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Publié le par la Rédaction

Casino, Monoprix ou Leader Price, réunions de crise

Par un communiqué du 18 février, Casino essaie de faire croire quil ny a pas de plaintes. Or une militante d’AC! Grenoble est à nouveau convoquée par la police cette semaine.
Casino a porté plainte pour «vol en réunion» à l’encontre de collectifs de précaires qui, en décembre dernier, à Rennes, Grenoble et Paris, ont collectivement récupéré des produits dans ses supermarchés. Les responsables avaient donné leur accord aux manifestants et la police, présente en nombre, n’était pas intervenue. C’est plus tard, pour intimider ceux qui refusent le sort qui leur est fait et prennent en main leurs affaires, que le groupe Casino a décidé de considérer que ce serait du vol.
Infozone, 23 février 2009
Liste d’information pour la France sauvage.


Une gêne

C’est la dernière mode activiste. Cette semaine, elle a frappé notre onzième arrondissement parisien, et plus particulièrement le quartier Ménilmontant. C’était mardi midi, dans un supermarché Casino. C’était ce qu’on appelle un «pique-nique sauvage et festif de faim de mois», une «opération ventres vides» ou une «autoréquisition». Pour dénoncer «la vie chère», les raids de ce type sont devenus l’arme favorite des collectifs de précaires, d’associations de lutte contre le chômage ou le mal-logement, et de groupuscules (comme L’appel et la pioche) gravitant dans la mouvance du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) d’Olivier Besancenot. Avant de poursuivre plus bas la lecture de cette note, si d’aventure vous n’aviez jamais entendu parler de ce genre d’action, voyez à quoi cela ressemble dans cette petite vidéo.


Donc, au Casino de Ménilmuche mardi, une banderole sur laquelle on pouvait lire «Nous ne paierons pas votre crise» a été déployée alors que les activistes dégustaient biscuits, apéritifs ou autres jus de fruits. Le 31 décembre déjà, le Monoprix de la rue Faubourg St-Antoine, dans le quartier Bastille, avait été le théâtre d’une opération similaire. Revendiquant le droit de «fêter le Nouvel An dignement», une cinquantaine de précaires, de chômeurs et d’intermittents du spectacle avaient «réquisitionné» une dizaine de chariots, les avaient remplis de victuailles puis avaient quitté le magasin sans payer.
Ce qui n’est pas le moins intéressant, dans cette affaire, c’est la réaction des directions des grands magasins victimes de ces opérations. Le plus souvent, elles se bornent à dénoncer, comme Monop’ le 31 décembre, «un pillage inacceptable et regrettable». Mais elles prennent bien garde d’expulser manu militari les trublions, se contentant d’attendre patiemment qu’ils s’en aillent. Hier, le groupe Casino a même pris soin de préciser à l’AFP que, contrairement à ce qu’affirmaient les collectifs, il n’avait jamais déposé plainte en justice après de telles opérations commando.

Pourquoi une telle modération ? Les grands groupes de distribution éprouvent une gêne à sévir contre ces pique-niqueurs. Gêne médiatique, d’abord : ces raids sont souvent couverts par les médias, les protestatataires recourant à la grande tradition activiste consistant à se servir des journalistes comme de boucliers. Car, c’est clair : des vigiles de Monop’ ou de Casino montrés à la télé en train de tabasser des précaires mangeant des chips à l
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il, ce serait assurément désastreux pour l’image de marque de ces enseignes. Gêne de ces magasins à l’égard de leur propre clientèle, ensuite. Les vidéos de ces actions le montrent : dans la majorité des cas, les clients des supermarchés, lorsqu’ils sont témoins de ces raids, y réagissent plutôt favorablement, partageant cette dénonciation de la vie chère. Voire en profitent pour eux aussi consommer gratuitement. Du coup, difficile pour les directions des supermarchés de s’en prendre à leurs propres clients, sous peine de les perdre ensuite définitivement.

Le problème c’est que, en adoptant cette attitude conciliante à l’égard de ces raids, les grands magasins prennent le risque de donner l’impression au grand public d’être gênés avant tout par une chose : leur propres pratiques commerciales. Et donc paraissent cautionner implicitement le discours protestataire selon lequel ils profitent de la crise pour se sucrer sur le dos de la population, en pratiquant des niveaux de prix prohibitifs — ou en tout cas très peu solidaires.

Chez Casino, Monoprix ou Leader Price en ce moment, nul doute que les réunions de crise doivent se succéder. Et les grands communicants se torturer les méninges pour trouver la meilleure parade à cette forme très en vogue d’activisme.

Presse bourgeoise : Bernard Delattre
Paris libre, 20 février 2009.


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