Coupat : La fabrique d'un présumé coupable

Publié le par la Rédaction


Depuis six mois, Julien Coupat est en prison sous la fantastique inculpation de «direction d’une association de malfaiteurs et dégradations en relation avec une entreprise terroriste». On est très loin des fers à béton placés sur les caténaires, auxquels aucune preuve ne le lie. La justice ne peut se fonder sur un procès d’intention. Que Julien Coupat ait écrit L’insurrection qui vient — ce qui n’est pas prouvé —, ne peut fonder une culpabilité. Quelle est cette démocratie qui retient le délit d’opinion, allant jusqu’à interroger l’éditeur de cette réflexion philosophique et politique ? Que L’insurrection qui vient soit une critique radicale et parfois hostile du système social français ne signifie pas que ses auteurs ou inspirateurs soient des «terroristes». Que Coupat ait été un militant anticapitaliste actif et résolu, c’est sûr. Mais, comme le montre l’enquête de notre journaliste Karl Laske, à trop vouloir prouver, la police et la justice cornaquées par Alliot-Marie ont créé de toutes pièces une menace et un groupe terroriste ironiquement nommé la «cellule invisible». On sait aujourd’hui que Coupat et ses proches ont fait l’objet d’une surveillance constante mais qui n’a jamais rien démontré ni d’illégal ni de violent. Et aujourd’hui, comme pour justifier a posteriori ces intrusions et flicages, le gouvernement continue à faire de Coupat le chef d’orchestre d’une vaste conspiration. La police a négligé d’autres pistes, notamment celle des activistes allemands qui ont revendiqué les sabotages. Parce que cette affaire est politique, la justice se doit d’être exemplaire. La détention de Julien Coupat est injustifiée.
François Sergent


La fabrique d’un présumé coupable


C’est la chronique d’un nouveau fiasco judiciaire. D’une enquête qu’on disait «fulgurante» et qui ne cesse de perdre pied.

Dernier suspect écroué dans l’affaire des sabotages des lignes de TGV, Julien Coupat, 34 ans, mis en examen pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste» est maintenu en détention après le rejet de trois demandes de remise en liberté, dont la dernière fin mars. Il termine son sixième mois de détention.

«Sa détention provisoire se prolonge en dehors des règles de droit, s’indigne Me Irène Terrel, son avocate. Il n’a pas de casier judiciaire, les faits qui lui sont reprochés sont des dégradations qui n’ont rien à voir avec du terrorisme. Non seulement aucun élément matériel n’a été retrouvé, pas de trace d’ADN, ni d’empreinte, mais les faits sont revendiqués par d’autres, en Allemagne !» Un collectif antinucléaire d’outre-Rhin a, en effet, revendiqué les actions de sabotage et ce dès le 10 novembre.

Le manque de preuves et la volonté de maintenir l’accusation de terrorisme provoquent lentement la dérive du dossier. Dernier exemple en date : le juge d’instruction a consacré ses derniers interrogatoires à l’analyse de
L’insurrection qui vient, un petit livre publié sous la signature du Comité invisible en 2007, et dont Julien Coupat est soupçonné d’être l’auteur.

«Deal». Jeudi dernier, Éric Hazan, l’éditeur à «la Fabrique» de L’insurrection qui vient a été interrogé durant trois heures par les policiers de la sous-direction de l’antiterrorisme (Sdat). L’intérêt policier pour le livre tient dans le fait que «le réseau TGV» soit mentionné parmi les cibles potentielles d’un sabotage insurrectionnel, et surtout qu’un témoin sous x a désigné Coupat, non pas comme l’auteur des sabotages, mais comme l’auteur de l’ouvrage… Julien Coupat nie pour les sabotages comme pour le livre. À la question «Qui est l’auteur principal ou collectif de L’insurrection qui vient ?», il a clairement répondu au juge : «Je l’ignore et je ne suis pas l’auteur de ce livre.»

