"Parrainages républicains" : la revue nègre

Publié le par la Rédaction


Pendant ce temps-là, à Santa-Cruz… 11 octobre 2008, en la mairie de «Rennes-vivre en intelligence républicaine», salons cossus (calme, faste et volupté).

Les Soc’ Dém’ (chef de gang à la mise en scène : Monsieur le Maire, assisté de l’adjointe à l’Égalité des droits et à la laïcité, amen !) et leurs franchisés républicains, «arborant fièrement leur écharpe tricolore», donnaient une représentation intitulée sobrement «Parrainage civil ou Baptême républicain d’enfants de parents sans papiers (?)» (On ne sait pas trop, demandons à l’évêque…). Dans le rôle des acteurs secondaires, des enfants scolarisés dans des établissements de la ville (bien habillés et propres sur eux, comme pour une communion) et leurs parents (en situation, comment dire, difficile). La caution morale était dévolue à des militants associatifs et autres parents d’élèves français légaux, impliqués par ailleurs dans des collectifs et associations de sauvegarde du savoir-vivre.

Les seconds rôles ont été castés pour avoir préalablement «manifesté le désir de s’intégrer, de vivre ici». Selon les principes républicains, on ne peut décemment pas leur beugler «Va-t-en d’ici, on ne veut plus de toi !» ; attention tout de même, il est formellement interdit de pisser dans le bénitier de la République, les conventions morales le proscrivent. La palmette de bronze est décernée, par la rédaction de PsR, au dialoguiste qui a pondu cette réplique fumeuse : «Je m’engage à accompagner les enfants et leur famille dans les démarches citoyennes en application des Droits de l’Homme et de la République». Veuillez signer ici le registre. «L’émotion est palpable…», effectivement.

À l’occasion d’une interview à l’un des confrères du service communication de la boîte de production, l’assistante du chef de gang à la mise en scène, adjointe à l’Égalité des droits et à la laïcité, déclarait pas peu fière et en vrac :
•  «Face à des drames humains (…), on ne peut pas rester sans réagir» ;
•  «[Le parrainage] est avant tout symbolique. (…) Nous avons été élus par les Rennais pour porter des valeurs de solidarité et de fraternité» ;
•  «Monsieur le Maire a assumé [ces actes de désobéissance civile, ndlr]». «Parfois elle s’impose car derrière les chiffres, il y a des hommes, des femmes et des enfants qui partagent les écoles de nos concitoyens, et qui ont fait leur vie à Rennes. D’autant plus que, pour beaucoup, un retour dans leur pays d’origine serait synonyme d’emprisonnement, de danger pour leur vie.»

Mais voyons, cessez de rire, dans le fond. Ne percevez-vous donc pas le bon sens en action, signe évident qu’à Rennes effectivement, nous sommes gouvernés en toute intelligence. Rustres ! Ingrats ! Mauvais coucheurs !

* * *

Dernière minute. Une dépêche vient à l’instant d’apparaître sur les téléscripteurs de la rédaction. On nous signale que Labour-Family-Country entertainment, société de spectacle décotée en bourse a depuis des lustres des parts dans le capital de la compagnie de cirque P(è)S(tacle)…

Explication de texte de la rédaction. Le discours officiel du Parti socialiste démontre que les Soc’ Dém’ (les oligarques du moins) sont bien encrés dans la réalité, que la désobéissance civile s’arrête là où on leur dit de faire. Selon eux, «les sans-papiers dont l’intégration par le travail, la famille, la présence sur le territoire depuis une certaine durée est établie méritent d’être régularisés» (déclaration du 24 juin 2008, à propos des événements dans le centre de rétention de Vincennes). À propos des Centres de rétention administrative, ils déplorent leur surpeuplement et le «manque de moyens», prônent «un accueil humain des personnes retenues» (communiqué du bureau national du 24 juin 2008). Ils reconnaissent l’aspect positif de l’activité salariée des sans-pap’ (Pour la croissance ? Le maintien des bourses ?), puisque de «nombreux sans-papiers travaillent et sont indispensables au secteur économique où ils sont actifs» ; la politique gouvernementale visant essentiellement à faire du chiffre en matière de reconduite à la frontière, va à l’encontre «des droits des étrangers et des besoins de notre pays» (23 avril 2008, à propos de la grève des travailleurs sans papiers). Cette politique tant décriée devrait, au contraire, mettre en œuvre «des solutions dignes et humaines pour le raccompagnement (sic) éventuel des personnes en situation irrégulière» (24 juin 2008).

Petite synthèse personnelle redondante : intégration par le travail (contrat de travail) de travailleurs ayant fondé une famille et des enfants scolarisés. Des individus en mesure d’honorer la devise républicaine de notre cher pays. Si ces gens connaissent les paroles de la Marseillaise sans les écorcher, c’est une qualité supplémentaire indéniable. Honte à ceux qui siffleront l’hymne national avant un match de football de l’équipe nationale, tellement Black-Blanc-Beur. Si en plus ils laissent flotter au vent l’étendard tricolore, le jour du quatorze juillet, au lieu de rester dans leur lit douillet, c’est bath.

«Pétain, reviens ! T’as oublié tes chiens !» «Maréchal, nous voilà…» (Faites pas gaffe, c’est les punks avinés sur les marches de l’opéra…)

Putain de chienlit… Opposition de façade ? Parti humanitaire, sensibilisé par les problèmes de nos sociétés et prenant le problème à bras le corps… pour répondre aux préoccupations de ces consommateurs électeurs. Un frein à nos jouissances, au même titre que les syndicats jaunes.

Paroles sans retenue no 3, janvier 2009
Bulletin rennais d’alerte et de résistance.

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