Justice de classe à Strasbourg

Publié le par la Rédaction

Trois ans de prison pour un tir de pétard

Un Strasbourgeois de 22 ans a été condamné hier à trois ans de prison dont deux avec sursis, pour complicité de violences aggravées, en marge des manifestations anti-Otan.

Le prévenu était jugé par le tribunal correctionnel de Strasbourg pour avoir, en marge des manifestations anti-Otan du 3 avril dernier à Strasbourg, conduit un scooter sur lequel avait pris place un mineur. Ce dernier avait lancé un pétard mortier de gros calibre sur des gendarmes mobiles qui filmaient la manifestation. Un des gendarmes avait été brûlé aux jambes par le projectile, l’autre subissant une perte d’audition suite à la déflagration.

Les faits s’étaient déroulés à l’angle de la rue des Canonniers et de la route du Neuhof, vers 16 heures, après la dispersion d’une manifestation de clowns par les forces de l’ordre. À ce moment, beaucoup de jeunes du quartier, juchés sur des scooters, étaient venus se confronter aux forces de police.

«Je ne savais pas qu’il allait tirer»

Selon des témoignages et des images prises sur place, le prévenu aurait embarqué le mineur qui tenait à la main le pétard. Puis, après s’être dissimulé le visage avec une casquette, il aurait foncé vers les forces de l’ordre avant de tourner pour faciliter le tir du pétard.

«Je ne savais pas qu’il avait un pétard, qu’il allait tirer», s’est défendu le prévenu en expliquant avoir voulu ramener l’adolescent chez lui. «Mais avant, j’ai voulu voir le dispositif, j’étais curieux.» Et il ajoute : «Les policiers, ils ont tiré des lacrymogènes, eux aussi ils tiraient des mortiers !»

«Pourquoi vous être caché le visage ?», interroge le président François Wendling. «Parce que je n’avais pas de casque. Je dois déjà 2400 euros à l’État.» Le prévenu a en effet déjà six mentions à son casier judiciaire, dont plusieurs pour conduite sans permis ou sans assurance. Il a également été condamné pour des faits de violences et se retrouve en état de récidive légale.

Ce que n’a pas manqué de souligner le procureur Olivier Glady, qui a qualifié le prévenu de «trublion», «venu jeter son grain de sel» en marge des manifestations anti-Otan. Relevant que les images vidéos et les clichés sont «sans ambiguïté», il a requis une peine plancher modulée de douze à dix-huit mois de prison.

«Une conscience politique nulle»

Pour la défense, Me Patrick Rodier a relevé que «la conscience politique» de son client était «nulle» par rapport à l’Otan . «Il est simplement allé, avec beaucoup d’autres, au contact de la manifestation.» Il a plaidé le doute quant au fait que son client savait que son passager avait un pétard à la main, et a demandé la relaxe au bénéfice de ce doute.

Leur presse (L’Alsace), 14 mai 2009.


Militants anti-Otan : une affaire politique ?

Remis en liberté mardi, les trois militants anti-Otan tourangeaux seront rejugés. Leurs avocats réclament la relaxe.

Mardi, 21h30 : Simon, Benoît et Adrien [
Sollicités par la NR, les trois militants ont refusé de raconter leur mésaventure. Ils nourrissent apparemment une certaine méfiance vis-à-vis des médias en général et de la NR en particulier] sortent de la maison d’arrêt de Strasbourg. Les trois jeunes Tourangeaux, arrêtés en marge du sommet de lOtan, le 3 avril, viennent de passer près dun mois en prison. Et, finalement, le tribunal a constaté la nullité des poursuites engagées contre eux.

Dans l
après-midi, un comité de soutien a organisé un pique-nique devant le tribunal où ils comparaissaient. Leurs familles sont venues de Tours pour assister au procès. Pour les proches des trois jeunes, leur remise en liberté est un soulagement.

Le 3 avril, alors que Strasbourg et ses alentours sont en état de siège à l
occasion du sommet de lOtan, les trois garçons sont contrôlés à la sortie dun hypermarché où ils viennent dacheter de lessence, du white-spirit, des gants et des masques de protection, une bombe de peinture… Cela suffit pour quils soient interpellés et poursuivis pour «détention de substances incendiaires».

Deux des trois jeunes sont étudiants en sociologie à la faculté des Tanneurs. Le plus âgé des trois (26 ans) est titulaire d
un master de droit. Adrien, Benoît et Simon sont des militants alter mondialistes, radicaux, voire anarchistes. Ils se sont rendus à Strasbourg pour participer au contre-sommet.

«Ce jour-là, la police a interpellé trois cents personnes, explique Me Éric Lefebvre, l
avocat de Simon. Cent ont été placées en garde à vue et, finalement, seule une dizaine a été poursuivie. Cétait une chasse à lhomme. Ce nest plus de la prévention, cest de la préemption. On les a arrêtés avant quils ne fassent quoi que ce soit.»

«Le tribunal pourra juger sur le fond»

Mais ce n
est pas sur la validité du contrôle de police que le tribunal a pris sa décision dannuler les poursuites mais uniquement, comme lindique Jacques Louvel, le procureur, «pour un motif de pure forme».

La citation par laquelle les trois jeunes ont été renvoyés devant le tribunal n
était, en effet, pas complète. «Une fois que lerreur sera rectifiée, ajoute le procureur, le tribunal pourra juger sur le fond.»

Lors de l
audience, mardi, la représentante du parquet, Lucile Regin, avait réclamé de lourdes peines — dix à douze mois de prison ferme — à lencontre des trois militants. Le parquet de Strasbourg veut manifestement afficher sa fermeté. «Cest une décision politique, affirme Me Lefebvre, pas juridique. Jamais on ne réclamerait de telles peines si les faits ne sétaient pas produits dans le cadre du sommet de lOtan.»

Lors du second procès, les avocats plaideront la relaxe. Le jugement du tribunal sera forcément très attendu.

Leur presse (Caroline Devos, La Nouvelle République), 14 mai.

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