Tarnac : la justice au ralenti

Publié le par la Rédaction


Les défenseurs de Julien Coupat montent un comité pour l’abolition des lois antiterroristes.

Depuis sa cellule de la Santé, Julien Coupat, le principal mis en examen dans l’affaire de Tarnac, enrage. «Depuis le 15 novembre, mon client est maintenu en détention parce qu’il serait apparemment nécessaire qu’il soit à nouveau interrogé, nous explique son conseil, Me Irène Terrel. J’ai donc demandé à ce que ce soit fait une bonne fois pour toutes. Résultat ? Les juges d’instruction préfèrent entendre ceux qui, dans cette affaire, sont libres. C’est surréaliste !» D’autant que les proches de Coupat ont prévenu : tant qu’il restera en prison, tant que l’antiterrorisme continuera à gérer ce dossier, ils ne répondront plus à aucune question. Après Manon Glibert vendredi, ce sera aujourd’hui au tour de Gabrielle Hallez, l’ancienne compagne de Coupat, de dire… qu’elle n’a rien à dire. De fait, des deux côtés, les positions se durcissent.


Ainsi, vendredi, la demande d’allègement du contrôle judiciaire de Benjamin Rosoux, le gérant de l’épicerie de Tarnac, a été rejetée : «En lui interdisant de retourner à Tarnac et de rester — à trente ans passés — chez sa mère, à 800 kilomètres du lieu où il travaillait, on le maintient de force au chômage et on met en péril un beau projet, s’insurge Me Terrel. C’est un dévoiement du contrôle judiciaire, symbolique du durcissement actuel.» Est-ce aussi une réponse à la demande de dessaisissement du juge antiterroriste, à la démonstration de la vacuité du dossier et à la mobilisation des politiques ? Peut-être. En tout cas, l’avocate ne nous aura pas caché avoir été «abasourdie» en apprenant que la sous-direction antiterroriste (SDAT, un service de police spécialisé) avait entendu, jeudi dernier, Éric Hazan, l’éditeur de L’insurrection qui vient. Un ouvrage collectif, signé par le «comité invisible», que la police veut attribuer à Coupat.


«Le but ? Faire l’amalgame entre Julien, le livre et les actes de sabotage, nous explique l’éditeur. En matière d’antiterrorisme, pas besoin de faits, il suffit de criminaliser des intentions. Ne sachant pas ce que je faisais là, j’ai donc répondu que je n’étais pas là pour combler les vides du dossier. Que le livre, Julien et les actes de sabotage étaient des choses bien distinctes. Et que s’en prendre à un livre et à un éditeur était une attaque contre la liberté d’expression.» Voilà pourquoi se monte un comité pour l’abolition des lois antiterroristes avec, entre autres, Alain Badiou, Jacques Rancière, l’avocat des Irlandais de Vincennes, Antoine Comte, Michel Tubiana… En attendant, d’après ses proches, Julien Coupat va bien. «Il se demande juste pourquoi, sourit Hazan, avec tout ce qui se passe en ce moment, la révolution n’a pas commencé.»

Leur presse (Sébastien Homer, L’Humanité), 14 avril 2009.

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