Grève de la faim au CRA de Vincennes

Publié le par la Rédaction

Retranscription de l’appel des sans-papiers
retenus au centre de rétention de Vincennes :


Avis de grève de la faim

Nous, l
ensemble des retenus du centre de rétention de Vincennes, après une concertation générale, nous avons convenu et décidé dentamer une grève de la faim à partir du 30 juin 2009 jusquà satisfaction totale de nos revendications qui sont les suivantes :
1/ Apporter une solution rapide et efficace aux retenus traumatisés par les tentatives de suicide à répétition.
2/ Améliorer les conditions de rétention dans le centre, voire la nourriture, lhygiène et tous les services internes avec ladministration et la police.
3/ Prendre en considération les retenus souffrants de maladies graves et leur offrir des soins à lextérieur du centre.
4/ Libérer les retenus ayant une situation familiale et des enfants à charge nés et issus dun mariage sur le sol français.
5/ Offrir un nombre suffisant davocats commis doffice durant les audiences pour les retenus.
6/ Donner le choix aux retenus désirant quitter la France par leurs propres moyens pour préserver leur dignité.
7/ Remédier aux conditions de mouvement et de déplacement des retenus et la longue attente avant et après les audiences.
8/ Donner plus de temps aux détenus libérés après 32 jours de détention pour pouvoir remédier à leur situation irrégulière ou rentrer dans leur pays dorigine.
9/ Arrêter les contrôles massifs et abusifs dans les rues qui portent atteinte à la liberté et la dignité des personnes.
10/ Respecter le règlement intérieur des retenus et les informer de chaque mouvement.
11/ Fermer les centres de rétention et régulariser les sans-papiers.

Cet appel daté du 30 juin 2009 a été signé par 48 personnes enfermées au centre de rétention de Vincennes, mais dautres ont rejoint le mouvement depuis.

Les retenus peuvent être contactés par les cabines téléphoniques du centre :
01 45 18 59 70 — 01 45 18 12 40 — 01 45 18 02 50


Les sans-papiers retenus à Vincennes
entament une grève de la faim


«Nous, l’ensemble des retenus du centre de rétention de Vincennes, après une concertation générale, avons convenu dentamer une grève de la faim à partir du 30 juin 2009 jusquà satisfaction totale de nos revendications», peut-on lire sur lavis de grève de la faim des sans-papiers enfermés à Vincennes. Signée par 48 personnes retenues dans le plus grand centre de rétention administrative (CRA) de France, une liste de onze revendications a été communiquée «aux services de la préfecture concernés», explique lune delles, Ahmed (son nom a été modifié).

Les retenus ont décidé de se mobiliser en réaction à une tentative de suicide par pendaison de lun des leurs. «Moi, ça fait 26 jours que je suis enfermé, jai déjà assisté à six tentatives de suicide ! Les gens se charcutent le corps avec les lames quils arrivent à trouver et se pendent avec des draps», raconte Ahmed. Agir est alors apparu comme une nécessité. «On ne réagit plus à la vue du sang, on nécoute plus ceux qui lancent un appel au secours. On devient comme des êtres sans âme. Il ne faut pas laisser faire ça» lance Ahmed.

Si les mouvements de révolte en centre de rétention sont fréquents, celui-ci semble particulièrement organisé, issu d
une dynamique regroupant lensemble des personnes présentes. «Ça a lair de venir de tout le monde, cest un vrai travail collectif», commente Damien Nantes, de la Cimade, une association de soutien juridique intervenant en CRA.

En effet, le mouvement de protestation a été mûrement réfléchi et débattu en assemblées générales improvisées. «C
est après des réunions répétées avec lensemble des retenus que nous avons décidé de nous mettre en grève de la fin, hier à minuit», détaille Ahmed. Le lendemain, la lutte sorganise concrètement : «Aujourdhui, nous avons fait un sitting et nous avons commencé à prendre contact avec des associations comme la Cimade, Amnesty International…»

Mais faire tenir un mouvement large dans un CRA est difficile car «de nouvelles personnes arrivent tous les jours, il faut tout réexpliquer à chaque fois, c
est compliqué mais nous prenons le temps de le faire». Dailleurs, quatre nouveaux retenus auraient adhéré à la démarche depuis ce matin. Les moyens matériels et les possibilités dexpression sont très limités. «Jai demandé à écrire une banderole. On ma dit que je ne pouvais utiliser que du papier alors jai fait des affiches en français, en arabe et en chinois que jai mises dans la cour. Mais elles ont été retirées, on ma dit que cétait interdit.»

Les retenus dénoncent de pénibles conditions de vie. «Ici, c
est la malbouffe, lodeur qui se dégage des barquettes en plastique nous coupe lappétit. Chaque fois que tu as besoin de quelque chose cest la guerre avec eux [les gardiens ndlr].» Lenfermement des pères de famille et des «personnes qui suivent de lourds traitements médicaux» est également mis en avant.

Ils dénoncent également la façon dont ils sont traités à l
extérieur, notamment lorsquils doivent être présentés au tribunal, se plaignant «dattentes interminables dans une pièce au sous-sol du Palais de justice». Au-delà des conditions de vie en CRA, les retenus demandent «larrêt des contrôles massifs et abusifs dans les rues», la fermeture des centres de rétention et la régularisation des sans-papiers.

