Intervention de la CNT au meeting intersyndical du 12 mars à Lyon

Publié le par la Rédaction


Meeting du 12 mars à la Bourse du travail de Lyon, organisé par l’intersyndicale unitaire des unions départementales du Rhône, avec les interventions de : Michel Coquillon, secrétaire confédéral CFTC ; Michel Galeveray, secrétariat national UNSA ; Christian Mahieux (SUD Rail), secrétariat national Solidaires ; Gérard Aschieri, secrétaire général FSU ; Marie-Alice Medeuf-Andrieu, secrétaire confédérale FO ; Frédérique Dupont, secrétaire confédérale CGT ; Hervé Garnier, secrétaire confédéral CFDT ; David Rappe, militant de la CNT-FTE 69.



Pour la CNT, il y a urgence à donner une suite à la mobilisation réussie du 29 janvier et faire que celle du 19 mars soit une réussite porteuse de perspectives d’ensemble.

Urgence, car chacun se rend bien compte que la fameuse «crise du capitalisme», qui n
est en réalité pour lui quune phase de réajustement, sest très vite transformée en une crise sociale dont les salarié-e-s sont les premières victimes et en paient les frais !

Dans le privé des milliers de travailleurs-euses sont victimes de licenciements et se retrouvent à la rue. Dans tous les secteurs professionnels, la précarité ne cesse d
augmenter. Dans la Fonction publique, les annonces de suppressions de postes vont bon train. Plus généralement, les services publics connaissent dans leur ensemble de nombreuses attaques qui sapparentent à un véritable démantèlement. Cela va indéniablement dégrader nos conditions de vie que nous soyons salarié-e-s de la Fonction publique ou encore plus simples usager-e-s. Les services publics sont pourtant indispensables pour répondre aux besoins de notre société et de la population. Et nous savons que les premières victimes de la dégradation de ces services sont les classes populaires. Le développement de ces services publics par la défense de leur qualité et de lemploi constitue donc une question centrale des mobilisations actuelles.

Pour tous, salarié-e-s du public comme du privé, c
est la baisse du pouvoir dachat, dans une société pourtant de plus en plus riche, qui rend pour beaucoup les fins de mois difficiles. Le passage à leuro, le «gel» des salaires dans la Fonction publique et aussi dans le privé notamment suite au passage aux 35 heures et linflation ont provoqué une baisse du pouvoir dachat et une augmentation des inégalités. Cela reflète plus généralement une augmentation croissante des inégalités au niveau du partage des richesses produites. Alors il est temps que la mobilisation prenne de lampleur pour faire que la peur change de camp.

Car, si on y regarde bien c
est à une véritable «Thatcherisation» du pays quon assiste depuis la défaite des mobilisations du printemps 2003.

«Rouleau compresseur» qui vise à remettre en cause plus de 80 ans de conquêtes sociales du mouvement ouvrier et syndical.

Face à cette offensive antisociale, il est temps de mettre en place une véritable riposte syndicale.

Notamment depuis 2003 où la stratégie des grèves carrées de 24 heures a prouvé ses limites et son inefficacité.

Contrairement à 1995 où le grand «Tous ensemble» contre le «plan Juppé sur les retraites et la sécurité sociale» s
était soldé par la victoire, même relative, des travailleurs.

Alors, il est temps de reprendre l
offensive notamment sur les questions qui concernent la protection sociale dans son ensemble et rappelant notre attachement au principe de solidarité qui met en pratique le fameux «De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins», et le refus de tout système de type assurantiel.

On peut rappeler que les salarié-e-s financent déjà l’assurance maladie par leurs cotisations. Et pourtant, aujourd
hui, après la CSG et le RDS, avec les franchises médicales, ils nous font payer une seconde fois. Pourtant le seul remboursement des cotisations patronales non-versées depuis 1991, comblerait largement le trou de la sécu…

On est donc légitime à revendiquer :
— Le retrait des franchises !
— L’accès gratuit et universel à la santé !
— L’arrêt des exonérations !
— Le remboursement des sommes dues aux caisses par l’État et les patrons !

