ils les mêmes ?

Ils exploitent, raflent, expulsent, tuent : Autodéfense

Il n
y a pas à sétonner de la violence policière. Nous continuerons à occuper la rue car c’est notre terrain de lutte et nous loccuperons sans attendre que la Commission de déontologie, l’IGS, les Verts, la Mairie, le PS, la justice, ou le pape jugent que la police a exagéré et qu’il faut intervenir contre les violences républicaines. «Nous sommes casqués car nous prenons la mesure des dangers que l’on encourt quand on manifeste notre colère dans la rue. Il nous faut être prêts à nous défendre si les flics nous attaquent.» Voilà ce quexpliquait le texte que nous avons lu et distribué aux quelques 500 personnes qui nous ont emboité le pas lors de la manifestation de lundi. Voilà pourquoi certains dentre nous étaient casqués, équipés pour se défendre face à la police. Voilà pourquoi des banderoles renforcées protégeaient la tête et la queue de la manif. Le déroulé de la manifestation montre que ces protections nétaient pas du luxe…

Les flics nous ont bloqué à diverses reprises. Les barrages ont été contournés jusqu’au marché de la Croix de Chavaux. Mais là, profitant du vaste espace de la place, les flics, gardes mobiles et fidèles BACeux, nous ont attaqué latéralement. De la peinture et des pétards ont bien été jetés par endroits vers les Robocops surprotégés, pour soutenir les banderoles dans leur résistance aux charges policières, mais onze manifestants, heureusement protégés de leurs coups par les banderoles, ont été isolés et placés en garde à vue. Ils ont été libérés sans suite judiciaire au petit matin, les flics n
ayant rien pour les charger juridiquement.

Dans la soirée, des vitrines de la rue piétonne, boîte d
interim («Tais-toi et trime»), EDF («Tu peux pas payer, on va te couper»), Quick («Boulot de merde, bouffe de merde»), agence immobilière («Ça va te coûter cher») tombent. Cest le Quatorze-Juillet. Dans tout le département, la police est débordée par les voitures qui brûlent et les feux dartifices dirigés contre eux. La police fait ce quelle peut. Au commissariat de Montreuil, une manifestante est enfermée avec une gamine de 10 ans, arrêtée parce quelle avait des pétards dans son sac.

La Boissière - Montreuil, 14 juillet 2009.

Notre défense collective ne se construira pas en un jour.
Contre toutes les polices, organisons-nous.

— Vendredi 17 juillet : Table de presse et diffusion de tracts au marché de la Croix-de-Chavaux ;
— Dimanche 19 juillet à 15 heures : Assemblée à la Parole errante, 9 rue François-Debergue métro Croix de Chavaux.


Texte diffé à la manif

Pourquoi sommes-nous casqués ?

Les mutilations au flash-ball se multiplient, et la tendance générale des pratiques policières de gestion de foule est à la banalisation de l’usage des armes «non-létales». Il nous faut en prendre acte, et cela passe d’abord par la réappropriation de pratiques aujourd’hui perdues, notamment en manif.  En 68 les CAL (comités d’action lycéenne) avaient pour mot d’ordre de se munir de bâtons et de casques de mobylettes, alors que les flics de l’époque étaient sous-équipés comparés aux BAC et autres Robocop de 2009. Aujourd’hui il est nécessaire de pouvoir se défendre, ne serait-ce que pour ne pas voir se multiplier les blessés graves.

Ne pas se laisser terrifier par la violence policière, se donner les moyens de continuer à lutter, c’est déjà se prémunir des conséquences de ce genre d’attaques. Nous ne pensons pas qu’il y ait de «bon» ou de «mauvais» usage du flash-ball. Le fait est qu’ils en sont équipés, et qu’ils l’utilisent contre nous.

Nous sommes casqués car nous prenons la mesure des dangers que l’on encourt quand on manifeste notre colère dans la rue. Il nous faut être prêts à nous défendre si les flics nous attaquent.

Si la manifestation est bloquée par une barrière de flics, nous tenterons de la détourner. La banderole de queue peut se transformer en banderole de tête.

