Iran Solidarité

Publié le par la Rédaction

Alors qu’une certaine gauche anti-libérale se mobilise en faveur du régime de la République Islamique ; alors que Chávez a chaleureusement félicité Ahmadinejad pour son élection et l’a saluée comme la «victoire pour un monde nouveau», comme il l’avait soutenu fin 2005 dans ses campagnes négationnistes et antisémites notamment (ce «socialisme des imbéciles» selon August Bebel), lors du concours des caricatures sur le judéocide et visant les juifs en tant que juifs (et non l’État d’Israël en tant qu’État sioniste et colonialiste) ; alors que les thèses complotistes semblent une fois de plus proliférer dans un schéma binaire aussi faux et mystificateur qu’il pouvait l’être à l’époque des blocs et de la guerre froide, nous savons qu’il existe en Iran d’autres paroles venues du bas de la société et se battant pour échapper à ces simplifications qui font le jeu à la fois de l’impérialisme et du pouvoir des mollahs.

Dans le mouvement de masse qui secoue l’Iran, il existe une dimension de classe, des syndicats indépendants et des révoltes ouvrières, une dimension féministe et des combats pour l’égalité et l’autonomie individuelle et collective qui peuvent aller contre les religions et les superstitions. 
En nous gardant de tout triomphalisme propice à des lendemains qui déchanteraient, ce sont ces mouvement-là, qui ne s’alignent ni sur le régime ni sur aucun des blocs et fractions du régime qui aspirent à gouverner le pays, que ce soit ceux de MM. Moussavi ou Karoubi, que nous devons soutenir et populariser.

Il est hors de question de s’aligner sur les campagnes hypocrites de l’Occident contre le «fondamentalisme» et pour les «droits de l’Homme» ainsi que sur ses éventuelles tentatives d’intervention politique et militaire dans ce pays. Nous nous opposons à l’OTAN et à toutes les interventions de type impérialiste, présentes et passées, et au rôle de l’État français et de son complexe militaro-industriel qui, après avoir soutenu la dictature sanglante du Shah, s’est empressé d’armer et de soutenir l’Irak de Saddam Hussein et de pousser ce pays à attaquer l’Iran dans une guerre particulièrement meurtrière de huit longues années (1980-1988).


De même que sur le nucléaire, nous refusons d’entrer dans ce choix imposé et biaisé. Nous ne nous battons pas pour le «droit au nucléaire iranien» même au nom du combat anti-impérialiste : nous nous battons pour la dénucléarisation totale, civile et militaire, de la planète ! Nous nous battons pour le démantèlement de toutes les installations, de toutes les armes de destruction massive à commencer par celles des grandes puissances politiques et militaires qui en font l’un des éléments-clés de leur domination impériale. Nous devons populariser toute information, analyse, prise de position s’inscrivant dans la perspective, de l’indépendance politique, de la lutte de classe, du combat contre toute forme d’exploitation économique et de domination (oligarchique, étatique, patriarcale, religieuse…), du combat pour l’émancipation et pour le socialisme libertaire.



Révolution en Iran. — Le mouvement de révolte populaire qui secoue l’Iran depuis les résultats de la mascarade électorale ne porte pas la question de qui doit gérer le régime des mollahs. Moussavi, ancien dirigeant de la république islamiste, responsable du massacre de milliers de prisonniers politiques dans les années 80, n’est en rien une alternative. Le mouvement de masse commencé le 12 juin ne s’en prend d’ailleurs pas qu’à Ahmadinejad mais au régime islamiste lui-même. Ce blog a pour but de diffuser des informations sur la lutte en Iran et sur les courants révolutionnaires qui y participent. À bas la république islamiste ! En Iran comme ailleurs, vive la révolution socialiste !


Un regard anarchiste sur les mouvements de protestation en Iran

L’interview suivante a été réalisée par ALB-Noticias, avec le soutien de José Antonio Gutierrez (collaborateur de Anarkismo.net). Payman Piedar, est un militant anarchiste exilé iranien qui a participé à de nombreuses initiatives libertaires aux États-Unis et au Pérou. Il a été rédacteur en chef de la revue anarchiste Nakhdar, publiée en anglais et en farsi. Dans cette interview, nous avons essayé d’élucider, au milieu des distorsions des médias occidentaux et de la censure des médias iraniens, les clés pour comprendre ce qui se passe réellement ces jours-ci en Iran. Si nous ne sommes pas devant un soulèvement révolutionnaire, on sait que dans la chaleur de l’agitation sociale se développent des possibilités de subversion populaire.

