Sur les arrestations de deux compagnons anarchistes en Italie

Publié le par la Rédaction


Vendredi 3 juillet, en milieu de journée, nous apprenions l’arrestation de deux compagnons italiens, par l’unité spéciale «anti-terroriste» des carabiniers : le ROS (Raggruppamento Operativo Speciale). Selon les médias italiens, cette arrestation aurait eu lieu ce vendredi même, mais nous avons appris ensuite que les arrestations remontent en réalité à plusieurs semaines déjà, ce qui a laissé le temps à l’État et à ses chiens médiatiques d’orchestrer cette histoire et de planifier une vaste opération de police, procédant à une quarantaine de perquisitions au sein d’une supposée «mouvance anarcho-insurrectionnaliste» dans plusieurs régions italiennes (Lazio, Piémont, Lombardie, Toscane, et Abruzzes). Le ROS a particulièrement visé les domiciles de compagnons déjà perquisitionnés en février de cette année.

Les deux compagnons, Alessandro Settepani et Sergio Maria Stefani, ont été arrêtés à bord d’une voiture volée, et la police les accuse de «tentative de sabotage sur les voies ferrées», et plus largement de «participation à une association subversive d’inspiration anarcho-insurrectionnaliste ayant pour but la réalisation d’actions criminelles à visée terroriste et au renversement de l’ordre démocratique». Une accusation déjà formulée par l’État italien lorsque l’opération «Cervantès», entre 2003 et juin 2004, avait abouti à une centaine de perquisitions sur tout le territoire italien, 36 mises en examen et quatre incarcérations, dont Sergio Stefani, qui sera relâché et acquitté en 2006.

Il avait déjà été accusé de vol aggravé en mai 2006, et condamné à deux ans et huit mois de prison pour avoir placé un engin explosif (qui n’a pas explosé) devant une boucherie d’Arezzo, en Toscane. La police l’avait également arrêté à bord de sa voiture et saisi des brochures anarchistes insurrectionnalistes détaillant la fabrication d’engins incendiaires et explosifs.

Ici la police aurait arrêté les deux compagnons alors qu’ils s’apprêtaient à poser des crochets métalliques sur les caténaires de la ligne Orte-Ancona. D’après la presse, les crochets auraient été fabriqués selon les schémas indiqués par un manuel «clandestin» intitulé Ad ognuno il suo. 1000 modi per sabotare questo mondo («Mille façons de saboter ce monde. À chacun la sienne»).

Cette opération, baptisée «Shadow» par les carabiniers, a pour but d’établir des liens entre plusieurs personnes déjà visées en octobre 2007 (dont le jugement est actuellement en appel à la Cour de Terni) et des groupes affinitaires de la même région. L’armée explique également que les anarchistes inscrivaient cette action dans une plus vaste «campagne révolutionnaire» en lien avec des groupes similaires opérant en Espagne et en Grèce.

La méthode n’est pas nouvelle. Si nous semblons en France découvrir ce genre de campagne, avec l’apparition somme toute récente de la notion de «mouvance anarcho-autonome», et les récentes poursuites engagées par l’État français, les compagnons italiens font face à ce type d’accusations depuis plusieurs années déjà («bande armée», «association subversive», «organisation révolutionnaire anarchiste insurrectionnelle»).

On le constate avec les différentes affaires regroupées par la justice française sous le régime anti-terroriste (une tentative d’incendie d’un véhicule de police devant le commissariat de Clignancourt en mai 2007, transport des plans d’une prison pour mineurs et de brochures de fabrication d’engins incendiaires, et transport de matériel «potentiellement explosif» — des fumigènes artisanaux — en janvier 2008, sabotages de caténaires sur les lignes de train en novembre 2008, fabrication d’engins explosifs en mai de cette année à Chambéry), il semble que les États cherchent à harmoniser leurs stratégies répressives au niveau européen, en fabricant des catégories similaires, permettant d’infliger des peines très lourdes et de mobiliser tout un arsenal de contrôle (contrôles judiciaires, prison préventive, gardes à vue prolongées, interrogatoires, perquisitions, filatures, écoutes téléphoniques, mouchards audio/vidéo dans les voitures, logements, squats etc.).

Au-delà des catégories forgées par l’ennemi, qui ne répondent qu’à ses critères (hiérarchie, leader(s), organisation centralisée, terreur, «lutte armée»…) et qui visent à séparer les bons des méchants, les «libertaires pacifiques» des «terroristes anarchistes», les «coupables» des «innocents», il ne tient qu’à nous, par delà les frontières, de manifester une solidarité agissante contre l’État et contre tout ce qui contribue à nous rendre esclaves. Comme le disaient des anarchistes du Salento il y a peu : «Nous envoyons notre solidarité à ces rebelles, qui se trouvent sur la mauvaise route, et que nous ne pouvons que sentir comme des camarades, parce que c’est sur cette mauvaise route que nous nous trouvons également. Et même si nous n’avons pas encore eu l’occasion de nous y rencontrer, nous savons que nous allons dans la même direction. Vers la même destination aussi.»

Leur justice est la même, leurs prisons sont les mêmes, que nos révoltes se joignent à celles de nos compagnons anarchistes d’Italie et d’ailleurs, qu’elles ravagent ce monde de domination et d’exploitation.

Des anarchistes, 4 juillet 2009.


P.-S. Pour plus d’informations au sujet de la répression en Italie de ces dernières années, voir notamment :
Une page en italien, régulièrement mise à jour sur Informa-Azione.
La brochure Dans le marécage, Limites et perspectives de la répression anti-anarchiste chez Mutines Séditions.
La Déclaration de Massimo Passamani devant la chambre d’accusation de Paris.


Quelques adresses utiles :
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