Quelques conseils juridiques :
Au cours de la manif, faisons attention à ceux qui nous entourent.
Si quelqu’un se fait arrêter, prévenir au  06 15 69 42 68.
Les flics peuvent nous arrêter et nous placer en garde à vue. Un contrôle d’identité peut durer jusqu’à 4 heures. Une garde à vue, 48 heures. On a toujours le droit de ne rien déclarer, de ne répondre à aucune question. Il est préférable de ne rien dire car tout ce qu’on dit, même des choses anodines, pourront être retenues contre nous ou des copains. Il vaut mieux demander à voir un avocat, un médecin et à prévenir quelqu’un. Il est très important de refuser le prélèvement ADN (par la salive) et la signalisation (les empreintes digitales et les photos). Tout ce système de fichage leur permet en effet de nous accuser plus facilement. En cas de comparution immédiate (lorsqu’est proposé un procès tout de suite à la fin de la garde à vue), il est très important de la refuser, pour avoir le temps de préparer son procès.
Si vous voulez avoir sur vous le nom et le numéro d’un avocat, demandez les nous. Il sera comme cela plus facile pour nous de  savoir où vous êtes en garde à vue et si vous sortez car nous sommes en contact avec lui.

À vos slogans !


Les sinistres méthodes de la Bac de Montreuil

Un autre témoignage de Montreuil le 13 juillet.

Juste au moment de la charge et du gazage place de la Croix de Chavaux on a dû se disperser en deux groupes par diverses petites rues.

Comme j’ai des problèmes de souffle, un peu plus loin je me suis assis devant le porche d’une cité, arrive du fond de la cour de cette cité une quinzaine de Baceux très nerveux (visiblement ils cherchaient des manifestants qui s’y seraient réfugiés et les Baceux semblent très bien connaître le terrain sur Montreuil). L’un d’eux me remarque et dit à un de ses collègues : «Et celui-là on le contrôle ?» Un autre de lui répondre : «Non on fonce faut qu’on se fasse du crâne en flag.» Un autre me dit : «Qu’est-ce que tu fous là toi ?» Je réponds très calme ou le plus calmement possible : «J’attends ma copine.» Ils repartent en courant.

Grosse chance pour moi les Baceux n’ont pas repéré que mes fringues puaient la lacrymo sinon j’en suis sûr je me serais fait latter sévère, à coups de pieds, de poings, et de matraques télescopiques (les Baceux en avaient à la main et dans leurs poches arrière).

Un jeune du quartier n’aura pas ma chance, il se fait bousculer par un des Baceux une dizaine de mètres plus loin, a le tort de demander simplement : «Mais il se passe quoi ici monsieur ?» La réponse du Baceux : «Toi ta gueule, on t’a rien demandé, et tiens prends ça dans ta gueule pour les autres.» Le gamin se prend une énorme baffe alors qu’il n’a strictement rien fait ; son seul «crime» comme on dit, «avoir été là au mauvais moment au mauvais endroit».

Le gamin reste sur place complètement choqué ; je sors de sous le porche prudemment (les Baceux chargent dans la rue plus bas d’autres jeunes qui n’ont rien à voir avec la manif mais les jeunes réussissent à les semer) ; je vais le voir le gamin, je lui demande : «Mais qu’est-ce que tu as fait pour qu’ils te foutent une tarte comme ça sans raison ?», d’autres passants lui demandent aussi pourquoi.

Le gamin nous répond énervé (comment ne pas le comprendre) : «Mais vous rigolez, vous avez vu ma tête, j’suis un beur et un jeune beur en plus, les keufs à Montreuil ils nous détestent encore plus que les squatters de la Croix de Chavaux.»

On discutera ensuite d’autres trucs sur les keufs de Montreuil, ce que me racontera ce gamin est hallucinant, les flics à Montreuil c’est des insultes racistes permanentes, des contrôles d’identité jusqu’à deux à trois fois par jour sur les mêmes personnes et les jeunes de cette cité et de cette rue, des humiliations quotidiennes : rien de nouveau en Sarkozye dans ce pays qui sent de plus en plus la dictature larvée.

Je dis au revoir au gamin et je repars écœuré, je réussis à retrouver un peu plus loin d’autres copains et copines isolé-es qui ont pu sortir de la chasse à l’homme des Baceux qui continue en ville, on marche jusqu’à la porte de Montreuil car les collabos de la Ratp ont fermées les grilles des stations Croix de Chavaux et Robespierre.

Voilà, je tenais à apporter ce témoignage, j’ai eu de la chance, je me suis pas fait embarquer, j’apprendrai que d’autres copains et copines ne l’avaient pas eue cette chance, mais il faut que tout le monde sache ce qui se passe à Montreuil, Hortefeux le nouveau ministre de l’Intérieur et ses chiens de garde en bleu ont visiblement pris cette ville comme laboratoire de leurs délires sécuritaires de mort, à nous maintenant de continuer la mobilisation et de rester solidaires des habitants et des jeunes de cette ville, car à n’en pas douter la répression y sévira de nouveau.

Un manifestant du 13 juillet
Indymedia Nantes, 14 juillet 2009.


L’économie et la police (ou : Ce qu’il faut détruire)
Appel à manifester…

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