«J’ai dit aux policiers que ce livre a été écrit par un collectif d’auteurs dont je me suis engagé à préserver l’anonymat», explique Éric Hazan à Libération. Aucun contrat n’a d’ailleurs été signé. «Ils ne voulaient pas d’argent, le deal était que je leur donne autant de livres qu’ils voulaient.»

Mais les policiers ont aussi consigné les réponses d’EÉric Hazan interviewé sur RMC sur le livre. «On l’a qualifié de bréviaire anarchiste… de manuel de terrorisme… En fait, c’est un livre de critique sociale et de philosophie, a expliqué l’éditeur. Julien Coupat n’est pas un spécialiste de sabotage ou de cocktail Molotov, c’est un philosophe, il a écrit un livre de philosophie.» Les policiers surlignent la phrase «il a écrit». «Je me suis embrouillé ce jour-là au téléphone, concède Éric Hazan. Mais ils ont relevé cette phrase, en oubliant les dizaines d’autres. Leur problème n’est pas de faire émerger la vérité, mais de charger à fond.»

«Légal». Les policiers ont aussi réalisé la retranscription de «Salut les terriens», l’émission de Thierry Ardisson, qui avait interviewé Gérard Coupat, le père de Julien. «Cela montre le vide du dossier et le manque de sérieux de cette instruction», s’insurge Éric Hazan.

Le Comité invisible, présenté dans le livre comme un «collectif imaginaire», est devenu l’appellation policière du groupe. Le procureur Jean-Claude Marin l’a transformé en «cellule invisible» lors de sa conférence de presse, en novembre. «Nous avons retrouvé des écrits qui légitiment les attaques contre l’État», avait dit la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, en décembre. Dans la foulée, le juge Fragnoli a estimé que le livre pourrait être «le support idéologique justifiant les actes de sabotages».  «C’est un ouvrage public, légal, qu’on trouve à la Fnac, qui n’a jamais fait l’objet d’aucune poursuite», s’insurge Irène Terrel.


Affaire Coupat : sept mois de traque d’une cellule invisible

D’avril à novembre, la police n’a découvert que des coïncidences troublantes.

Lorsqu’ils sont arrêtés, en novembre 2008, Julien Coupat et ses amis du «groupe de Tarnac» sont déjà étroitement surveillés pour des faits de «terrorisme» présumé depuis le mois d’avril précédent. La sous-direction antiterroriste (Sdat) de la police judiciaire n’a rien révélé de probant. Mais au terme de cette traque de sept mois, la Sdat retrouve Julien Coupat passant trop près d’une ligne de TGV, visée par un sabotage. Le groupe est aussitôt arrêté. C’est pendant les gardes à vue que les policiers entendent un témoin sous «x» qui accuse Julien Coupat de vouloir «renverser l’État». Le Comité invisible, auteur de L’insurrection qui vient, est transformé en «organisation terroriste». Libération dévoile les pièces de l’accusation.

Dans la nuit du 7 au 8 novembre, Coupat conduit les policiers, qui le filaient en Seine-et-Marne, à proximité de la ligne du TGV Est, où a lieu l’un des quatre sabotages de la nuit. Il est en compagnie d’Yildune Lévy et il cherche à déjouer la surveillance policière. La filature commence à 18h25 au niveau de l’autoroute A4. Le couple emprunte les départementales D81 et D845, autour de Dhuisy. Leur Mercedes est vue, tous feux éteints sur un chemin, non loin de la D845. Une demi-heure plus tard, la voilà qui repart vers Dhuisy. Elle s’arrête près d’un pont de chemin de fer, emprunte une voie de service, puis repart. À 20h45, elle stationne vers Dhuisy et repart encore en direction du chemin de fer. Finalement, Julien Coupat et Yildune Lévy choisissent de se restaurer à la Bella Vita, une pizzeria de Trilport. Ils en sortent à 22h35, remontent dans leur voiture, qui reste stationnée là jusqu’à 3h50 du matin. Laps de temps pendant lequel ils dorment. C’est alors qu’ils repartent dans la campagne et se garent une nouvelle fois, toujours surveillés. Ils racontent tous deux avoir fait l’amour (lire page suivante), avant de repartir vers Paris, à 4h20. «La plupart des gens ignorent ma proximité avec Yildune, ce qui ne fait pas de Tarnac le lieu idéal pour un week-end en amoureux», confie Coupat au juge. «En raison de mes relations amoureuses avec Julien, je ne m’exprimerai que lorsque j’aurai pris connaissance de ses propres déclarations sur le sujet», déclare Yildune Lévy en première comparution.