Il semble que ce soient les manifestations les plus importantes depuis la Révolution de 1979… Voyez-vous une continuité entre celles-ci et celles qui ont eu lieu récemment ?

Oui c’est vrai que ces mobilisations ou manifestations sont les plus fortes et les plus importantes depuis la révolution de 1979. En fait, c’est même ainsi qu’a commencé la révolution de 1979.

Le Shah, dictateur et marionnette de l’impérialisme yankee, a commis l’erreur de n’accepter aucune critique de son pouvoir absolu et la population, déjà lassée de son règne de si longues années de répression, a fini par se soulever et l’a envoyé dans les poubelles de l’histoire.

Oui, il y a une continuité, car, en réalité, la révolution, ou plutôt, l’insurrection de 1979, car, en réalité, il n’y a pas eu de révolution sociale, mais une révolution politique, un changement du pouvoir politique d’un régime monarchique à un régime religieux-théocratique. Révolution qui a été récupérée et accaparée par les mollahs (prêtres), avec l’ayatollah Khomeiny comme chef suprême, et avec laquelle a commencé une nouvelle époque du régime dictatorial.

Donc, le peuple aspire à la liberté et meurt pour elle comme pour le pain et l’eau. En particulier les jeunes — 65% de la société iranienne a moins de 30 ans —, qui en ont assez d’être humiliés et opprimés. Plus encore, ce mouvement apparaît comme une autre révolution, laquelle je l’espère, se poursuivra dans ce moment actuel, est la continuation de la révolution constitutionnelle de 1905 qui n’a jamais été achevée. Cette liberté, même si elle est de type bourgeois et limitée, est quelque chose que la société iranienne n’a pas connu jusqu’à maintenant. Et, important à savoir, le gouvernement démocratique de la bourgeoisie nationale du Dr Mosadegh n’a pas duré plus de deux ans, de 1951 jusqu’en août 1953, car les yankees et la CIA ont fait là leur première expérience de renversement de gouvernement, avant même de renverser Arbenz au Guatemala en 1954.

Dans quelle mesure penses-tu que les mobilisations actuelles pourraient affaiblir l’actuel régime théocratique ?

La réponse à cette question n’est pas facile. Tout dépend jusqu’où pourront aller ces mobilisations. Heureusement, l’aura, la «dignité» des mollahs, en particulier celle de Khamenei, qui est le plus haut chef religieux, la continuité de Khomeiny, ont été fracturées. Nous avons entendu le slogan «mort à Khamenei» et hier ils ont brûlé son portrait dans la rue Zanjan à Téhéran. C’est un signe très important. Les gens n’ont plus peur de personne.

On est presque au moment révolutionnaire dans lequel «ceux d’en bas ne supportent plus» comme disait Lénine mais il manque encore un peu pour que «ceux d’en haut ne puissent plus gouverner». Aujourd’hui, j’ai entendu que des ruptures se sont fait jour au sein des hauts dirigeants mollahs de Qom, qui est un peu comme le Vatican des chiites. Une faction a donné l’ordre d’arrêter la fille de l’ayatollah Rafsandjani, l’un des ayatollahs les plus puissants, riches et corrompus, qui a été président pendant 8 ans, entre 1989-97, et le lendemain, c’est-à-dire aujourd’hui, elle a été laissée libre. Rafsandjani détient deux positions importantes dans la hiérarchie du pouvoir, l’une d’elles est celle de chef de l’«Assemblée des experts», qui sont environ 80, et qui a le pouvoir d’élire ou de destituer le chef religieux suprême, dans ce cas Khamenei. Ainsi, si les événements et les manifestations se poursuivent pendant quelques jours ou quelques semaines, il est possible que cette assemblée vote la destitution de Khamenei. Qui prendra la place ? Ils peuvent mettre un groupe de huit (il y a déjà une rumeur à propos de cette possibilité) au lieu d’un dictateur unique. Ou, dans la meilleure des hypothèses, il est possible que le mouvement ne s’arrête pas jusqu’à la défaite totale du régime théocratique.

