Incarcéré à la suite de l'incendie du centre de rétention de Vincennes, M. El Ouertani est-il toujours en vie ?

Publié le par la Rédaction


M. Slaheddine El Ouertani est dans le coma depuis le 4 novembre 2008.

Emprisonné à Fresnes depuis juillet 2008, il était en détention préventive pour sa supposée participation le 22 juin dernier à la révolte collective des sans-papiers enfermés dans le centre de rétention de Vincennes,
révolte qui a abouti à lincendie et à la destruction du centre. M. El Ouertani fait partie de ces centaines de milliers dhommes et de femmes qui un jour doivent ou choisissent de quitter leur pays.

Lui avait quitté la Tunisie et rejoint la France pour gagner suffisamment d
argent afin daider ses parents. Dailleurs comme il le disait en octobre en réponse à un courrier qui lui avait été envoyé : «Largent que vous pensiez menvoyer (en prison), cest mieux que vous lenvoyiez à mes parents… ils ont besoin de moi, ça fait quatre mois que je nai pas envoyé dargent…» Comme des milliers dautres personnes dites «sans-papiers», M. El Ouertani s’est retrouvé arrêté puis envoyé à Vincennes, dans une de ces prisons pour étrangers quon appelle centre de rétention administrative.

Le 21 juin, M. Salem Souli, un retenu tunisien qui était malade dès son arrivée, décède dans sa chambre. Il est découvert par ses co-retenus qui ne recevront que gaz lacrymogènes et coups de matraque en réponse à leur détresse et demande d
explications.

Le lendemain M. El Ouertani participe à la prière et à la marche silencieuse organisées en mémoire du mort. Ces deux manifestations pacifiques sont réprimées et les retenus se révoltent. Le centre de rétention de Vincennes disparaît pour quelques mois. Comme tous les autres retenus, M. El Ouertani sera ensuite transféré vers un autre centre de rétention. Pour lui ce sera Oissel, près de Rouen. Le 5 juillet, avec un autre retenu, il est extrait de ce centre et emmené à Paris pour être mis en examen dans le cadre de l
enquête concernant lincendie.

Il est alors écroué à la prison de Fresnes. Le 4 novembre il est grièvement blessé dans sa cellule. Comme M. Souli, il était pourtant sous la responsabilité de l
’État français pendant sa privation de liberté, État français dont on constate la même omerta, le même silence assourdissant autour de ces «affaires».

M. El Ouertani semble être caché par l
administration pénitentiaire et lAssistance publique des hôpitaux de Paris. Il serait à la Pitié-Salpêtrière mais nous ne savons rien sur son état de santé et des éventuelles chances damélioration. Aucune visite nest possible alors que les bénéfices neurologiques quelles pourraient procurer sont importants.

Nous ne savons rien non plus quant à l
origine des faits de violence qui ont conduit à son coma, mais la violence est le quotidien du système carcéral. M. El Ouertani sest retrouvé dans cette spirale infernale pour navoir simplement pas eu les bons papiers administratifs. Il est aujourdhui entre la vie et la mort.

Libération immédiate et arrêt des poursuites pour tous les inculpés de la révolte de Vincennes !

Liberté sans retenue, 20 février 2009.


Un détenu grièvement blessé à Fresnes lors d’une bagarre en cellule

La victime a été transportée par le Samu dans le coma…

Un détenu est tombé dans le coma après avoir été grièvement blessé mardi à la prison de Fresnes (Val-de-Marne) par un autre détenu lors d’une bagarre dans leur cellule, indique lAFP ce jeudi, citant des sources judiciaire et policière.

La victime a été transportée par le Samu dans le coma à l
hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, où elle était toujours hospitalisée ce jeudi dans un service de neurochirurgie.

Deux hommes âgés d'une trentaine d’années

L
auteur des coups, un Estonien âgé dune trentaine dannées comme la victime selon une source policière, a été mis en examen pour violences volontaires ayant entraîné une incapacité totale de travail (ITT) supérieure à huit jours.

La bagarre entre les deux hommes qui partageaient la même cellule serait survenue après que la victime, qui n
a pas encore pu être entendue par les enquêteurs, sest levée et sest mise à crier, demandant à sortir, selon une source policière.

Il faisait «trop de bruit»

Le détenu mis en cause a expliqué qu
il avait porté deux coups au visage de son codétenu parce que celui-ci faisait trop de bruit et le gênait.

En septembre dernier, un détenu de la prison de Rouen avait égorgé son compagnon de cellule, relançant le débat sur la sécurité et la surpopulation dans les prisons.

20 minutes, 6 novembre 2008.


La famille d’un détenu dans le coma s’interroge

Un Tunisien de 34 ans a été battu par un codétenu. Son avocat et sa famille demandent plus de transparence de la part de l’administration.

Il aurait ouvert les yeux hier, mais reste dans le coma, à la Pitié-Salpêtrière. Ce sont les maigres informations dont disposent les proches de Slaheddine El Ouertani. Dix jours après les violences dont ce Tunisien de 34 ans a été victime à la maison d’arrêt de Fresnes, de la part d’un codétenu.