«Cet arrêt à proximité d’une voie ferrée, cible potentielle de la mouvance anarcho-autonome, nous conduisait à procéder à des recherches sur cette voie, rapporte un rapport de la Sdat. Ces recherches n’amenaient la découverte d’aucun engin explosif.» Rien. Le couple ne laisse aucun élément matériel derrière lui, hormis des horaires SNCF et un emballage de lampe frontale laissés dans une poubelle publique à Trilport. Coupat dira avoir fait le ménage dans la voiture avant d’y dormir, et avoir jeté des horaires, pris le matin avec son père dans une agence SNCF. Au juge, sceptique sur le «hasard» de sa présence sur les lieux, Coupat répond, le 11 février : «J’avais une prescience ? Je n’en sais pas plus qu’un autre.»

Le train Castor

L’accusation prend forme, le 8 novembre, au matin des sabotages des lignes TGV. La PJ s’aperçoit qu’outre Coupat et Lévy, trois amis de Tarnac ont aussi dormi dans une voiture, mais très loin de là. Manon Glibert, Benjamin Rosoux et Gabrielle Hallez, l’ex-compagne de Coupat, ont été contrôlés par les gendarmes en lisière de bois au lieu-dit Saint-Ulrich (Haut-Rhin). «Notons que le véhicule se situe à moins de quatre kilomètres de la ligne ferroviaire sur laquelle devait passer le train de matières radioactives, dit train Castor, et à moins de dix kilomètres de la ligne de passage du TGV Est», note la PJ. C’est l’autre découverte de la police, au matin. La nuit du 7 novembre correspond au transport de déchets radioactifs entre La Hague et Gorbelen, en Allemagne. «Le passage du train était sujet à des actions de toute nature de la part des militants antinucléaires.» Hallez dit qu’elle ignorait tout «des actions Castor». Elle avait entraîné ses amis dans un week-end à Strasbourg, ils s’étaient garés à Saint-Ulrich pour dormir.

Les policiers joignent à la procédure la liste d’actions prévues sur le passage du train Castor établie par le réseau Sortir du nucléaire. «La date du départ est plus que symbolique, signalait le réseau. Voici quatre ans, Sébastien Briat décédait lors d’une tentative de blocage d’un de ces transports. En Allemagne, Sébastien n’est pas oublié non plus.» Le 7 novembre 2004, ce jeune militant était mort percuté par un train Castor. Les dégradations qui ont visé les lignes TGV dans la nuit du 7 au 8 novembre se sont justement réparties sur un axe Nord-Est, celui du trajet du train Castor de La Hague vers l’Allemagne. En consignant les quatre dégradations de la nuit, les policiers sont avisés par la SNCF d’une cinquième action survenue quinze jours auparavant. «Dans la nuit du 25 au 26 octobre, un crochet métallique en tous points similaire avait été utilisé sur la ligne TGV Est dans le sens Paris-Strasbourg à hauteur de Vigny [Moselle, ndlr]. Constatons que le lieu de commission de cette dégradation est situé à 70 km du lieu de résidence des parents de Gabrielle Hallez.» Coupat avait justement passé ce week-end-là avec elle, et avec leur fille de 3 ans.