De même, la casse frontale des régimes de retraites, entamée en 1993 et poursuivie depuis ne cesse de s’amplifier et marque un retour en arrière sans précédent. Ils veulent nous faire croire que ces réformes sont dues à des manques de financement alors qu’elles sont toutes purement idéologiques. Quand il s’agit d’accorder des milliards d’exonérations aux entreprises, il n’y a pas d’obstacles mais quand il s’agit de financer l’intérêt de tous ça coince. À nous d’imposer d’autres solutions…

Nous revendiquons le retour aux 37,5 annuités pour tous et la prise en compte de la pénibilité du travail dans l’âge de départ en retraite !

Dans ce contexte des mobilisations, il y en a qui ne demandent qu’à converger et redonner du sens au fameux «Tous ensemble».

À Lyon, celle, par exemple, des aides-soignant-e-s et infirmier-e-s du pavillon N des urgences de l
hôpital Édouard-Herriot, en grève reconductible durant 55 jours pour défendre leurs conditions de travail et plus largement un service public de santé digne et de qualité ; celle des personnels du secteur social qui sopposent aux attaques sur leur convention collective et plus largement sur la remise en cause des objectifs de leurs métiers où la logique est encore la même, moins daccompagnement et plus de contrôle social et de répression ; celle encore des personnels de l’Éducation nationale, qui partout en France, depuis la grève massive du 20 novembre 2008, multiplient, en commun avec les parents délèves, les actions pour la défense dun service public de qualité ; et puis celles, ici ou là, des travailleurs du privé qui se battent pour éviter les plans sociaux, contre les pressions à travailler le dimanche ou encore pour obtenir des augmentations de salaires.

Et puis bien sûr la mobilisation exemplaire des travailleurs-euses de Guadeloupe en particulier et des DOM en général. En Guadeloupe, une grève générale massive de deux mois a permis d
obtenir satisfaction sur des revendications essentielles pour lamélioration des conditions de vie, contre la vie chère, et de dénoncer les inégalités économiques, sociales et raciales. En Guadeloupe, dans toutes les communes, dans toutes les administrations, dans toutes les entreprises, les gens étaient très mobilisés et en grève reconductible.

Cette mobilisation avec le choix de la grève générale illimitée jusqu
’à satisfaction des revendications démontre que celle-ci est la plus efficace pour obtenir satisfaction rapidement face aux choix économiques destructeurs et inégalitaires du patronat et de l’État.

Dans un tel processus, les gens sont alors acteurs du changement et cessent d
attendre quune minorité décide à leur place. Que face à un patronat de combat, cest par la grève générale reconductible qu’on peut répondre, obtenir satisfaction et gagner.

Refuser la bataille syndicale, ou reculer de négociation en négociation, c
est prendre le risque dassister de plus en plus souvent à des implosions sociales violentes, telles celles quont connu les quartiers populaires ces dernières années.

Sans aller jusqu’en Guadeloupe, en Europe aussi, face à la crise, des travailleurs-euses répondent par la grève générale. En Andalousie, une grève générale a eu lieu à Lebrija pour demander une juste répartition du travail censé être créée par les mesures économiques «anti-crise» décidées par le gouvernement. Le 18 février dernier, a donc eu lieu une grève générale dans une localité andalouse de 26.000 habitants et a été suivie à 90%. Là aussi, comme en Guadeloupe, le mouvement a été général : grandes surfaces, agences bancaires, entreprises de services, secteur de la construction, jusqu’aux kiosques, boulangeries, cafétérias, petits commerces … tous fermés ! Seuls quelques bars et une station service sont restés en activité.

Alors certes, si la grève générale ne se décrète pas, elle se construit. Et les organisations syndicales ont un rôle fondamental pour cela. Au lieu de l
attentisme, elles doivent impulser le mouvement, poser cette perspective, la soumettre au débat dans tous les secteurs de la société, et faire quelle se concrétise. Il semble que les mobilisations actuelles montrent la détermination dune large partie des salarié-e-s et que lheure ne doit pas être à la modération.