Selon les retenus, les rapports avec les gardiens restent relativement calmes mais l
évolution de la situation doit être observée avec attention dans ce CRA qui a été remis en état il y a peu. Le 22 juin 2008, après la mort dun retenu, un rassemblement réprimé avait tourné à la révolte, et le CRA avait été entièrement brûlé. Reconstruit depuis, il fait lobjet de toutes les attentions de la préfecture de police qui dépêche toujours un impressionnant dispositif policier lorsque des militants manifestent à ses abords pour demander la libération des sans-papiers. Encore aujourd'hui, une dizaine de sans-papiers présents au moment de lincendie sont poursuivis en justice, plusieurs dentre eux ayant fait de nombreux mois de détention provisoire.

Charlotte Rouault - Mediapart, 1er juillet 2009.


Centre de rétention de Vincennes, le 1er juillet 2009

«Il y a des gens qui ont tenté de se suicider. Deux jours de suite. C’est pour cela qu’on a fait le mouvement. Celui d’hier il avait un vol ce matin. Il s’est pendu avec les draps. On est quarante ou cinquante dans le centre.

«C’est le deuxième jour de la grève de la faim. On ne mange pas depuis deux jours. On a commencé avant-hier soir à minuit après une ultime tentative de suicide. En 25 jours, il y a eu cinq tentatives de suicide. L’ambiance était horrible au centre. Ça devenait fou, on regardait ça tous les jours et on s
habituait, cest fou on ne doit pas shabituer à des gens qui sautomutilent et se suicident tous les jours. Il fallait réagir à ça. On était en train de devenir des monstres, on réagissait plus. On s’est dit il faut réagir autrement, ne pas s’habituer. On s’est dit qu’un jour il y allait avoir un mort, qu’on allait se retrouver avec un cadavre. On s’est réunis dans la cour. La grève de la faim a commencé à minuit. On a décidé de restituer les sacs du petit-déjeuner quils nous donnent le soir. On les a tous posés sur la table de ping-pong dans la cour. Le lendemain, les policiers ont réagi quand ils ont vu quon ne mangeait pas. Les flics nous on dit : Vous mangez pas ? On a dit : Non, on vous parlera après notre réunion et on dira nos revendications. On s’est donc réunis vers 18h30 hier jusquà 22h00. La réunion a eu lieu dans la cour. Les flics ont fait quelques tentatives d’intimidations du style : Si vous restez tranquilles, tout se passera bien, sinon, c’est la répression. Ça ne nous a pas fait peur. On est restés sereins. On a discuté dautres trucs dans la réunion mais cest la grève de la faim qui a été décidée parce que notre mouvement est pacifique.

«Aujourd
hui, on a demandé du sucre pour notre grève, ils ont dit quils nous répondraient plus tard, deux heures après ils nous ont appelé et ils ont dit OK, mais en fait après il y a une femme, je sais pas qui cest, qui a dit que non, quon doit prendre la nourriture quils nous donnent.

«On a prévenu des associations pour notre mouvement. On attend du soutien maintenant.

«On a écrit une liste de revendications :
1) Apporter une solution rapide et efficace aux retenus traumatisés par les tentatives de suicide.
2) Améliorer les conditions de rétention : nourriture, hygiène, comportements de la police et de l’administration. Parce qu’ils réagissent de manière agressive. On n’a pas le choix pour les heures de repas, pour acheter des clopes… Les consultations avec l’infirmière sont souvent retardées ou refusées. Pareil avec la Cimade. Pour les visites, ils essaient de décourager les gens en les faisant attendre. Ils nous disent que cest plein et quil faut attendre et quand on arrive aux visites on se rend compte quen fait il y navait quune personne.
3) Prendre en considération les retenus gravement malades et leur offrir des soins à l’extérieur. Il y a des gens qui ont des traitements et qu’ils ne peuvent plus suivre ici.
4) Libérer les retenus qui ont une famille, des enfants en France, mariés ou vivant avec une résidente française.
5) Offrir plus d’avocats commis d’office. En général, il y a un seul commis d’office pour cinq ou six retenus. Il n’a que quinze minutes pour regarder le dossier.
6) Donner le choix aux retenus qui souhaitent quitter la France par leurs propres moyens, dans la dignité. Par rapport à la famille là bas, ou pour des raisons politiques, y a des gens qui préfèrent repartir par leur propres moyens. les juges ne veulent jamais donner des assignations à résidence. Moi cest mon cas par exemple, jai demandé au juge et il a refusé.
7) Remédier aux conditions de mouvements, de déplacements avant et après les audiences. On est réveillé à 6h pour une audience à 10h, on attend 4 à 6 heures dans une pièce sale, qui sent l’urine.
8) Donner plus de temps aux retenus qui sortent libres pour préparer leur départ au pays. Légalement on na que 8 jours, on ne peut rien préparer en 8 jours.
9) Arrêter les contrôles massifs et abusifs dans la rue qui portent atteinte à la liberté.
10) Respecter le règlement intérieur : l’administration l’enfreint tout le temps. Les personnes sont expulsées sans être prévenues quelles vont lêtre. Ils doivent nous le dire.
11) Fermer les centres de rétention et régulariser les sans-papiers. Il fallait bien quon la mette quelque part quand même cette dernière revendication !»


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