Prévoir en primate, agir en stratège

Publié le par la Rédaction

La question de la préméditation chez les animaux agite toujours les neurones des scientifiques. L’observation du comportement dun chimpanzé du zoo de Furuvik à Gävle en Suède a intrigué léthologue Mathias Osvath. Dans la revue Current Biology il nous parle de ce nommé Santino, un mâle dominant qui ne semble pas apprécier lafflux de visiteurs dans son zoo aux premiers jours de la saison douverture. Durant cette période, et cela depuis une dizaine dannées, il consacre sa matinée à ramasser des pierres quil accumule en un tas à portée de main. Il va même jusquà façonner des morceaux de béton en forme de disque… Puis, lorsque les visiteurs commencent à se faire nombreux durant laprès-midi, il affiche ostensiblement sa qualité dominante et se met à bombarder ceux-ci de ses projectiles. La planification dun acte qui sera accompli plus tard se produit ici dans un état mental calme, elle est «spontanée et sans ambiguité» estime Osvath. Mais la curiosité a ses raisons que la raison du tourisme ignore, et selon le Calgary Herald, Santino ne devrait pas tarder à passer sur le billard «pour quon lui retire ses mâles attributs. En espérant quun moindre taux de testostérone calme sa rage.»

Rebetiko no 1, printemps 2009
Chants de la plèbe.


Un chimpanzé doué d’anticipation
Le comportement fort peu civil d’un chimpanzé qui jetait des pierres sur les visiteurs met à mal les théories scientifiques sur la spécificité de l’être humain. Ce mâle dominant de 31 ans, pensionnaire du zoo de Furuvik, en Suède, pourrait être le premier animal à faire preuve d’une capacité évidente à anticiper — un trait qui, pour beaucoup de scientifiques, n’est propre qu’à l’homme. Anticiper requiert en effet des compétences cognitives considérables, puisque cela signifie que l’animal doit être capable de se représenter les événements auxquels il sera confronté.
Le matin, quand les premiers visiteurs arrivaient devant son enclos, Santino commençait à s’agiter et à leur jeter des pierres. Les gardiens se sont aperçus que le primate stockait des munitions quand le zoo était fermé pour les utiliser plus tard. Cachée dans une pièce surplombant l’enclos, une gardienne a observé, chaque matin avant l’ouverture du zoo, Santino ramassant des pierres dans le fossé entourant son îlot, puis les empilant méthodiquement. Après une surveillance plus approfondie, les gardiens du zoo se sont rendu compte que l’animal passait beaucoup de temps à marteler le sol de son poing. De temps à autre, il frappait plus fort, obtenant ainsi des morceaux de béton qu’il cassait pour obtenir des disques grossiers. Ces piles de munitions, Santino ne les entassait que sur la partie de l’îlot en face de laquelle se tenaient les visiteurs. Selon une étude publiée par Current Biology, les gardiens du zoo ont découvert des centaines de caches de projectiles sur l’île. Ils ont vu l’animal ramasser et empiler des pierres une bonne cinquantaine de fois, et l’ont observé à dix-huit reprises en train de façonner des disques de ciment. Quand le primate devenait trop agité, le personnel prévenait les visiteurs et érigeait une barrière pour contenir les tirs de projectiles. D’après Mathias Osvath, auteur de cette étude, cette capacité complexe de planification suggère que Santino est capable non seulement d’anticiper les événements à venir, mais aussi d’agir en conséquence. Dans ce cas précis, il est clair qu’il essaie de se débarrasser des visiteurs.
L’anticipation est censée être une qualité spécifiquement humaine. Elle implique en effet un degré de conscience particulier permettant de visualiser un monde intérieur. «De nombreux singes lancent des objets mais ce qui est nouveau avec Santino, c’est qu’il stocke ses projectiles alors qu’il est parfaitement calme et qu’il ne les lance que plus tard. Nous ne sommes pas seuls à posséder ce monde intérieur. Il existe d’autres créatures dotées de cette conscience spéciale censée être uniquement humaine.» Mathias Osvath a interrogé les gardiens du zoo de Furuvik et a analysé leurs comptes rendus sur le comportement du chimpanzé. Il s’est aperçu que Santino stockait des pierres et fabriquait des munitions en béton uniquement le soir et la nuit, quand le zoo était fermé. Et qu’il cessait de se comporter de la sorte lors de la fermeture hivernale de l’établissement.
Dernièrement, les gardiens ont décidé que le meilleur moyen de calmer le chimpanzé était de l’opérer. «Ils l’ont castré, le pauvre. Ils espèrent que son taux d’hormones va baisser et qu’il sera moins tenté de lancer des pierres. Il a déjà pris du poids et il est beaucoup plus joueur qu’auparavant. Être agité ne lui réussissait pas», conclut Mathias Osvath.
Leur presse (The Guardian, 19 mars 2009
/ Courrier international).

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