Nos bandes et les leurs

Publié le par la Rédaction


C’est sûr, il faut se débarrasser de certaines bandes qui nous pourrissent la vie. Mais ceux qui nous gouvernent n’envisagent pas la question de la même façon que nous. Pour l’ancien ministre de la répression devenu monarque (on constate chaque jour que que cette Ve République est bien une monarchie élective de moins en moins tempérée par des institutions alibi), les bandes dont il faut se débarrasser sont d’abord celles des jeunes des banlieues — évidemment tous délinquants potentiels, sauf une petite élite intellectuelle qui intégrera l’ENA ou d’autres grandes écoles pour servir la politique de la diversité. En dessous de ce niveau, tout suspect, en particulier s’il est plus ou moins basané, peut être malmené en toute impunité par les forces du désordre ; elles ne risquent rien.

Un hebdomadaire relevait que depuis que l’agité de l’Élysée est en charge de la police en tant que premier flic de France puis en tant que président, il y a eu 17 lois destinées à renforcer la sécurité publique. Les autres n’auraient donc servi à rien pour qu’il en faille une dix-huitième contre les «bandes organisées» ? Évidemment, tous ceux qui subissent les rigueurs de ces lois savent bien qu’elles sont appliquées. Mais ces lois ont aussi une vertu essentielle sur le plan électoral : elles ont permis, en reprenant le discours sécuritaire de Le Pen de regonfler la droite pour la ramener au pouvoir. En ces temps de tensions sociales et de veille d’élections (même si ce ne sont que les Européennes et qu’une grande partie de l’électorat s’en contrefiche), il était nécessaire de donner encore un petit coup de serrage de boulons pour regonfler les scores dans les sondages.

Surtout que, même si les délinquants des banlieues sont une priorité, le super-flic a sacrément de boulot avec des tas d’autres racailles. Car les bandes, ce sont aussi celles des travailleurs malmenés par «la crise» qui n’acceptent plus de subir en silence et aller tranquillement s’inscrire à l’ANPE, pardon, Pôle Emploi (PE ? Peuh !). Il est intolérable pour le chef, le premier sinistre, le sinistre de l’esclavage salarié, la sinistre de la répression et la patronne des patrons que ces salariés en colère retiennent des cadres ou des dirigeants, occupent leur boîte, interrompent la circulation, coupent l’électricité, ne distribuent plus le courrier ou saccagent une sous-préfecture. Pour nos gouvernants, il serait bien plus sage qu’ils attendent docilement la prochaine manif traîne-savates prévue par les dirigeants syndicaux qui eux, au moins, savent se tenir à la table des négociations et ont le sens des responsabilités.

Et puis, il y a aussi tous ces jeunes, ces minorités d’étudiants et de profs qui bloquent les universités pour le plaisir de faire rater leurs examens aux «vrais» étudiants bien sages qui ont compris que la réforme était bonne. Il est nécessaire de mater ces bandes, à la fois par les expulsions un peu musclées de locaux occupés mais aussi en jouant sur leur épuisement dans la durée : leur resservir régulièrement la même soupe à la grimace en leur assurant que la recette a été modifiée, dans le détail, certes mais il est quand même nécessaire de garder l’ingrédient essentiel de l’autonomie des universités. Cela ressemble au sketch de Fernand Raynaud sur les croissants : «Vous ne voulez pas de la loi sur l’autonomie des universités ? D’accord, on revient sur le mode de notation des enseignants chercheurs et vous avalez la loi…» Et pendant ce temps on fait un enfant dans le dos des universités publiques : le chanoine de Latran qui nous gouverne vient de signer un décret préparé par le sinistre étranger aux affaires de droits de l’homme et le Vatican accordant une reconnaissance automatique de tous les diplômes des universités ou établissements supérieurs cathos.

On ne s’étendra pas ici sur toutes ces bandes de racailles soi-disant pacifistes, tiers-mondistes, alternatifs. Qu’ils soient non violents ou offensifs, vous verrez dans le dossier de ce numéro tous les efforts qu’ont coûté à la sinistre de la répression la protection de la bonne ville de Strasbourg assiégée par ces hordes de vandales. Au delà de l’aspect spectaculaire de la répression, symptomatique de l’état d’esprit de nos dirigeants, il ne faut pas oublier que pour de nombreuses personnes, c’est quotidiennement qu’est subie la violence de ces autres bandes armées et casquées, parfois cagoulées qui agissent au nom de la loi et l’ordre. Ce sont les sans papiers pourchassés sous le commandement du ministre des expulsions, en particulier lorsqu’ils se regroupent comme dans le Pas-de-Calais. Ce sont toutes les personnes retenues dans les centres de rétention administrative qui, par la grâce de l’harmonisation européenne auront le plaisir de pouvoir rester plus longtemps sur le sol français, enfermés pour le seul délit de chercher une vie meilleure. Ce sont les détenus entassés de plus en plus nombreux (comme quoi les lois répressives ont bien les effets escomptés) dans des prisons toujours insalubres. Ce sont tous les manifestants, les militants associatifs, les personnes cherchant simplement à construire leur vie à leur façon, en dehors des sentiers battus : harcelés par des tracasseries, des mesquineries, condamnés pour des délits mineurs mais surtout menacés en permanence pour les actions faisant partie de leur vie.

Pour nos gouvernants, la solidarité dans la vie quotidienne et plus encore dans les luttes devient un délit. Ce qui est rassurant aujourd’hui c’est que globalement, malgré et sans doute à cause de la répression, on assiste à un renforcement des luttes et des solidarités. Oh bien sûr, ce n’est pas demain la veille du Grand Soir, mais c’est petit à petit que se tissent les liens, les résistances, que se discutent les chemins à parcourir. Dans les discours aussi s’affirment les volontés des gens ordinaires de se débarrasser de toutes les bandes de nuisibles : les patrons qui nous tondent la laine sur le dos, les dirigeants syndicaux qui assurent le ronronnement de la paix sociale, les médias aux ordres qui nous bourrent le mou, les gouvernants qui nous répriment et les politocards qui veulent être calife à la place du calife… Pour se débarrasser de toutes ces bandes de parasites, pas besoin d’une énième loi, parlons-nous et retroussons nos manches…

Limoges, 25 avril
Éditorial - Courant alternatif no 190, mai 2009
Mensuel communiste libertaire.

Publié dans Agitation

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