Le coup de filet contre le groupe de Tarnac était plus qu’annoncé. Six mois avant, le 11 avril, la Sdat avait révélé au parquet l’existence sur le territoire national d’une «structure clandestine anarcho-autonome», «entretenant des relations conspiratives avec des militants de la même idéologie implantés à l’étranger et projetant de commettre des actions violentes». La sous-direction de la PJ parle alors d’une «vingtaine d’activistes», de «bases logistiques en région parisienne et en province», de «liens opérationnels» à l’étranger. Julien Coupat est déjà présenté comme le «leader» de ce réseau et Yildune Lévy «une militante autonome parisienne».

Le soupçon américain

La Sdat dénonce leur entrée clandestine aux États-Unis en janvier 2008. Un sac abandonné par Coupat dans une voiture a été retrouvé par les Canadiens. Et dans le sac, une copie du permis de conduire de Coupat, des textes «subversifs» en langue anglaise, et des photos de Times Square à New York. Alors que Coupat et Lévy expliqueront être simplement partis en vacance, la Sdat a un autre scénario : «Le 6 mars 2008, le centre de recrutement de l’armée situé à Times Square a fait l’objet d’un attentat par jet de grenade ayant causé des dégâts matériels. À ce jour, les services américains n’ont toujours pas identifié les auteurs de ces faits.» Mais en France, la construction des suspects de Tarnac a commencé. «Si les autorités américaines ont quelque chose à me reprocher, elles n’ont qu’à le faire», a répondu Julien Coupat au juge, début février. «Pour aller aux États-Unis, il fallait un passeport à visa biométrique, et comme je refuse ce type de contrôle, j’ai décidé de passer clandestinement aux États-Unis. La frontière avec le Canada fait plusieurs milliers de kilomètres. N’importe qui peut la traverser à pied.» La note du 11 avril 2008 provoque néanmoins l’ouverture d’une enquête préliminaire.

Tous filmés

Les policiers antiterroristes mettent les moyens. Le 22 juillet, ils prennent position autour de la ferme du Goutailloux, en Corrèze, achetée par Coupat et ses amis. Comme du temps d’Action directe, cette surveillance donne lieu à un album photos, où l’on voit les bois, la ferme, des voitures. Et des silhouettes photographiées, floues. Coupat est parfois suivi. Fin août, un service technique installe des caméras de surveillance sur les deux chemins d’accès à la ferme. Durant un mois, les visages de tous les visiteurs sont numérotés et répertoriés. Une fois identifié, chacun est placé sous écoute. Le 5 septembre à 13 h 13, la conversation no 255 enregistrée signale que Coupat va expédier à sa famille par la poste des clefs de voiture. Les policiers foncent au centre de tri de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) et trouvent «une enveloppe bulle laissant apparaître une excroissance». C’est une clé. Au verso, on peut lire : «EXP : T. de Linotte. 15 bd de l’oubli. Paris.» Mais ce courrier vient de Thessalonique, en Grèce, où se tient la 73e foire internationale de la ville. Des «groupuscules anarchistes» ont manifesté. Un cocktail Molotov aurait été lancé sur un distributeur de billets. «Un jet de pierre aurait visé le hall d’entrée du consulat de France», relèvent les policiers, qui brûlent d’écrire que Coupat pourrait être entré en action. Coupat dira avoir simplement participé à un forum social.

Des caméras de vidéosurveillance sont aussi placées dans la cour de son immeuble à Paris. Nouvel album. Le 16 octobre, Coupat rejoint un rassemblement contre le fichier Edvige à Paris. On le voit distribuer des tracts. Tous ceux qu’il approche sont photographiés. Les écoutes continuent. Le 31 octobre, une militante parle «d’un départ collectif en véhicule». Aussitôt, les policiers se mettent en chasse. Il s’agit de la préparation de la manif du 3 novembre à Vichy contre la tenue du sommet des ministres de l’UE. Là encore, les policiers récupèrent des images de vidéosurveillance. Coupat est particulièrement observé au milieu des incidents qui opposent un groupe de manifestants aux policiers. Il aurait «donné des instructions» à certains au moment où des manifestants accrochent une corde à la grille d’un véhicule de police pour le tirer. Coupat se défend de toute violence. «D’ailleurs tirer les cordes est un vieux jeu médiéval», dit-il au juge.

