Le Cabas noir

Publié le par la Rédaction

Rencontre avec des militants
de la coopérative «le Cabas noir» de saintÉtienne


Quelles ont été les raisons de la création de cette coopérative ?

L’idée de la coopérative est née au sein d’un petit groupe de gens de la CNT Loire habitant tous à la campagne, parce qu’en étant à la campagne, nous avons accès à de bons produits pas chers (sur les marchés). Alors qu’en ville, les bons produits sont plutôt diffusés dans des réseaux destinés à des «bobos» et sont peu accessibles à des gens ayant des revenus modestes.

La rencontre avec les gens de Coopéquita, lors du congrès de la FTTE en Lozère, nous a permis d’entrevoir comment on pouvait faire, concrètement, pour mettre en œuvre ce projet. Nous nous sommes inspirés des statuts de Coopéquita, mais avec une différence fondamentale : à saintÉtienne, nous n’avions aucun producteur adhérent à la CNT.

À quelles conditions doit répondre un producteur pour travailler avec la coopérative ?

Un producteur doit d’abord être conforme aux statuts. Il ne doit exploiter personne, en n’ayant recours qu’exceptionnellement au travail salarié (saisonniers) ; les producteurs sont des indépendants, des exploitations familiales ou des coopératives. Par ailleurs, ils doivent proposer des produits de qualité (pas d’OGM, pas d’utilisation systématique de produits chimiques, alimentation saine des animaux, respect de l’environnement…). Nous ne demandons pas de label (Bio ou autre) et nous nous assurons par nous-mêmes du respect de ces contraintes par le producteur. Nous cherchons des producteurs avec qui nous pouvons établir des relations de confiance et leurs exploitations sont ouvertes à tous les adhérents qui souhaitent les visiter pour voir comment ils travaillent.

La décision d’accueillir un nouveau producteur se fait en AG, avec tous les adhérents et, notamment, les autres producteurs. Les discussions peuvent être assez longues, car il y a plein d’autres éléments à prendre en compte, en plus de ces contraintes statutaires. Tout d’abord, la question de la proximité et de l’acheminement : nous ne tenons pas à ce que la venue d’un nouveau producteur augmente le nombre de véhicules sur les routes ! Nous parlons également du prix des produits.

Signalons que, même si nous tenons avant tout à privilégier avant tout les circuits courts, nous pouvons aussi dans certains cas, soutenir des producteurs plus éloignés, comme les coopératives zapatistes du Chiapas. Et de toute façon, nous n’avons pas trouvé de producteurs de café dans la région stéphanoise !

Pouvez-vous nous décrire le mode de fonctionnement de la coopérative ?

Nous avons une AG par trimestre environ. C’est là que se prennent toutes les décisions importantes (orientations) avec l’ensemble des adhérents. Chaque «visiteur» du Cabas noir devient automatiquement adhérent. L’adhésion est à prix libre. La coopérative est ouverte tous les jeudis de 16 à 20 heures, sauf veille de marché : nous organisons un marché paysan, avec la présence des producteurs, le quatrième vendredi de chaque mois. Lors des permanences, la vente est assurée par des adhérents «non-producteurs», parce que nous ne souhaitons pas donner une surcharge de travail aux producteurs, et toujours dans un souci de limitation du trafic routier !

Nous tenons également à dire que nous ne faisons aucune marge sur les produits : ils sont mis à disposition au prix du producteur. Les frais de fonctionnement sont couverts par la caisse prix libre : nous proposons, lors des permanences et des marchés, des boissons et des choses à grignoter. Il faut également signaler que le Cabas noir n’a pas comme unique but la diffusion des produits, mais il se veut également un lieu convivial et un lieu d’échange militant où chacun peut venir discuter autour d’un café, échanger des informations, déposer des tracts, etc. Nous avons aussi un présentoir pour des revues (et parmi elles le Combat syndicaliste !) et un infokiosque.

Pour finir, nous tenons à dire que nous sommes très contents, car, si les visiteurs du Cabas noir étaient, au début surtout, des adhérents CNT ou des copains, nous avons maintenant de plus en plus de gens du quartier qui viennent.

Quel est votre point de vue sur les multinationales de la chimie (Monsanto) qui, grâce aux OGM et pesticides, font main basse sur l’alimentation humaine (contrat d’exclusivité, semence, brevet) ?

Devine !

Quelles sont les activités prévues dans les mois à venir ? Avez-vous de nouveaux projets ?

