Watrin revient !

Publié le par la Rédaction

Les propos de M. Roux de Bézieux
sur les séquestrations «inacceptables» (Thibault)


Le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault a estimé vendredi à Marseille que le président de lUnedic Geoffroy Roux de Bézieux (Medef) avait tenu des «propos inacceptables» en comparant les salariés qui séquestrent leurs dirigeants aux assassins de George Besse.

«Je trouve assez stupéfiant ce genre de déclarations totalement inacceptables, provocatrices et irresponsables au regard de la situation actuelle», a déclaré M. Thibault en marge d
une conférence de presse sur la réparation navale dans le port de Marseille.

«Il est inacceptable de comparer des travailleurs qui sont en lutte et leurs représentants à des assassins potentiels», a-t-il insisté, ajoutant que «M. Roux de Bézieux doit reprendre son sang-froid, sinon il ne faudra pas s
étonner que les tensions soient de plus en plus vives».


Le président de lUnedic a estimé vendredi sur RTL que les quatre cadres de Caterpillar à Grenoble qui ont déposé plainte pour séquestration avaient «raison» de le faire.

«On comprend l
extraordinaire détresse des salariés (…) mais rien nexcuse jamais la violence. On commence par des séquestrations et puis ça finit… on tire sur Georges Besse, cétait il ny a pas si longtemps que ça», a déclaré M. Roux de Bézieux en évoquant lassassinat du Pdg de Renault, le 17 novembre 1986, par le groupe Action directe.

Leur presse (AFP), 24 avril 2009.





Séquestrations : La main de l’extrême gauche

Les syndicats traditionnels sont de plus en plus souvent débordés par des militants venus des milieux trotskistes et anarchistes.

Qui se cache derrière les meneurs des grèves et les salariés qui séquestrent les patrons ? Agissent-ils seuls, poussés par le désespoir de voir une vie de travail partir en fumée ? Ou sont-ils instrumentalisés pour engendrer le chaos ? Nombre d’observateurs estiment que ces débordements volontairement médiatisés portent la signature de l
extrême gauche. Qu'il sagisse du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), de Lutte ouvrière (LO) ou de groupuscules anarchistes.

«C
est un secret de polichinelle que de dire que les meneurs de la fronde des Continental à Clairoix sont encartés chez LO», dénonce un dirigeant de la CFDT. «Les militants du NPA sont partout où il y a de la misère et la peur de lavenir, abonde un autre de la CGT. Ils jouent sur les craintes des gens, comblent un vide politique ou syndical, et soutiennent tous ceux qui sont en lutte. Dès quil y a deux grévistes dans une entreprise, ils débarquent.»

À la sous-direction de l
information générale (ex-RG), les notes affluent en provenance des départements sur lévolution des différents conflits sociaux et les actions envisagées par les acteurs les plus déterminés. Le risque dembrasement sur les sites est évoqué depuis longtemps dans les analyses reçues à Paris. Tout comme les ex-RG avaient mis en garde contre de possibles dérapages outre-mer, et notamment en Guadeloupe. Un commissaire de police très au fait des questions sociales est formel : «Les salariés qui dégradent leurs usines et qui intimident leur hiérarchie cèdent évidemment à une sorte demballement collectif.» Selon lui, «les images de séquestrations de patrons qui tournent en boucle à la télé ont pour effet de banaliser cette pratique». Lun de ses collègues de province ajoute : «Il est difficile dapporter la preuve irréfutable que des organisations subversives sont à lorigine du durcissement des mouvements engagés. Mais ce qui est certain, cest que des agitateurs de tout poil tentent de profiter du climat et sactivent en coulisse, dans les milieux de la gauche trotskiste notamment.» Il nest dailleurs «pas anodin, poursuit-il, que les sites où la situation se radicalise le plus, ces derniers jours, se trouvent dans des villes comme Grenoble ou Toulouse, où lextrême gauche dispose de nombreux relais».

Après le saccage de la sous-préfecture de Compiègne mardi par des salariés de l
usine Continental de Clairoix (Oise), la ministre de lIntérieur, Michèle Alliot-Marie, a fermement rappelé que «de tels agissements ne sauraient être tolérés» et que tout serait «mis en œuvre pour identifier les casseurs». Les enquêtes judiciaires permettront peut-être de dire si, oui ou non, les jusquau-boutistes ont agi de leur propre initiative ou sils ont été instrumentalisés. À Compiègne ou ailleurs.

«Les militants dormants se réveillent»

Mais certains éléments ne trompent pas. Comme la maîtrise des outils de communication affichée par certains leaders sur le terrain, qui savent utiliser la presse pour faire passer leurs revendications, parfois violemment. «Tout cela est piloté de l
extérieur, assure Marcus Kerriou, cogérant de lusine Molex de Villemur-sur-Tarn, séquestré il y a deux semaines pendant vingt-six heures avec son DRH, et qui évoque des «éléments radicaux». Idem en Guadeloupe, où les meneurs de la fronde lors de la longue grève de ce début dannée étaient aidés. «Cétait très voyant, raconte aujourdhui un proche de Willy Angel, le président du Medef Guadeloupe. Ils étaient briefés par les militants dextrême gauche ou indépendantistes pour se positionner sur une estrade, préparer leur plan de communication et définir la stratégie de débordement.»

