Petite irruption momentanée dans les locaux de la Croix-Rouge à Uccle (Belgique)

Publié le par la Rédaction


C’est arrivé hier, ça aurait pu être aujourd’hui ou demain, quelques personnes sont passées rendre une visite rageuse aux bureaux de la Croix-Rouge, des substances diverses (peinture, huile, farine, liquide corrosif) ont recouvert le mobilier de l’accueil ainsi que les voitures des membres de la direction garées sur le parking.
Un tag et des tracts ont été laissés sur place :

À l’attention des employés et des bénévoles de la Croix-Rouge

Il n’y a pas si longtemps quelqu’un a dit qu’«il ne fallait pas tant craindre le bruit des bottes que le silence des pantoufles». Car la misère que ce monde produit doit plus à la résignation à ne plus vouloir rien remettre en question qu’à la menace des barreaux et des matraques. Et que le tsunami de l’information qui nous noie avec des images de toute la misère du monde ne fait que rendre plus difficile d’en déchiffrer les causes.


Quand on était petit, on nous a appris que la Croix-Rouge et toute sa ribambelle de petites et grandes sœurs (dont l’une des plus connues est Caritas International) étaient de ces institutions au grand cœur. Et que si elles ne changeaient fondamentalement rien au fonctionnement de ce monde dominé par l’exploitation, la guerre, la misère et l’oppression, elles essayaient au moins d’en soigner les blessures et d’en atténuer les souffrances, comme ils disent dans leur langage profondément catholique. Pourtant le secours neutre n’existe pas. Et dans le cas de la Croix-Rouge ce n’est pas bien compliqué à voir…

Tandis que la faim, les désastres, la guerre et l’oppression font fuir chaque année des millions de gens dans l’espoir de pouvoir reconstruire ailleurs une vie un peu meilleure, ce qui les attend ici en Europe c’est le racisme, les rafles, une exploitation sans limites et au bout du compte les centres fermés et les déportations. Quand les réfugiés débarquent ici et font une demande d’asile, ils sont souvent parqués dans des centres dits ouverts (des dizaines de ces centres sont gérés intégralement par la Croix-Rouge). Juste comme les centres fermés, ils sont entourés de barbelés, des gardiens y tournent les clés des portes tous les soirs. On y apprend aussi aux demandeurs d’asile à obéir aux lois du capitalisme et de sa démocratie (des vêtements collectés par la Croix-Rouge y sont par exemple vendus, les «habitants» y sont forcés d’une main douce à effectuer des travaux pratiquement non-rémunérés dans le centre ou pour la commune où il se trouve — question de les habituer au sort d’exploités qui les attend ici aussi). Ces centres servent également à fixer les demandeurs d’asile et à les rendre dépendants pour qu’ils ne s’aventurent pas dans une vie de débrouille hors de l’enceinte. Ainsi l’État organise sous prétexte d’un souci humanitaire un contrôle permanent sur tous ces indésirables. Quand la demande d’asile est refusée, ce sont l’Office des Étrangers et la police qui viennent arrêter les réfugiés refusés dans ces centres neutres et ouverts pour les déporter vers la misère et la mort. La Croix-Rouge n’offre donc jamais un secours neutre puisque ses activités font partie intégrante de la politique de contrôle de la gestion de l’immigration.

La Croix-Rouge entretient des liens étroits avec l’Organisation Internationale pour les Migrations, cet organisme qui cherche à soumettre les flux migratoires aux besoins du capitalisme et du contrôle social. Ce même organisme se sert d’une multitude d’organisations humanitaires et d’ONG pour réaliser son chantage avec ses primes de retour. Des réfugiés à qui ce système a enlevé toute perspective, se voient offrir une pauvre indemnité pour retourner volontairement à leur pays d’origine. Alors c’est simple : d’abord on leur enlève tout avenir, on les enferme dans des centres d’accueil, on leur fait comprendre qu’ici aussi c’est la pauvreté qui les attend et finalement on les fait chanter avec quelques centaines d’euros pour qu’ils oublient les raisons pour lesquelles ils avaient fui…

Dans d’autres pays européens, comme en Italie ou en Espagne, la Croix-Rouge Internationale gère directement les centres fermés d’où l’État déporte les réfugiés en fin de procédure. Des centres fermés avec leurs gardiens, leurs cellules d’isolement, leurs passages à tabac, leurs abus et tout simplement la privation de liberté. Alors la Croix-Rouge montre encore plus clairement ce qu’elle est vraiment : l’aile humanitaire de la domination. De la même manière en Belgique, ce sont les infirmiers de la Croix-Rouge qui, quand les indésirables se mutinent dans ces centres, soignent les blessures sans faire entendre la moindre critique et les bourrent de tranquillisants. Et çà, ça s’appelle choisir son camp.

Mais il n’y a pas que les réfugiés qui débarquent sur les plages espagnoles ou qui, épuisés, mettent pied à terre dans les ports et aéroports européens. Il y a aussi ces millions de réfugiés au Moyen-Orient et en Afrique qui ont été chassés de leurs maisons pour ensuite être accueillis dans d’énormes camps de concentration (dans le sens strict du terme : enfermer administrativement dans un endroit circonscrit et contrôlable des catégories de gens pour des raisons raciales et de contrôle ou pour des fins d’exploitation). Ces camps sont souvent gérés par la Croix-Rouge et pas seulement avec ses médecins mais aussi avec ses agents de sécurité. Ainsi la Croix-Rouge ne fait que renforcer l’ordre actuel d’oppresseurs et d’opprimés — qui tandis qu’elle soigne ces derniers, tente de calmer la révolte qui, elle seule, pourrait réellement changer quelque chose.

Quand les armées de la démocratie ont envahi l’ex-Yougoslavie, l’Afghanistan et l’Iraq, ils amenaient derrière eux l’armée humanitaire de la Croix-Rouge. Sous prétexte de protection contre une politique d’épuration ethnique la Croix-Rouge s’est chargée de la gestion d’une série de camps de concentration et de prisonniers en ex-Yougoslavie. En réalité elle cherche à intégrer la politique européenne de contrôle des flux migratoires dans les manœuvres militaires des forces de l’ONU. Chacun sait (et pas mal d’employés dissidents de la Croix-Rouge l’ont quitté parce qu’ils ne supportaient plus cette neutralité odieuse) qu’il est impossible de rester neutre en temps de guerre. Rester neutre signifie choisir le camp du plus fort — même quand on soigne le plus faible. La conduite des guerres actuelles serait «humanitaire», mais quel être sensé pourrait jamais croire qu’il y a quelque chose d’humanitaire dans les bombardements, les corps déchirés, les blessés, les viols ? En prétendant rester neutre, la Croix-Rouge ne fait que renforcer le pouvoir en place. En Iraq, en Afghanistan, comme ailleurs.

L’histoire en apparence sans fin de l’exploitation et de l’oppression a toujours eu besoin d’un corps de collaborateurs qui se cachent volontiers derrière un «je ne savais pas». La gestion démocratique du capitalisme et de l’oppression a tout intérêt à étendre le plus possible ce que quelqu’un a appelé à l’époque des camps d’extermination nazis «la zone grise de la collaboration». Refuser de collaborer avec un système qui organise la déportation systématique pour préserver les profits économiques et le pouvoir de quelques uns, c’est ouvrir la possibilité d’une critique réelle du monde dans lequel on est forcé de vivre.

Grattons le vernis humanitaire de ce système mortifère de déportation, d’incarcération et d’exploitation !

Quelques ennemis de toutes les frontières
Centre de médias alternatifs de Bruxelles, 4 février 2009.

Publié dans Agitation

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