«Je le défends depuis le 5 juillet et sa mise en examen dans l’enquête sur l’incendie du centre de rétention de Vincennes, rapporte son avocat Sébastien Rideau-Valentini.

C’est la famille qui m’a appelé le lendemain pour me dire qu’il était hospitalisé. Personne d’autre ne m’a prévenu, ni l’administration pénitentiaire, ni le juge d’instruction parisien. Je sais que ce n’est pas inscrit dans le Code pénal,mais peut-être était-ce humainement envisageable ?»

«Il y a dans cette affaire quelque chose qui gêne l’administration»

La direction de la prison de Fresnes a téléphoné à la famille en Tunisie, qui a contacté un oncle en France qui, à son tour, a alerté l’avocat. «Quand je l’ai eu, le directeur de Fresnes a été très laconique, en me disant : On ne sait pas trop ce qui s’est passé», poursuit Me Rideau-Valentini. Il a écrit au doyen des juges d’instruction de Créteil pour savoir qui était le magistrat en charge de l’enquête sur les violences. La réponse lui est parvenue mercredi : «L’avis à victime a été envoyé à votre client pour une constitution de partie civile.» Un courrier «ubuesque» adressé à un homme plongé dans le coma. «Ça fait froid dans le dos», réagit l’avocat qui l’a vu pour la dernière fois mi-septembre.

Slaheddine El Ouertani a sombré dans le coma après avoir été roué de coups par son codétenu, un Estonien de 24 ans. C’est un surveillant qui l’a découvert au petitmatin, assis dans sa cellule, mais incapable de parler. «Ses lèvres bougeaient mais rien ne sortait», explique l’administration pénitentiaire. Dans un premier temps, Igor, le codétenu, a prétendu que Slaheddine était tombé du lit. Puis, en garde à vue, il a reconnu l’avoir frappé à deux reprises au visage. Parce qu’il faisait trop de bruit enpriant et qu’il refusait de s’arrêter. L’Estonien a été mis en examen jeudi dernier pour violences volontaires. L’administration pénitentiaire précise que ce sont les deux hommes qui ont demandé à partager la même cellule, après avoir sympathisé alors qu’ils travaillaient à l’atelier.

Reste une série de questions soulevées par son avocat : était-il judicieux de placer les deux hommes dans la même cellule au regard de leurs différences culturelles et spirituelles ? Quand le drame a-t-il vraiment eu lieu ? Y avait-il suffisamment de surveillants cette nuit-là ? «Il y a dans cette affaire quelque chose qui gêne l’administration», tranche Me Rideau-Valentini.

Brendan Kemmet - Le Parisien, 14 novembre 2008.


Un décès et un coma toujours inexpliqués en prison

Deux mois de coma sans amélioration ; une mort en partie inexpliquée. Deux affaires qui ont un même cadre, les prisons de Fresnes et qui soulèvent des questions sur les conditions d’interventions médicales urgentes en milieu carcéral. Depuis le 4 novembre, Slaheddine El Ouertani est dans un coma profond à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, après avoir été sévèrement battu par un codétenu.

La famille de ce sans-papiers tunisien de 34 ans a demandé à son avocat de se constituer partie civile dans l’enquête menée par un juge d’instruction.

Aujourd’hui, Sébastien Rideau-Valentini veut comprendre ce qui a pu se passer. «Le gardien a fait une ronde, il a vu mon client allongé par terre dans la cellule, puis a mis trente minutes avant de revenir. Cette demi-heure peut avoir son importance sur le plan de la santé. Aujourd’hui, Slaheddine, même s’il sortait du coma, aurait tout le côté gauche paralysé.» L’avocat s’interroge aussi sur le fait que son client a été transporté en fauteuil roulant alors qu’il semblait manifestement déjà dans le coma.

Prise en charge huit heures après les faits

L’autre affaire remonte quasiment à un an. Le 18 janvier 2008, Lucilia Semedo Da Veiga, une Capverdienne de 28 ans, sombre dans le coma à la MAF, la maison d’arrêt des femmes. Elle n’a jamais repris connaissance et décède d’une rupture d’anévrisme. Ses codétenues ont rapporté que la jeune femme se plaignait de maux de tête depuis plusieurs semaines et, surtout, la nuit précédant sa mort, ont tenté, en vain, de faire intervenir une infirmière.

Lucilia Semedo n’a été prise en charge que huit heures plus tard, inconsciente. Intervenant au nom du frère et de la sœur de Lucilia, qui habitent Londres et le Portugal, Me Michel Chaussinand a déposé plainte le 14 février 2008. Deux mois plus tard, le parquet de Créteil a classé sans suite l’affaire, concluant à un décès par embolie pulmonaire.

Mais la famille de Lucilia ne désarme pas et, le 5 août, l’avocat a déposé une plainte, cette fois avec constitution de partie civile. Il attend depuis des nouvelles d’un juge d’instruction. «Il y a tout de même eu pas mal de dysfonctionnements dans la matinée du 14 janvier 2008, notamment entre 4 heures et 13 heures, et entre l’administration pénitentiaire et l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris.»


Brendan Kemmet - Le Parisien, 15 novembre 2008.

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