De l'antiterrorisme à l'antiphilosophie

Publié le par la Rédaction

Vrais ennemis
Ducon et Ducon

Aux States, ils ont Jack Bauer qui torture les terroros en 24 heures chrono, en France, on a Alain Bauer qui les débusque sur Internet : «Alain Bauer pianote un matin, comme à son habitude en quête des nouveautés en librairie, lorsqu’il tombe par hasard sur L’insurrection qui vient (éd. la Fabrique). Le consultant en sécurité y voit la trace d’un “processus intellectuel qui ressemble extraordinairement aux origines d’Action directe” et, sans barguigner, achète d’un coup 40 exemplaires. Il en remettra un en mains propres [sic] au directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, assorti d’une petite note.» (Le Monde, 03/12/08) Mais le pépère en robe de chambre, criminologue patenté et marchand d’outils sécuritaires, n’est pas seul sur le coup. Le 12 novembre, lors de l’émission «C dans l’air», au plus chaud de l’hallali contre les épinglés de Tarnac, un autre moustachu, Xavier Raufer, ex-ultra-droite et auteur d’un rapport sur les dangers et menaces pesant sur le réseau ferré, se montre plus mesuré que son compère et concurrent. Il renvoie les auteurs du livre incriminé à une bande de «situationnistes qui prônent le Ici et Maintenant». Ce spécialiste du Mal tente ensuite de disséquer la pensée de ces «illuminés» : «Nous vivons dans une société nocive et perverse. Elle est fondée sur le mouvement. On s’en prend à ce qui bouge.» En tout cas, avec ces Dupont et Dupond du renseignement, on sait qui profite du crime…


Faux ami
Onfray n’importe quoi

Dans Siné Hebdo du 19 novembre, Michel Onfray, le philosophe des salons libertaires, se paye avec l’énergie d’un flic de la SDAT les «rigolos», les «crétins», les «adolescents attardés» de Tarnac. Gourmandé par ses lecteurs, il battra sa coulpe dans le Libé du 3 décembre en commençant par rejeter la faute sur… ce quotidien ! «La présomption d’innocence fonctionnait, certes, mais la présentation des faits par les médias, relayant à chaud, faute de mieux, la version policière, ne semblait faire aucun doute.» À tel point que, deux semaines plus tôt, le sieur Onfray se gaussait de l’éditorialiste de Libé qui «discrètement, tout de même, a recourt au conditionnel. On ne sait jamais…»

Oh, hé, le schtroumpf philosophe, tu débarques de quelle planète, là ? Les médias qui mentent, ce n’est qu’un slogan, certes, mais ça aurait pu te mettre la puce à l’oreille, non ?

Ce même 19 novembre, jour de la sortie de ce numéro historique de Siné Hebdo, le philosophe italien Giorgio Agamben écrivait, dans Libé encore : «La seule conclusion possible de cette ténébreuse affaire est que ceux qui s’engagent activement aujourd’hui contre la façon (discutable au demeurant) dont on gère les problèmes sociaux et économiques sont considérés ipso facto comme des terroristes en puissance, quand bien même aucun acte ne justifierait cette accusation. Il faut avoir le courage de dire avec clarté qu’aujourd’hui, dans de nombreux pays européens (en particulier en France et en Italie), on a introduit des lois et des mesures de police qu’on aurait autrefois jugées barbares et antidémocratiques et qui n’ont rien à envier à celles qui étaient en vigueur en Italie pendant le fascisme.»

Ça a une autre gueule, la philo à l’italienne, non ?

CQFD no 62, décembre 2008.

Commenter cet article