Les patrons licencient : Séquestrons les patrons !

Publié le par la Rédaction

Bellegarde-sur-Valserine (Ain) :
Des salariés séquestrent leurs dirigeants


Un nouveau pas a été franchi, chez Scapa dans le cadre de la négociation du Plan de sauvegarde de l'emploi. Hier, à 19 heures, les représentants de la direction étaient encore retenus par leurs employés.

La tension est montée d'un cran hier après-midi dans le bras de fer qui oppose les salariés du site bellegardien du groupe Scapa à leurs dirigeants. La fermeture de l'usine locale étant actée avec la décision de transférer une partie de la production sur d'autres sites, l'affaire en est au stade de la négociation du plan de sauvegarde de l'emploi (PSE).


Annoncée début février dernier, la fermeture du site bellegardien, produisant des adhésifs spéciaux destinés surtout à l'automobile, a provoqué un choc chez la soixantaine de salariés qui vont se retrouver sans emploi, et dans toute la ville. Les employés ont déjà manifesté plusieurs fois. Pour eux, la crise économique invoquée par la direction est un alibi. Alors qu'ils en sont à sauver les meubles, ils tentent d'obtenir des conditions de départ décentes. Hier, les représentants de la direction sont venus à Bellegarde rencontrer les membres du comité d'entreprise pour poursuivre les discussions. À 14h30, tous les salariés se sont mis en grève, ont déployé les banderoles et bloqué l'accès de l'usine.

Ils sont très en colère. «Rien n'a avancé depuis mardi dernier. Ils devaient revenir avec une proposition pour que l'on parvienne à un accord, mais ce n'est pas possible» clamait une employée.

Ce qui coince, c'est la question des indemnités transactionnelles supra-légales. Dans un Plan de sauvegarde de l'emploi, des indemnités supplémentaires peuvent se négocier par rapport au minimum imposé par la loi. Les salariés ont proposé un montant qu'ils n'ont pas voulu révéler hier, objet du désaccord. Autour de la table, avec les représentants du personnel, il devait y avoir quatre dirigeants : le directeur de Scapa Europe, le directeur de Scapa-France, la directrice des ressources humaines et le directeur financier. «Ils ne sortiront pas d'ici tant que les négociations n'auront pas abouti» ont menacé les délégués syndicaux, envisageant carrément de les séquestrer. «On n'est pas des sauvages, mais on n'accepte pas d'être viré comme ça au bout de 35 ans de boîte» ajoutait un autre salarié.

À 15h30, la réunion a repris, toujours avec les mêmes propositions de part et d'autre. À 19 heures, on en était toujours au même point. Les salariés sont restés dans l'usine, les dirigeants retenus dans la salle de réunion. «On leur a laissé leurs portables et leurs ordinateurs, on leur a apporté à manger, et nous sommes prêts à passer la nuit ici» précisait hier soir Jean-Jacques Vanslambourck, représentant du personnel.

Leur presse, 8 avril 2009 (4h00)
(Catherine Poncet, Le Progrès)



Les salariés de Scapa avaient manifesté le 25 mars
devant le Palais de Justice de Bourg-en-Bresse



Les employés de Scapa à Bellegarde vont libérer leurs patrons

Quatre dirigeants de l'entreprise de Scapa France à Bellegarde-sur-Valserine (Ain), retenus depuis mardi soir par les employés du site, vont être libérés dans la journée.

Des salariés d'une usine d'adhésif, menacée d'un plan social, retenaient depuis mardi soir certains de leurs supérieurs sur le site Scapa France de Bellegarde-sur-Valserine. Ils ont décidé aujourd'hui mercredi de les libérer à l'issue d'une réunion qui doit se tenir à 14 heures à la mairie de Bellegarde entre les protagonistes. Ils maintiennent le blocage de l'usine et restent mobilisés afin d'obtenir satisfaction sur leurs revendications.



L'entreprise Scapa, qui emploie 260 personnes en France, va procéder à 70 licenciements dans l'Hexagone, dont 61 à Bellegarde. La fermeture du site bellegardien a été annoncée début février dernier. L'affaire en est au stade de la négociation.

Le principal point de désaccord concerne les indemnités supra-légales. Jean-Philippe Etienne, délégué du personnel, explique ainsi qu'on lui a proposé 15.000 euros d'imdemnités alors qu'il travaille depuis 22 ans sur le site. «Vous trouvez ça normal ? s'insurge-t-il. On aura du mal à retrouver du travail en plus.»

Le directeur des opérations européennes, le directeur de Scapa France, la directrice des ressources humaines et le directeur financier sont venus mardi à Bellegarde rencontrer les membres du comité d'entreprise pour poursuivre les discussions. Mais la tension est montée d'un cran: tous les salariés se sont mis en grève, ont déployé les banderoles et bloqué l'accès de l'usine.  À 14h30 mardi, les salariés ont décidé de maintenir en salle de réunion les dirigeants. «Il n'y a aucune violence et on espère trouver une solution» expliquait Derek Sherwin, directeur des opérations européennes. Il précisait : «Nous sommes dans une situation économique catastrophique, pour le groupe et pour ce site. On essaie de faire le maximum pour les personnes qui travaillent ici.»

Une rencontre est prévue entre les responsables syndicaux et les dirigeants à la mairie de Bellegarde en début d'après-midi. Accord ou pas accord, les employés ont décidé de libérer les quatre directeurs après cette réunion. Ils estiment en effet que le fait de les retrouver à la table des négociations est une réussite. Ils demandent au groupe que soient déposés 2.250.000 euros pour financer les indemnités supra-légales. Pour l'instant, Scapa propose 1.100.000 euros. Les employés maintiennent la mobilisation et le blocage de l'usine.

Leur presse, 8 avril 2009 (12h48)
(Marie Prieur, Tribune de Genève)

Publié dans Colère ouvrière

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