Une stratégie tellement payante outre-mer qu
Olivier Besancenot — qui sest rendu en Guadeloupe lors du conflit de février — souhaite limporter en métropole, où le noyautage des syndicats traditionnels est pourtant déjà une vieille tradition. «Les centrales territoriales sont très infiltrées, assure ainsi un représentant patronal. Il y a de lentrisme actuellement dans les syndicats dextrême gauche qui tentent de radicaliser les mouvements.» Ce que confirme un cadre de la CGT. «Ils nous collent sur le terrain dans tous les conflits, reconnaît-il. Ils essayent de peser sur ce quon dit et ce quon fait.» Il est dailleurs de plus en plus fréquent de retrouver des tracts du NPA ou de LO — vantant la lutte des classes et appelant à la révolte — traîner à la sortie des entreprises, et même à lintérieur.

Une situation qui a poussé la CGT à confier à un ancien responsable de la CGT-transport, Alain Renault, la mission de suivre le développement du NPA dans ses rangs. «On sait très bien où ils se trouvent : dans quelles fédérations, dans quels territoires, dans quelles entreprises», avoue-t-il. Les sections départementales CGT de Seine-Maritime, du Pas-de-Calais ou des Bouches-du-Rhône seraient ainsi présidées par des militants d
extrême gauche. Tout comme les fédérations de la chimie, de quelques branches de la fonction publique, ou encore les sections dOrly-Sud ou de la SNCM. «Le NPA a besoin dune assise dans les organisations de masse, comme à la CGT, pour se développer», justifie un syndicaliste cégétiste.

La centrale dirigée par Bernard Thibault n
est pas le seul syndicat à faire les frais aujourdhui de cette stratégie. FO, de culture trotskiste et dont certains dirigeants lambertistes militent au Parti des travailleurs, ainsi que la CFTC sont également touchées. «Les militants dormants se réveillent en ce moment», avoue un patron. La CFDT en revanche, se veut sereine. «On sen est débarrassé il y a plusieurs années», ironise lun de ses responsables.

Il n
y a quun seul syndicat où lextrême gauche na pas besoin de faire dentrisme pour influencer les décisions. Il sagit de la galaxie des centrales SUD, regroupées sous la bannière Solidaires. Olivier Besancenot na-t-il dailleurs pas sa carte à SUD-PTT ? «Ils sont de tous les combats des sans : sans-papiers, sans-logement, sans-emploi…, fait remarquer un responsable FO. Ils ont la même conception de la lutte des classes et de la nécessité dinstaurer un rapport de forces pour parvenir à leurs fins.»

Des directions dépassées

Une révolution encouragée par les discours bienveillants des leaders politiques de gauche qui, tout en condamnant la violence, avouent «comprendre» les débordements, et les jugent même «légitimes» pour certains. Et qui profite des «erreurs de communication» de quelques directions d
usine. Celles de Continental à Clairoix ou de Caterpillar à Grenoble reconnaissent en avoir commis. La direction de Clairoix a ainsi démenti énergiquement pendant plus dune semaine les rumeurs de fermeture du site. Les représentants syndicaux ont adhéré à son discours. Lorsque la décision a finalement été confirmée, la direction et les syndicats, décrédibilisés, ont perdu la confiance des salariés. Laissant le champ libre aux «ultras», mais aussi à des salariés sans engagement politique, révoltés davoir été bernés : deux ans auparavant, ils avaient accepté une augmentation de leur temps de travail afin de «pérenniser leurs emplois». Les politiques de tout bord se sont engouffrés dans la brèche pour dénoncer la «trahison».

À Grenoble, les circonstances sont différentes. Début janvier, les négociations entre l
intersyndicale et la direction avaient pourtant débuté aussi sereinement que possible dans de telles circonstances. «Le tournant a été pris le 2 mars, tandis que 100 à 200 salariés (sur 2700) au chômage partiel, et non pas en grève, manifestaient dans lusine. Un groupe danarcho-libertaires est venu les rejoindre. Les syndicats ont perdu le contrôle de ce petit groupe», relate un salarié. Doccupation dusine en séquestration de cadres, en trois semaines, la tension est montée. Nicolas Sarkozy lui-même sest engagé à «sauver le site» et à rencontrer les salariés. Lesquels ont refusé de répondre à linvitation de lÉlysée, exigeant une visite sur place du président. «Lultragauche ne crée pas les opportunités, elle les utilise», estime un observateur local.

Olivier Besancenot en a encore apporté la preuve jeudi devant les salariés de la société Molex : le leader du NPA a appelé à une «marche nationale» de tous les salariés licenciés, au mois de mai. Une marche «sur Paris»…

Leur presse (Elsa Bembaron, Marc Landré
& Jean-Marc Leclerc, Le Figaro), 23 avril 2009.

Publié dans Colère ouvrière

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