Discours du collectif du 1er Mai à Bienne

Publié le par la Rédaction

C’est pas le moment !

Suite à une réunion de l’ensemble des forces de gauche à Bienne en Suisse (présence d’une cinquantaine de personnes), il a été décidé de faire différentes actions lors du défilé et des discours du 1er Mai : collages sur les vitrines du magasin «Manor» contre le licenciement d’une syndicaliste ; occupation symbolique de l’UBS (photo) ; discours intégré aux discours «traditionnels» des syndicats (ci-dessous).

Contrairement aux autres personnes qui ont pris ce micro, j’ai donné un titre à mon discours. Mon discours s’intitule : «C’est pas le moment !» Mes propos n’ont pas l’intention d’expliquer quoi que ce soit mais plutôt l’intention de vous poser des questions… J’espère que vous y répondrez… mais c’est pas encore le moment…

Avec la crise économique actuelle, l’avenir fait peur. Il fait peur à chacun et chacune d’entre nous. Le nombre de licenciements ne cesse d’augmenter et le chômage va encore s’aggraver dans les mois à venir. La tentation est grande de ne surtout rien faire pour ne pas aggraver la situation.

On nous dit : Aujourd’hui, c’est la crise, les entreprises sont en difficulté, ne faites rien, c’est pas le moment !

Hier, on nous disait : Les entreprises sont dans la tourmente de la compétition internationale, ne faites rien, c’est pas le moment !

Avant-hier, on nous disait : Les entreprises sont frappées par la crise pétrolière, ne faites rien, c’est pas le moment !

Avant avant-hier, on nous disait : Les entreprises sont la clé du développement de notre pays, elles ont besoin de se développer, ne faites rien, c’est pas le moment !

Mais alors quand est-ce que ce sera le bon moment ? Quand est-ce que ce sera le moment d’agir ? D’agir pour prendre ce qui nous revient à nous ? C’est ma première question…

*

Quand la crise de 1929 a éclaté, des millions de gens à travers le monde se sont retrouvés à la rue. En Europe, on a vu l’arrivée du franquisme, du nazisme et du fascisme. Mais on a tendance à oublier que dans le même temps en France, c’est le Front populaire qui arrive au pouvoir pour faire barrage à l’extrême droite. Le Front populaire gagne les élections en avril 1936 et en mai de grandes grèves éclatent. Grâce à ces grèves, en juin les travailleurs obtiennent :
— La liberté d’exercice du droit syndical,
— La création des conventions collectives de travail,
— Les délégués du travail,
— Une augmentation de leurs salaires entre 7 et 15%,
— La semaine de 40 heures,
— 15 jours de congés payés.
Pourtant, c’était pas le moment !

Vous connaissez la suite : en 1939 la guerre éclate. Mais, après la guerre, on n’est jamais revenu sur ces acquis sociaux gagnés par les luttes des grévistes…

Alors voilà ma deuxième question : Qu’est-ce qu’on attend pour faire comme eux ? Qu’est-ce qu’on attend pour cesser le travail et pour prendre ce qui nous est dû ? Qu’est-ce qu’on attend pour que ces richesses que nous contribuons chaque jour à construire nous reviennent à nous et non à des actionnaires qui ne font qu’exploiter notre force de travail ?

*

Avec la crise actuelle, l’avenir fait peur. Je l’ai déjà dit plus haut. Mais moi, ce qui me fait le plus peur c’est que le capitalisme s’en remette ! Et qu’il renaisse de ses cendres encore plus violent qu’il ne l’est aujourd’hui. Que dans quelques mois, les bourses remontent, que la spéculation financière reprenne de plus belle, que les paradis fiscaux soient oubliés, que des millions d’hommes, de femmes et d’enfants à travers le monde soient de nouveau spoliés, exploités, affamés, assassinés par un système qui nous montre chaque jour sa brutalité, son immoralité, sa barbarie…

Voilà ma troisième question : Est-ce qu’on doit conserver ce système capitaliste ? Faut-il le changer ? Ou bien alors c’est pas le moment ?

Ah ! Je les vois et je les entends les sceptiques et les railleurs dire : «C’est bien beau tout ça mais jusqu’alors on n’a pas trouvé d’autre système»… ou alors, «Ça a quand même permis à des pays de se développer»… Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Voir que à cause au capitalisme :
— Des gens qui bossent vivent constamment dans la précarité et l’incertitude du lendemain ;
— À cause au capitalisme des gens se font licencier ou le sont déjà ;
— À cause au capitalisme des retraités voient leurs retraites fondre comme neige au soleil ;
— À cause au capitalisme des étrangers se font insulter ;
— À cause au capitalisme des femmes, des enfants — parce qu’ils n’ont pas de papiers — se font expulser.
Et je ne parle pas — du moins pas tout de suite des dégâts commis sur notre planète…

Alors quoi faire ? Rien ? c’est pas le moment ? Je suis intimement convaincue qu’il va nous falloir désobéir. Que nous allons devoir apprendre à dire non ! Non je ne veux pas être licencié quand mon entreprise fait des bénéfices colossaux, qu’elle s’enrichit par mon travail et que je n’en bénéficie pas. Ce que j’ai bâti avec mon travail m’appartient ! Ce que vous bâtissez avec votre travail vous appartient !