N’oubliez pas que nous sommes dans cette situation parce que Khamenei a commis l’erreur fatale d’approuver l’élection frauduleuse lors de son sermon religieux vendredi dernier [19 juin]. Par conséquent, il est très difficile qu’il fasse machine arrière ou que le peuple accepte ses excuses. Mais le dernier mot n’a pas encore été dit. La bourgeoisie et les chefs religieux peuvent aussi parvenir à un accord dans le dos du peuple et tenter de calmer la situation. Mais je vois difficilement cette possibilité.

Quel rôle ont joué les travailleurs jusqu’à présent dans ces manifestations ? Y a-t-il une possibilité que les mobilisations soient capitalisées en fonction des intérêts des classes populaires ?

Bien sûr qu’au sein de ces mouvements il y a des travailleurs de différents secteurs : commerce, services, indépendants, informels, précaires, marginalisés et sans emplois. Nous devons nous rappeler qu’il y a 25 à 35% de personnes sans emploi. Le secteur absent, pour le moment, qui est le plus important, est celui du pétrole et de la pétrochimie, majoritairement situé dans le sud du pays, près de la région du golfe Persique. Le jour où eux s’arrêtent et votent une grève générale, cela entraînera le succès de la révolution, ou plutôt, la défaite complète du régime théocratique. Pour tirer parti de ce mouvement dans l’intérêt des classes populaires, tout dépend de ce que secteur si important se joigne à cette mobilisation et y prenne des initiatives

On insiste constamment sur la mobilisation de l’opposition, mais les partisans d’Ahmadinejad se sont mobilisés en grand nombre, peut-être même supérieur à l’opposition (ce qui est ignoré par la presse occidentale pour des raisons évidentes) ; quel est le facteur qui mobilise les partisans du régime ?

Tout d’abord, les partisans du régime d’Ahmadinejad ne sont pas plus que ceux de l’opposition. En réalité, le vrai résultat de l’élection présidentielle a été le suivant : 19 millions et quelques pour Moussavi ; 13 millions pour Karroubi un autre «réformiste», 3 millions et quelques pour Rezaï, du même bord qu’Ahmadinejad, un peu «modéré», 5 millions et quelques pour Ahmadinejad et les votes nuls ont été de 1 million et demi.

Les partisans d’Ahmadinejad viennent principalement des secteurs populaires, qui ont reçu un bonus de 50 $ et des sacs de pommes de terre. Il y a également un secteur de retraités qui quelques jours avant le vote, ont reçu une forte augmentation de leur pension de retraite : avant ils recevaient 200 $ et maintenant 600 $. N’oublions pas que ce régime possède environ 3 à 5 millions de jeunes Basijis, une milice paramilitaire, comme les phalanges de Franco en Espagne, qui sont issus des secteurs populaires. Ainsi, leurs familles sont basiquement pro-régime, parce qu’elles reçoivent un salaire chaque mois. Mais il y a aussi un secteur minoritaire des étudiants qui ont aussi reçu le bonus de 50 $ au cours de la campagne électorale.

Je crois qu’il y a aussi un secteur heureux dans la classe moyenne inférieure parce Ahmadinejad, au cours de sa campagne, a rendu public (ce que tout le monde savait) certains noms des corrompus qui ont leurs propres mafias économico-politiques, comme Rafsandjani lui-même. C’est pourquoi ce secteur le soutient également.

Existe-t-il une différence de classe entre les deux parties ? Nous demandons cela parce que, en l’absence d’une alternative révolutionnaire consolidée et claire, la classe ouvrière et les pauvres en général sont souvent mobilisés pour des causes conservatrices…

Il y a peu de différence entre les blocs du pouvoir. Tous font partie du pouvoir bourgeois en général. Aucune ne «représente» la classe moyenne en général, sa couche inférieure ou les classes populaires. Tous sont en faveur des politiques économiques néolibérales, les privatisations, en faveur de l’OMC (Organisation mondiale du commerce), avec quelques différences mineures sur les subventions. Certains veulent donner un peu plus d’argent aux pauvres chaque mois, et d’autres veulent donner ces subsides en subventionnant le prix du pain, des transports publics et de l’assurance sociale

Politiquement, toutefois, l’opposition veut donner une image démocratique : en tolérant la liberté d’expression et en ne fermant ou ne censurant pas les journaux d’opposition, en n’appliquant pas la peine de mort pour les mineurs, en donnant plus de possibilités pour les femmes dans le secteur public. En ne distribuant pas des peines de prison pour les étudiants radicaux, en donnant «plus» de pouvoir aux femmes en matière de divorce, etc.