Le 11 novembre, l’opération policière sur Tarnac est massive : 150 policiers interviennent — 60 de la Sdat, 50 de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) et 40 policiers locaux. Mais les perquisitions ne permettent la découverte d’aucun élément matériel. Les prétendues «bases logistiques en région parisienne et en province» dénoncées par la Sdat, en avril 2008, ne contiennent rien. Pas d’armes, pas d’explosifs, pas d’engin incendiaire, pas même de fers à béton. Dans une cheminée, deux gilets pare-balles dans un sac-poubelle sont découverts, provoquant le scepticisme des occupants. «Je n’ai jamais vu ce sac auparavant», assure Benjamin Rosoux, qui s’occupait de l’épicerie.

«En souvenir de Sébastien»

Yildune Lévy, étudiante chercheuse en archéologie, a téléchargé en février 2007 sur Internet un document qui explique la fabrication d’un engin incendiaire. Intéressant pour cerner sa personnalité, mais insuffisant pour constituer une charge. À Tarnac, un livre en allemand est aussi saisi : Autonome in Bewegung («Autonomes en mouvement»). Page 336, les policiers découvrent «une photo d’une coupure de presse contenant elle-même une petite photo sur laquelle on distingue un crochet métallique». Le livre évoque les actions du printemps 1995 à novembre 2002 pour «perturber la progression ferroviaire de cinq transports Castor ayant rejoint le site de Gorbelen» et il parle aussi des crochets métalliques posés sur les caténaires. «Ce mode opératoire est évoqué pour les transports Castor de 1995 (une centaine de crochets auraient été posés) et de 1996. La légende de la photo signale : “Ce crochet a paralysé Berlin, en mai 1996”», écrivent les policiers.

Le 10 novembre, veille de l’opération policière, un groupe antinucléaire allemand a justement revendiqué l’action sur le réseau TGV, dans un courrier dactylographié adressé au Berliner Zeitung. Il évoque l’utilisation de crochets, dans l’objectif de perturber le trafic ferroviaire sur le parcours emprunté par le train Castor d’acheminement des déchets. Le texte de revendication fait allusion au «souvenir de Sébastien», le jeune militant mort en 2004. Cette lettre en version originale allemande et traduite en français est versée au dossier. Mais la piste allemande est délibérément mise au rencart, puisqu’elle contredit la thèse de la «structure clandestine anarcho-autonome» démantelée sur le territoire. Les interpellations ont été annoncées, le matin même, lors d’une conférence de presse de la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie.

Le témoin 42

Les policiers introduisent le témoin 42. Cette personne, entendue sous «x» le 14 novembre, ne révèle aucun plan secret susceptible de nourrir une accusation de terrorisme. «Julien Coupat souhaite le renversement de l’État par le biais d’actions de déstabilisation qui auraient pu aller jusqu’à des actions violentes, assure 42. C’est pourquoi je souhaitais apporter mon témoignage.» L’anonyme assure que le groupe a pris la dénomination «Comité invisible sous section du parti imaginaire», qu’il a été rejoint par des squatteurs, puis par des ultras, anciens des Black Blocks. Les membres du groupe se seraient «isolés socialement», puis auraient expérimenté «une logique de territoire», avec l’acquisition de savoir-faire agricoles et artisanaux. «À partir de 2005, l’information a commencé à circuler que le temps de l’action était venu.» Le livre L’insurrection qui vient est finalisé en 2007. «À partir de là, le groupe constitué autour de Julien Coupat s’est complètement refermé sur lui-même», assure le témoin 42.

Aucun détail. Pas d’accusations précises. Le lien avec les dégradations n’est pas fait. Mais il ne reste plus qu’à se pencher sur L’insurrection qui vient.


