Faux ami : Le mouvement social

Publié le par la Rédaction


Hal-lu-ci-nant ! Le 1er mai, jour de la Fête du travail, les syndicats appellent à manifester. L’événement est de taille. Pour rendre compréhensible le choc de cette effarante décision, les médias ont fait dans la pédagogie en notant qu’au grand jamais les syndicats n’avaient défilé «tous ensemble, tous ensemble» en ce jour de célébration de l’abomination salariale. Raison d’une telle audace : «poursuivre le mouvement social». Après les défilés massifs du 29 janvier, puis ceux du 19 mars, les syndicats, encore émoustillés par des succès aussi décisifs, ont donc courageusement décidé d’engager la poursuite, d’un pas de sénateur : on sort les drapeaux, les fanions et la sono tous les quarante jours. «Maintenir la pression» disent les chefs syndicaux. «Faire du mois d’avril un mois de mobilisations ponctué d’initiatives visant à soutenir les actions engagées et à organiser les solidarités», osent-ils à la sortie d’un apéro avec Sarkozy, le 30 mars. D’autant que 60% du cheptel à statistiques s’est déclaré «favorable à la poursuite du mouvement».

Mais qu’est-ce donc que ce fameux mouvement social ? Une nouvelle chapelle politique distillant ses promesses à la valetaille dont il est exigé dignité, patience et sens des responsabilités, comme s’il se fût agi d’électeurs ?


Une espèce de bibelot trônant sur la cheminée, dont on ne cesse de vanter les v
ertus pour mieux l’ignorer ? À croire qu’il est tellement partout qu’il n’est finalement nulle part. Dans une chorégraphie obligée, la gauche se montre, mais de loin, un peu compréhensive à l’égard des énervés ; le porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre, affirme que «le durcissement des conflits n’est pas acceptable mais s’explique par des raisons objectives» ; les syndicats «comprennent» la colère. Mais quand des salariés séquestrent leur patron, rien ! Tandis qu’un haut responsable de la majorité confie : «Il faut avoir une marge de tolérance à l’égard de ces comportements extrêmes…» tout en lâchant CRS et BAC sur les protestataires, comme à Paris, Lyon ou Besançon, et la brigade criminelle contre les grévistes de Gaz de France [Suite à des coupures menées le 2 avril, dans Paris, par des salariés de GDF qui réclament des hausses de salaires]

Une vraie prouesse. Réussir à faire du «mouvement social» une entrave … au mouvement social. Comme les marchands qui présentent leur camelote chargée d’authenticité : vin, pain, vie, amour, nature… copies-standard du vrai, destinées à effacer la mémoire même de l’original. Travail de faussaires. Vendre l’ombre pour la proie. Distribuer un hochet pour calmer les petits. Jusqu’à ce que, dans une Sainte-Alliance, bureaucrates et politicards tombent les masques de la compréhension et de la compassion pour s’affirmer ennemis de tout mouvement dès qu’il se montre véritablement social, c’est-à-dire questionnant la société et son organisation. Ce sont alors vitupérations contre les «éléments incontrôlés» et les «provocateurs» et appels à des «peines sévères», à «l’application rigoureuse de loi», à une répression exemplaire, à une extrême sévérité, comme on a pu le voir, entre autres, à Strasbourg début avril, où quelques centaines de jeunes décidés à marquer le coup de leur colère ont tenté de se jouer de 25.000 flics quadrillant une ville-bunker. Et autrement qu’en polémiquant sur le nombre de manifestants.

CQFD no 66, avril 2009,
actuellement en kiosque.

Publié dans Colère ouvrière

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