Nous allons mettre en place des animations lors des permanences qui sont actuellement un peu tristounettes. Nous avons notamment été contactés par un collectif d’étudiants de l’université de saintÉtienne, qui cherchait un lieu pour organiser des discussions autour de thèmes variés, une sorte de café philosophique, mais qui ne s’appellerait pas comme ça, pour essayer de toucher un public le plus large possible. Ceci devrait se mettre en place à partir du mois de janvier 2009. Nous avons également évoqué l’idée de faire des projections, suivies de débats.

Propos recueillis par Didier - éduc 69
Le Combat syndicaliste, janvier 2009
Mensuel de la CNT.



Le Cabas noir :
À l’image des anciennes coopératives ouvrières


Le Cabas noir organisait samedi son assemblée générale suivie d’une soirée festive de clôture. Rencontre avec son président, Jean-Pierre Dubuquet, qui revendique plutôt le titre d’animateur.

Comment est née cette association ?

Nous avons commencé en septembre 2007. Les syndicats de la Confédération nationale du travail lancent régulièrement des initiatives comme le Salon de l’autre livre ou l’idée de cette coopérative. Nous avions rencontré des petits paysans de Bordeaux qui s’étaient déjà organisés. Cela nous a donné envie d’essayer. L’association existe aujourd’hui de manière autonome.

Quel en est le concept ?

Nous fonctionnons sur le modèle des coopératives ouvrières du XIXe siècle. Nous avons la volonté de montrer que les gens peuvent s’organiser d’une manière égalitaire en gardant une autonomie financière. Nous refusons toute idée de subvention. C’est un soutien aux gens qui font une authentique agriculture de paysans, les petits producteurs locaux. On veut éviter les grands trajets et les intermédiaires. Ainsi, l’environnement est préservé, le travail reçoit une juste rémunération et le consommateur trouve des produits de qualité à des prix tout à fait corrects. C’est aussi un lieu d’échange où les gens partagent les infos, les idées. Nous tenons à démontrer que l’on peut passer des idées à leur réalisation.

L’histoire stéphanoise est-elle un élément important ?

L’histoire est importante. Savoir et faire savoir d’où on vient et ce que l’on doit à nos anciens. Les premières caisses de chômage ou les mutuelles ont été constituées uniquement avec les cotisations des ouvriers. Saint-Étienne a un très fort passé ouvrier militant. Cela disparaît mais ça réapparaît.

Comment vous organisez-vous ?

Une permanence a lieu chaque jeudi de 16 heures à 20 heures, sauf veille du marché qui se tient le quatrième vendredi du mois. On trouve à la permanence les produits non périssables, et au marché, les produits frais. Les producteurs et les consommateurs sont tous adhérents à l’association. La cotisation est libre. Il y a des gens du quartier qui viennent, c’est aussi ce que nous recherchions.

Combien comptez-vous d’adhérents ?

Il y a plus de deux cents adhérents dont une dizaine de producteurs qui proposent fruits, légumes, vin, charcuterie, viande, sirops, herbes, fromage, miel…

Parlez-nous de la soirée de samedi soir.

Nous achetons des produits du commerce solidaire. Nous souhaitons pouvoir les payer à la commande, ne plus en attendre la vente. Nous souhaitons réunir la trésorerie nécessaire. C’est le dernier marché avant la rentrée. Ce sera festif avec de la musique, un buffet et une buvette en participation libre.


Deux regards de producteurs du Cabas Noir

Deux producteurs du Cabas noir nous livrent leurs impressions sur le concept du Cabas noir.

Bernard Crozier produit les fromages de ses chèvres, brebis et vaches. Il a repris l’exploitation paternelle depuis 31 ans : «L’association me permet de renouer avec le milieu militant. Il y existe une éthique : le respect de la nature, le respect des autres. J’essaie de garder des prix abordables. Mes cinq enfants ont tous fait des études universitaires. Je ne manque de rien. J’adapte mon style de vie, je n’achète pas nécessairement du neuf. Le Cabas noir a apporté le plus qui me rend heureux.»

Jean-Louis Barrière est apiculteur depuis 1993 à Saint-Étienne et se définit comme un paysan citadin : «Après plusieus petits boulots et des voyages, j’ai essayé de me réinsérer. A quarante ans, c’était difficile. Si on n’est pas pile dans le système, ça ne marche pas. Je me suis donc installé comme apiculteur. L’avantage, c’est que je me sens libre. Mais c’est un métier très aléatoire avec les intempéries, la mortalité des abeilles. On peut juste en survivre. Ma femme a été obligée de travailler. Je ne peux pas offrir de loisirs à mes enfants. Nos trois enfants marchent bien, c’est notre grande fierté. Mais, je ne suis jamais à la maison. Ça, c’est dur ! Quoi faire d’autre ? Il faut rester philosophe !»

Le Progrès (édition de la Loire), 13 juillet 2008.

Publié dans Terre et environnement

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