Ce qui est frappant sont les paroles mesurées d’Obama devant les manifestations, ce qui contraste avec soutiens bruyants et les vivats lancés par Bush et compagnie lors de manifestations de Kiev et de Beyrouth il y a quelques années… Pourquoi cette attitude de prudence ?

La position d’Obama est très diplomatique. L’impérialisme yankee est bien conscient que l’Iran n’est pas l’Irak, l’Afghanistan ou le Pakistan, ni Beyrouth ni Kiev. Il n’y a aucune possibilité qu’ils puissent envahir l’Iran, et même pendant l’administration Bush il n’y avait aucun plan pour agir comme cela a été fait en Irak. Encore moins maintenant que les choses ont bougés. Ils ne peuvent pas prendre de risques sur la situation interne en Iran.

Ils ne veulent pas que les choses empirent, car en fin de compte, il est mieux d’avoir quelqu’un qui ne coupe pas la production pétrolière dans la région… Il sait que les mollahs disent que «les États-Unis, l’Angleterre, la France, l’Allemagne sont en train d’intervenir en Iran…» pour non seulement détourner l’opinion publique iranienne, mais le monde entier. C’est la raison pour laquelle Obama a dit qu’il ne voulait pas qu’il soit interprété que les États-Unis se mêlaient des affaires intérieures de l’Iran. Mais hier, pour satisfaire les conservateurs, il a sorti la note suivante demandant : «que le gouvernement iranien ne réprime pas les opposants, qu’il ne soit pas si violent…»

De plus, les mollahs ont beaucoup aidé les yankees dans le travail de «stabiliser» la situation en Irak et en Afghanistan. En d’autres termes, les mollahs, subtilement, se sont placés en harmonie avec les intérêts géopolitiques des yankees. Mieux vaut ne pas prendre le risque d’aggraver cette situation très délicate. À ce niveau-là, pour les intérêts hégémoniques de l’impérialisme yankee, Obama est la meilleure carte dont ils disposent. Bush et sa politique sont déjà de l’histoire, du passé. Lors de son dernier voyage au Moyen-Orient, Obama a prononcé un discours à l’Université du Caire, la capitale de l’Égypte, en essayant de donner une image pro-islamique, pas comme l’ennemi du monde arabe. Il a également rendu visite au roi d’Arabie saoudite son éternel allié, les sionistes / fascistes israéliens. Tout indique qu’il essaie de donner une image consensuelle plutôt que la confrontation. Bien que cette politique de manière générale est une bonne tactique de sa part, stratégiquement elle ne va pas fonctionner dans la région à cause du conflit israélo-palestinien, parce que, comme toujours, rien n’est offert de tangible pour les Palestiniens.

Que pensez-vous sera l’issue probable de cette situation ? Les secteurs progressistes peuvent-ils avoir quelque illusion sur l’opposition ou doivent-ils construire une alternative propre ?

Les secteurs progressistes ne peuvent ni ne doivent s’illusionner sur l’opposition existante. Tout d’abord, l’opposition n’est pas laïque, elle est islamique et pro-constitution islamique. Ils ne sont pas contre la figure du «Velayat Faghie», c’est-à-dire le plus haut dictateur religieux. Ils veulent seulement pouvoir manœuvrer politiquement dans le cadre de la constitution de la République islamique, rien de plus.

Et comme le mouvement ouvrier est extrêmement faible, car nous n’avons pas de syndicats libres, tous sont contrôlés par l’État, tous sont jaunes, les progressistes ne peuvent que profiter de cette occasion pour créer une atmosphère moins répressive, un peu plus libre pour respirer, organiser et développer leurs objectifs anti-capitaliste et les plans de lutte à long terme.

Les travailleurs, les jeunes, les femmes, les marginalisés, les chômeurs doivent forger leur alliance progressivement, resserrer leurs liens, créer leurs organisations, leurs assemblées, leurs conseils et préparer leur projet pour leur libération finale : en détruisant l’État, en éliminant le capital et en nettoyant leur esprit de toutes les religions et superstitions. Ce sera alors jour de fête.

21 juin - Traduction OCL, 26 juin.

Publié dans Internationalisme

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