300 sans-papiers occupent le chantier de la tour Axa à la Défense

Publié le par la Rédaction


Environ 300 travailleurs sans-papiers occupaient depuis 7 heures lundi matin les préfabriqués situés sur le chantier de la tour , dans le quartier d’affaires de La Défense (Hauts-de-Seine), pour demander leur régularisation, a-t-on appris auprès de la .

«Ces travailleurs étaient à la (nationale) des travaux publics à Paris, dont ils ont été priés de partir mercredi, par la police», a expliqué à l’AFP Raymond Chauvot, coordinateur CGT pour les travailleurs sans-papiers.


Cette occupation s’inscrit dans un ensemble d’actions lancées le 13 octobre et qui avait mobilisé en fin de semaine plus de 4200 sans-papiers sur une quarantaine de sites, essentiellement en Ile-de-France (entreprises d’intérim, de nettoyage, chantiers, restaurants, etc).

Avec le soutien de la CGT et d’un front de syndicats et d’associations, ces sans-papiers, des Africains pour la plupart, demandent une circulaire élargissant le champ des régularisations et dénoncent les différences de traitement de leurs dossiers selon les départements.

Leur presse (AFP), 2 novembre 2009.


Les sans-papiers sattachent à leurs piquets

Plus de 4600 travailleurs grévistes occupent 47 sites en Ile-de-France depuis trois semaines…

Au vingtième jour de grève, aujourd
hui, ils seraient plus de 4600. Travailleurs grévistes, sans-papiers et, pour la plupart, dorigine africaine. Daprès la CGT, ils ont déjà occupé plus dune cinquantaine de sites en Ile-de-France. Le mouvement des travailleurs sans-papiers, amorcé le 14 octobre dernier avec à peine un millier de grévistes, s’installe dans la durée. Vendredi, deux nouvelles agences Manpower ont été investies dans les 8e et 10e arrondissements de Paris. «Tous les jours, de nouveaux travailleurs sans-papiers veulent rejoindre les piquets partout dans la région», constate Raymond Chauveau, le coordinateur CGT du mouvement. Difficile en tout cas pour lui destimer leur nombre en Ile-de-France.

Éviter l’affrontement avec la police

Première revendication, leur régularisation. Les grévistes attendent tous avec impatience la nouvelle circulaire (celle du 7 janvier 2008 a été annulée par le Conseil d
’État il y a deux semaines) que le ministre de lImmigration et de lIdentité nationale, Éric Besson, doit rédiger. Elle doit préciser les conditions dobtention du titre de séjour pour les sans-papiers qui ont une activité professionnelle. «On verra si ce quil nous propose tient la route et si on lève les piquets», confesse un occupant.

En attendant, un front de plusieurs syndicats et associations les soutient et coordonne leurs actions pour occuper des lieux symboliques : agences d
intérim, entreprises de sécurité ou de nettoyage, restaurants, ateliers de confection… La plupart des occupations se font à une cinquantaine de personnes minimum, tôt dans la journée ou tard le soir. Les leaders du mouvement veulent éviter laffrontement direct avec les employés. Ou pire, avec la police. Qui pourrait signer, pour nombre dentre eux, un retour au pays. Du coup, les évacuations se déroulent sans heurt. Comme jeudi dernier, rue de Berri (8e), où 312 sans-papiers ont été expulsés en moins dune demi-heure du siège de la Fédération nationale des travaux publics. Les centaines de grévistes à la rue ont rapidement été replacées sur dautres sites. «On nous fait sortir par la porte. On sen fiche, on rentre par la fenêtre, lâche un sans-papiers. On nobéit quaux décisions de justice. Rue de Berri, il sagissait dune ordonnance dexpulsion en référé.»

Les femmes se mobilisent

Pour la première fois, aussi, des femmes participent au mouvement. «C
est plus difficile pour elles car la démarche est beaucoup moins rentrée dans leurs mœurs. Elles doivent soccuper de leurs enfants avant tout», explique Anna, une des coordinatrices. Une vingtaine de femmes chinoises qui travaillent dans la confection ont rejoint les sans-papiers qui occupent la Fafih, un syndicat de lhôtellerie et de la restauration, rue de la Ville l’Évêque (8e).

De leur côté, les employeurs tentent de minimiser la grève. «Certes, ça gêne certaines sociétés, mais ce nest pas un mouvement massif», observe Jérôme Dubus, délégué général du Medef en Ile-de-France.