D
autant plus que face aux revendications évoquées, on nous répond que cest la crise, quil faut se serrer la ceinture… Pourtant de largent, on sait quil y en a dans les caisses du patronat et dans les fonds de lactionnariat ! Et dans les caisses de l’État aussi. Un État qui nhésite pas à accorder un plan de relance de 26 milliards deuros pour les banques et les entreprises alors que cela fait des années quon nous fait pleurer avec un soit-disant «trou de la sécu» de 20 milliards ! Quand le gouvernement veut trouver de largent il le trouve. En réalité, la question est celle des choix, choix de répartition des richesses et choix de société bien sûr.

Soit on privilégie les profits et les bénéfices des classes dirigeantes, soit on améliore les conditions de vie de tous par un plus grand accès aux richesses produites et à des services publics de qualité.

Mais cela passe par l
’instauration d’un véritable rapport de force social avec l’État et l’actionnariat via le patronat. La grève générale massive du 29 janvier peut en être un point de départ. Et le 19 mars doit servir à augmenter la pression et enclencher quelque chose.



La grève générale en Guadeloupe, peut donc nous servir d’exemple. Il est temps d’envisager ici une grève générale interprofessionnelle reconductible. De faire que par le blocage prolongé de l’économie on instaure enfin un véritable rapport de force qui nous soit favorable et qui permette d’une part d’
arrêter la démolition sociale en cours et mais aussi de renouer avec les conquêtes sociales.

Alors si on l
a dit, la grève générale ça ne se décrète pas mais ça se construit, cest surtout aux organisations syndicales de jouer un rôle dimpulseur et de dynamiser ce mouvement. Daider à le structurer et faire que le plus grand nombre soit entraîné. Cela devrait être la tâche de toutes les organisations syndicales aujourdhui et cela passe bien sûr par une convergence des luttes interprofessionnelles et par apporter du soutien clair et sans faille aux collectifs de lutte qui se mettent en place à la base en associant au plan géographique non-syndiqués et syndiqués dans une démarche intersyndicale. Et on la vu en Guadeloupe ou dans lexemple andalou cité tout à lheure, plus une grève générale est massive, plus elle est efficace. Alors donnons-nous-en les moyens. La journée du 19 mars prochain peut être un point de départ, profitons de cette journée pour nous retrouver en assemblée générale afin dassocier tous les salarié-e-s qui le souhaitent, commençons à mettre en place des caisses de grève pour soutenir les plus bas salaires et les collègues les plus en difficulté…

Il est important, comme dans les Antilles, de créer un front syndical unitaire autour d’une plate-forme sur quelques revendications essentielles :
— Pour laugmentation des salaires selon une échelle décroissante ;
— Pour une indemnisation chômage (total ou partiel) à 100% ;
— Pour le plafonnement des loyers et des produits de première nécessité ;
— Pour la gratuité des transports en commun et des soins médicaux ;
— Pour la requalification des CDD en CDI ;
— Pour la titularisation sans condition de tous les précaires de la Fonction publique ;
— Pour la régularisation de tous les travailleurs-euses sans papiers ;
— Pour un retour aux 37,5 annuités de «cotisation retraite»…

À terme, la CNT milite aussi pour en finir avec ce système économique inégalitaire et pour en finir avec l
ordre social en place. Quen même temps que nous luttons pour la défense et lamélioration de nos conditions de travail et de vie, il sagit aussi de faire émerger un autre projet de société, de réhabiliter lidée de la transformation sociale par la rupture avec le capitalisme. Une société dans laquelle le mutualisme remplace lactionnariat, dans laquelle les valeurs de solidarité remplacent celles de concurrence, dans laquelle les libertés individuelles et collectives cessent enfin dêtre bafouées. Et cest pour cela que face à ce système capitaliste inégalitaire, répressif et destructeur, la CNT construit un rapport de force syndical et social dont la grève générale reconductible apparaît comme un moyen apte à imposer lémancipation des travailleurs et travailleuses.

Pour la fin de la course aux profits sur le dos des travailleurs-euses, pour la redistribution des richesses, la CNT travaille donc aussi à la transformation révolutionnaire de cette société !

Publié dans Colère ouvrière

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