Le Robin des bois grec nargue la police

Publié le par la Rédaction


Avec son frère, Vassilis Paleocostas braquait les banques et distribuait l'argent aux plus démunis. Pour la deuxième fois, il s'est fait la belle. Les Grecs rigolent.

Depuis trois jours, le bandit Vassilis Paleocostas anime toutes les conversations dans le pays et occupe la une des quotidiens grecs. En s'échappant de la même prison, dans les mêmes circonstances rocambolesques, qu'il y a trois ans, il entretient sa légende auprès d'une opinion qui le considère comme un héros.


Dimanche, en plein après-midi, un hélicoptère s'approche de la prison de Korydallos, la plus grande du pays. Alors que tous les habitants ou presque de cette banlieue du Pirée le photographient avec leurs mobiles, les responsables pénitentiaires ne se rendent compte de rien. Une échelle est déployée dans la cour intérieure et enlève Vassilis Paleocostas, 43 ans, et son compère albanais, nettement moins recommandable, Alket Risai, un tueur à gages de 34 ans. Un des deux gardes en faction part se cacher, l'autre se tire une balle dans le pied. L'évasion du plus célèbre prisonnier de Grèce interrompt tous les programmes de télé et radio, les témoins se relaient sur les antennes, la nouvelle gagne vite tout le pays. Les commentaires affluent par téléphone, SMS, blogs et surtout Facebook. En moins de trois heures, 20.000 nouveaux membres ont rejoint le groupe Paleocostas Airlines, qui témoigne sa sympathie au détenu et célèbre son retour à la liberté.


Les Paleocostas alimentent un mythe en Grèce. Le jeune Vassilis, issu d'une famille d'agriculteurs très modestes de Trikala, une campagne au fin fond de la Grèce continentale, rejette très jeune les conditions de vie de ses parents et de ses quatre frères et sœurs. Avec son grand frère, Nikos, son modèle, il crée le groupe de «Robin des pauvres». Connus des services de police de la région pour avoir braqué plusieurs bijouteries, les frères Paleocostas font un serment à leurs camarades de village : plus tard, ils braqueront des banques pour leur redistribuer l'argent et leur donner la possibilité de réaliser leurs rêves. À 30 ans, ils s'attaquent à différentes banques de la province et commanditent plusieurs enlèvements. Avec l'argent dérobé, ils aident les familles les plus démunies de la région. À la mairie de Trikala, des fonctionnaires se souviennent : «Ils ont pris en charge les frais médicaux de plusieurs familles très pauvres, ils ont financé les dépenses de nombreux jeunes qui voulaient aller en ville faire des études. Ce ne sont pas des criminels et nous les accueillerons toujours les bras ouverts.»

Mieux que «Prison Break»

Cette popularité des frères Paleocostas inquiète la police et le gouvernement. Le ministre de la Justice a limogé le directeur de la prison et deux hauts fonctionnaires du ministère, il a suspendu le responsable de la politique pénitentiaire. La traque a commencé. Des forces de l'ordre se sont déployées dans tout le pays, les aéroports, gares et ports sont passés au peigne fin. Le gouvernement veut casser le mythe du «Robin des pauvres». «Ils mettront tout en œuvre pour les arrêter, souligne la criminologue Natacha Petroulia. C'est une question d'honneur, une sorte de vendetta entre la police et les Paleocostas. Les forces de l'ordre se sentent ridiculisées. Mais, ajoute-t-elle, les frères Paleocostas n'ont jamais violé ni tué, se montrent respectueux de leurs compatriotes. Ils n'ont, ni l'un ni l'autre, le profil du criminel traditionnel. Depuis plusieurs mois, avec l'arrivée de la crise, certains groupes d'internautes demandaient leur retour. Maintenant que l'un s'est échappé, peut-être que l'autre (l'aîné, toujours emprisonné à Korydallos) suivra.»

La presse nationale ironise et parle d'un Prison Break à la grecque, d'une bien meilleure facture que la série américaine à succès. «Deux fois la même scène d'évasion de la même prison : Paleocostas est très intelligent. Et avec le soutien populaire, il sera difficile de le traquer», témoigne un inspecteur.

Presse bourgeoise : Alexia Kefalas
Le Figaro, 25 février 2009.

Publié dans Grèce générale

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