«Nous avons eu envie de faire l’amour»
Julien Coupat donne sa version de la soirée des sabotages :
«Ce soir-là, j’ai dû m’arrêter quelque chose comme une dizaine de fois, et faire autant sinon plus de demi-tours. Dès que nous nous sommes engagés sur les petites routes, on s’est senti suivis. Cela ne correspondait pas à des techniques de contre-filatures très élaborées, mais juste au fait de s’arrêter au milieu de nulle part et de voir ce qui vient. À chaque fois que nous nous mettions dans les endroits les plus reculés, il y avait une voiture à la conduite suspecte qui surgissait dans les minutes qui suivaient. À partir de là, même si c’est un sentiment assez oppressant, il y a quasiment un caractère de jeu à s’arrêter et à voir venir les voitures en reconnaissance. Avant d’aller à la pizzeria, nous nous étions arrêtés devant le routier devant lequel nous avons dormi, et nous avons demandé à la dame si elle avait de la place. Elle nous a dit qu’ils étaient complets. Ce routier se trouve sur la nationale qui traverse Trilport (en Seine-et-Marne, ndlr). Les hôtels étaient de l’ordre de 65 à 70 euros. Dans ces conditions, nous avons décidé de dormir dans la voiture devant le routier, et nous avons été réveillés par le froid. Nous avons eu envie de faire l’amour et nous sommes allés sur un des endroits reculés à l’écart de tout, en pleine campagne, où nous étions passés auparavant.»


«Les dates sont un message»
Le juge d’instruction Thierry Fragnoli questionne Julien Coupat :
«Les dates du 25 octobre et du 7 novembre ne sont pas si anodines qu’elles paraissent puisque chacun sait que c’est le 25 octobre (dans le calendrier julien) qu’a eu lieu ce que l’Histoire a retenu sous le nom de l’insurrection de Petrograd, élément fondateur de la révolution russe qui éclate en 1917 dirigée par Léon Trotski, et ayant pour objectif des points stratégiques tels que notamment les ponts et les gares. Cette même nuit du 25 au 26 octobre (soit du 7 au 8 novembre 1917 en calendrier grégorien), le palais d’Hiver était pris par les insurgés. Or précisément, il est fait allusion à cet épisode historique dans L’insurrection qui vient. Page 118: «Les moments de grand retournement: 10 août 1792, 18 mars 1871, octobre 1917» (octobre 1917 est souligné par le juge). Page 121: «Il y a bien encore des palais d’Hiver». On pourrait presque en déduire que le choix de ces dates du 25 octobre du 7 novembre par les auteurs de dégradations des lignes TGV est à lui seul un symbole, voire un hommage, pour ne pas dire un message s’inscrivant dans la même veine que L’insurrection qui vient

Leur presse (Karl Laske, Libération), 16 avril 2009.


«Ce ne sont pas les journaux qui rendent la justice»

La ministre Michèle Alliot-Marie a vivement réagi à la publication de deux articles dans la presse, notamment dans Libération, critiquant la faiblesse supposée des charges retenues contre les accusés de Tarnac.

La ministre de l
Intérieur a rejeté jeudi plusieurs contre-enquêtes journalistiques critiquant la qualification de terrorisme dans l’affaire des dégradations de caténaires contre des lignes SNCF fin octobre et début novembre.

«Ce ne sont pas les journaux qui rendent la justice dans notre pays», a déclaré Michèle Alliot-Marie, sur France-Inter. La ministre était invitée à réagir à la publication de deux articles dans Charlie Hebdo, mercredi, et Libération, jeudi, critiquant la faiblesse supposée des charges retenues contre les accusés de Tarnac, soupçonnés d’être impliqués dans les dégradations contre les lignes SNCF, notamment Julien Coupat, toujours incarcéré.

«La police a apporté au juge et continue d’apporter au juge un certain nombre d’éléments», a ajouté la ministre. Michèle Alliot-Marie a exhorté à la patience, dans ce dossier, et invité à prendre avec précaution les commentaires publiés dans la presse. «Ceux qui savent n’ont pas le droit de parler», a-t-elle dit, en référence au secret de l’instruction.

Leur presse (Libération/AFP), 16 avril 2009.

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