*

Avec la crise actuelle, l’avenir ne me fait pas peur si on peut en finir avec le système capitaliste. J’entends encore les sceptiques et les railleurs : «Ouais les révolutionnaires, ça va, on les connaît, y a qu’à voir ce que ça a donné ici ou là…» Mais aujourd’hui, le problème ne se pose pas en ces termes. Aujourd’hui on n’a plus le choix. Nous devons sortir de ce système, il n’y a plus d’alternative ! On n’a qu’une seule planète ! Il n’y en a pas de rechange alors maintenant, c’est vraiment le moment !

Mais alors comment faire ?

— Il faut d’abord ne jamais oublier que l’objectif de toute activité économique est le bonheur humain et non l’enrichissement de quelques uns.
— Il faut émietter le capitalisme. Je m’explique : le capitalisme aime les très grandes entreprises ultra rationalisées pour faire le maximum de bénéfices. Par exemple, il adore les supermarchés. Il faut les émietter en petites épiceries de quartiers qui se mettent en lien direct avec les producteurs. Dès qu’on aura recréé cela on recréera de l’emploi et surtout du lien social et des réseaux de solidarité.
— Il faut émietter le pouvoir en repensant les niveaux de décision en unités plus petites : le quartier, la commune. Il faut refaire de la politique au sens premier du terme c’est-à-dire s’occuper de sa cité.
— Il faut remettre les services au service du public pour recréer de l’emploi, de la cohésion sociale et de la solidarité.
— Il faut revenir à davantage de solidarité. Ne pas se dire : l’autre est licencié ouf ! C’est pas moi. Mais se dire demain ce sera moi !

*

Est-ce que c’est de l’utopie que tout cela ? Non. L’utopie c’est la vie, c’est l’avenir.

Au XVIIème siècle si on avait dit aux peuples : Un jour on supprimera les rois et les empereurs aux pouvoirs absolus ; ils auraient dit : Tu rêves, c’est de l’utopie !

Au XIXème siècle, si on avait dit aux mineurs du nord de l’Europe qui travaillait 60 à 70 heures par semaine : Un jour vous travaillerez moitié moins ; ils auraient dit : Tu rêves, c’est de l’utopie !

Plus récemment, si on avait dit aux femmes qui étaient considérées comme des citoyens de seconde zone : Un jour vous aurez droit à la parole politique et vous pourrez disposer de votre corps grâce au droit à l’avortement et à la contraception ; elles auraient dit : Tu rêves, c’est de l’utopie.

Tout cela a été obtenu par les luttes des peuples.

Alors aujourd’hui je pense qu’il ne faut pas rafistoler un système qui est un système barbare. Il faut penser un système qui n’existe pas encore et là, c’est vraiment le moment !

Collectif du 1er Mai


(Le Journal du Jura)


1er Mai à Bienne : Quelque 300 personnes
dénoncent les dérives du capitalisme


Quelque 300 personnes ont participé aux festivités du 1er Mai à Bienne.

Lors des discours, une banderole a été suspendue sur le bâtiment d’UBS situé à côté de la tribune et sur laquelle il était inscrit : «Qui d
autre a droit à un plan social de 68 milliards ?»

Principaux orateurs, les parlementaires fédéraux socialistes Géraldine Savary (VD) et André Daguet (BE) ont dénoncé les dérives du capitalisme ainsi que les hauts salaires des patrons. Face à la crise, il est urgent de tout faire pour éviter les licenciements, garantir un salaire minimum, juguler la hausse des primes maladie ou encore d
être solidaires avec les plus démunis, a dit Mme Savary.

Pour la première fois, la gauche anarchiste et associative était associée aux festivités. En leur nom, Annie Seguin, d
’Attac, a appelé à «se débarasser du capitalisme. Car jai peur quon oublie ce qui se passe et que tout reparte comme avant.»

Quelques affiches ont par ailleurs été collées sur les vitres d
un magasin Manor tout proche pour dénoncer le licenciement dune employée syndicaliste à Genève.

Leur presse (SDA/ATS), 1er mai 2009.

Publié dans Colère ouvrière

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