Caen leur presse parle des autoréductions...

Publié le par la Rédaction

Les manifs étudiantes
se transforment en pillages à Caen


En mars, deux supermarchés ont été victimes de pillages. Les auteurs : des étudiants en rogne «contre la crise et les réformes».

Pour les clients du centre commercial de la Côte-de-Nacre, près de la cité universitaire, il est habituel d’être accueilli par des étudiants distribuant des tracts. Surtout depuis le mois de janvier. Mais là, le 24 mars, les choses ont dérapé. Entre 200 et 300 étudiants ont quitté la manifestation qui défilait dans les rues ce jour-là et bloqué les trois entrées du centre commercial. À l
aide de caddies renversés ou de poubelles.

Des clients ont pu montrer leur désapprobation, mais les manifestants ont été «violents verbalement y compris avec des personnes âgées», témoigne-t-on au magasin Carrefour. Le blocage a duré une heure, sous l’œil de la Police et sans dégradations.

Ils jouent les Robin des Bois

Une semaine plus tard, le 31 mars, en marge d’une manifestation toujours, c’est le Leclerc de la rue Lanfranc qui a été pris d’assaut. Là, de la marchandise volée par une centaine d’étudiants — de l’alimentation pour environ 2000 € — a été redistribuée à des passants des quartiers voisins. Certains, d’ailleurs, ont décliné l’offre.

«Ne pas être d’accord avec les futures lois n’est pas une raison pour piller les magasins, non seulement c’est désagréable», réagit le PDG du magasin, Bernard Gruau, qui a
«reçu quelque chose sur la tête» au passage, «mais en plus c’est nul». Déçu de ne pas avoir été prévenu par les renseignements généraux, il regrette aussi que la Police ne soit pas intervenue : «le Préfet n’a visiblement pas voulu en donner l’ordre».

Autoréduction idéologique

Le principe de ces interventions à la
«Robin des Bois» n’est pas nouveau. Il relève de l’autoréduction, un terme anarchiste qui désigne une action visant à imposer par la force la baisse de prix de biens de consommation, voire carrément à se passer de payer le prix ! À son propre profit ou au profit de plus pauvre.

Les étudiants d’aujourd’hui, qui semblent vouloir remettre au goût du jour cette vogue des années 70 (d’autres actions de ce type ont été relevées depuis décembre dernier à Paris, Genoble, Rennes ou encore Toulouse) justifient leurs razzias caritatives par les réformes universitaires et — le lien n’est pas plus évident — par la crise !

«D’habitude, tout se passe bien lors des tractages», témoigne un directeur de grande surface, «là, ce n’est plus de la contestation, c’est un amalgame de tout et qui n’a plus rien à voir avec le décret Pécresse».

Le directeur du Leclerc de la rue Lanfranc n’est pas étonné : «En quarante ans de carrière, j’en ai vu des producteurs de fruits, des pêcheurs, des routiers … la grande distribution est une cible facile».

Du côté de la Police, on rassure. «Le noyau de meneurs est composé d’une dizaine d’irréductibles — toujours les mêmes — issus du milieu d’extrême-gauche et anarchiste», explique le commandant Seneca, chef d’État-Major de la Police du Calvados.


Si ce type de manifestation «peut être dangereux en cas de mouvement de panique» ou d’affrontement avec les policiers, le commandant fait bien la distinction entre «ce qu’on peut appeler un mouvement social ou étudiant et des violences urbaines sur fond d’émeutes».

Le noyau d’activistes caennais à l’origine de ces révolutions en caddie ne semble d’ailleurs pas en capacité de mobiliser des troupes importantes. Reste que l’autoréduction pratiquée le 31 mars à Caen s’apparente à du vol (de l’«extorsion» selon les juristes). Les syndicats, selon une autre source policière «n’auraient rien à voir» avec ces deux blocages. Sur le site Internet «officieux» de la fac de Caen, elles sont décrites sur un ton épique qui doit faire sourire certains révolutionnaires dans leurs tombes.

Des tracts distribués par les étudiants annoncent la reprise des actions contre les magasins devaient reprendre après les vacances.

La précarité justifie la violence — L’autoréduction est une action d’un groupe de consommateurs ou d’usagers imposant au fournisseur la baisse du prix d’un produit ou d’un service. Ce type de «réappropriation prolétarienne» a été systématisé par le mouvement autonome des années 1970.

Autoréduire et réduire — L’autoréduction peut exiger une diminution du prix, la gratuité du bien (détournement, piratage, vol etc.) ou encore prendre la forme de pillages de supermarchés.

Le communisme, c’est du vol ? — Dans les années 70, on parlait aussi de «communisme immédiat». Avec la crise économique de 2008, l’autoréduction redevient un moyen d’action en vogue chez les associations de chômeurs et de sans-papiers.

Leur presse (Isabelle Petiot, La Manche libre), 17 avril 2009.

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