«On a tout lâché : la famille, notre travail et notre logement »
Témoignages de travailleurs sans-papiers qui participent aux blocages…
Sur le chantier du tramway T3, à la Porte des Lilas (19e), les vingt-sept travailleurs sans-papiers ont bloqué l’avancée des travaux depuis trois semaines. En tout cas, sur cette portion. Certains étaient intérimaires, d’autres salariés. Mais tous travaillaient pour la Suburbaine, une entreprise sous-traitante de la RATP. Une occupation symbolique comme celle du restaurant Chez Georges à Beaubourg (4e). Et qui a fait réagir les personnalités locales. Les maires socialistes des 19e et 20e arrondissements, Frédérique Calandra et Roger Madec, se sont déclarés «solidaires des travailleurs sans-papiers». Mais en paroles seulement, si l’on en croit les premiers intéressés. «Ils sont venus la semaine dernière, c’est vrai. Mais on leur a demandé de réparer les toilettes publiques de l’autre côté de la rue. Ils n’ont pas voulu», regrette Moussa Camara, arrivé en France en 2001.
Solidarité des habitants du quartier
Deux campements se sont montés de chaque côté de lavenue de la porte des Lilas. Les grévistes se chauffent au bois, sabritent sous des bâches trouées, se lavent et font la cuisine à même la chaussée. Sous les yeux des habitants du quartier, qui leur apportent matelas, duvets et tapis de sol. «Certains dentre nous ont tout lâché pour rejoindre le mouvement. Leurs femmes et enfants, leur contrat de travail et parfois même leur logement. On a donc tout à gagner à rester jusquà ce quon soit régularisés», lâche fièrement un jeune travailleur sans-papiers du campement. Il a fait ses premiers pas de défenseur de la cause des sans papiers en avril 2008, lors dune des toutes premières vagues de mobilisation. À lépoque, ils étaient «à peine deux mille au bout de plusieurs semaines de mobilisation», se souvient-il. Cette année, leur action est plus organisée : un délégué par piquet et surtout, des représentants syndicaux qui les «coachent». «Vous verrez, on est en train den faire des futurs cadres de nos organisations», lâche, sourire en coin, un responsable de la CGT.
Leur presse (William Molinié, 20 minutes), 2 octobre.


Des boîtes occupées pour obtenir des papiers

Au restaurant Chez Georges, à Paris, comme dans 46 autres sites, des travailleurs étrangers luttent pour être régularisés.

«Ils bossent ici, ils vivent ici, ils restent ici», disent les affiches placardées sur les vitres du restaurant Chez Georges, au sixième étage du centre Pompidou, à Paris. À l’extérieur, sur la terrasse baignée de soleil, les clients. À l’intérieur, deux univers : à droite, des tables dressées restées vides en ce chaud jeudi 29 octobre. À gauche, une quarantaine de sans-papiers originaires d’Afrique subsaharienne. Dans un coin, Anne-Victoire Magescas, la directrice du restaurant, est justement en discussion avec Gérard Hernot, conseil en relations sociales appelé pour aider à dénouer la crise.

Grève. Sur la quarantaine d’étrangers en situation irrégulière occupant jour et nuit le restaurant, seuls quatre en sont salariés. Les autres travaillent aussi dans la restauration, mais ailleurs. Modou [
Le prénom a été changé], délégué principal du piquet de grève, est cuisinier dans le XIe arrondissement. Chez Georges sert de lieu de regroupement aux salariés de cette branche, notamment aux sans-papiers seuls dans leur entreprise à être dans cette situation.

L’occupation du restaurant a débuté le 22 octobre. Neuf jours plus tôt, 1700 étrangers en situation irrégulière emmenés par la CGT et soutenus par un large front syndical et associatif, s’étaient mis en grève en Ile-de-France. Objectif : dénoncer «l’arbitraire préfectoral» dans l’examen des dossiers de régularisation par le travail. Si une loi de novembre 2007 prévoit des possibilités d’obtention d’un titre de séjour pour les sans-papiers employés dans des secteurs en tension, «le traitement de chaque dossier est loin d’être similaire selon les départements, et même entre des salarié(e)s de situation parfaitement identique, y compris au sein d’une même entreprise», dénoncent les soutiens des sans-papiers.

Depuis le 22 octobre, le mouvement a fait tache d’huile. Hier, Francine Blanche, secrétaire confédérale de la CGT, revendiquait plus de 4000 grévistes, sur 47 sites (agences d’intérim, restaurants, chantiers, entreprises de sécurité ou de nettoyage), dans 34 départements. «200 sans-papiers nous rejoignent chaque jour», affirme-t-elle. La CGT mène l’affaire avec professionnalisme. Afin de protéger les grévistes d’une éventuelle sanction disciplinaire, le répertoire des 3100 premières personnes impliquées dans le mouvement a été déposé à la direction générale du Travail.

Goutte d’eau. En 2008, la CGT avait lancé une première grève de sans-papiers, obtenant du ministère de l’Immigration 2500 régularisations. Une goutte d’eau par rapport aux milliers de salariés qui avaient alors arrêté le travail. «Dans les derniers mois, plus rien n’avançait», accuse Francine Blanche. D’où cette nouvelle vague de grèves destinée à obtenir une circulaire officielle garantissant aux sans-papiers un examen «égalitaire» de leurs demandes de régularisation.

Du côté du ministère de l’Immigration, on semble prendre le mouvement au sérieux. Depuis le début, deux réunions ont été organisées avec les syndicats, et une troisième aujourd’hui. Pour le gouvernement, la porte est étroite. La quasi-totalité des étrangers en situation irrégulière ayant un emploi pourraient être éligibles à une régularisation par le travail. «Le ministère nous dit : “Si on régularise, on fait venir du monde”», rapporte Francine Blanche. Le ministère du Travail pourrait avoir son mot à dire, mais selon la CGT, il ne participe pas aux discussions. De même pour les organisations patronales, dont Gérard Hernot regrette qu’elles soient «les grandes absentes de ce mouvement».

Leur presse (Catherine Coroller, Libération), 30 octobre.

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